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HISTORIQUE

Aussi vieilles que la médecine expérimentale, les réactions urinaires cliniques ont été nombreuses.

L'idée d'aboutir, à peu de frais, à un résultat urologique, en dehors du laboratoire et dans la salle même d'hôpital, remonte aux essais de l’albumine par la chaleur et du sucre par la liqueur de Fehlimg. Les multiples réactions des pigments biliaires, celle de Gmelin à l’acide azotique, celle de Pettenkofer à l’acide sulfurique et à l’eau sucrée, celle de Hay à la fleur de soufre répondent au premier besoin d'avoir, sans le secours du pharmacien et du chimiste, une réponse brève, bien qu'approximative aux problèmes cliniques quotidiens.

La diazo-réaction fut décrite en 1882, par Ehrlich, comme caractéristique de l’urine des typhiques.

L'auteur et, après lui, de nombreux expérimentateurs, ont constaté qu'elle n’apparaissait point dans l’urine des personnes saines. Sa technique est actuellement connue de tous. Elle exige un prélèvement d’une urme fraichement émise, et des réactifs récemment préparés, dont deux solutions :

En De Solution À :

Acide sulfanilique, O gr. 10; Acide chlorhydrique pur, 5 centimètres cubes; Eau distillée, Q. S. pour 100 centimètres cubes,

Solution PB:

= Azotite de sodium, 0 gr. 50:

Eau distillée, Q. S. pour 100 centimètres cubes.

À 3 centimètres cubes d’urme, l’on ajoute dans un tube à essai 3 centimètres cubes de solution À et IT gouttes de solution B à la pipette. Après mélange, l’on additionne de VI à VII gouttes d’ammoniaque. On agite ensuite très fortement le tube qe l’on a la précaution de boucher.

La mousse amsi produite est, dans les réactions négatives, de teinte blanche ou tirantsur le jaune. En cas de réactions positives, le liquide devient rouge et la mousse rose. Ce dernier signe est considéré par tous lés auteurs actuels, au nombre desquels Sergent et Züunz, comme seul caractéristique. Le mécanisme invoqué est loin d’être déterminé. L’on admet qu’à un dérivé diazoïque, le sulfodiazo-benzol se combine une substance organique, probablement de la série aromatique, existant dans certaines urines patholo- * giques. Cette combinaison produirait le corps colorant caractéristique de la réaction; il se produirait d’ailleurs une où plusieurs combinaisons, car il existe, en fait, toute une gamme de nuances s’échelonnant de l’orangé au rouge carmin et au vermillon, et pour lesquelles est mise en usage une notation DA SELErEE

R (cas douteux) R°; R£, R°, bei

SHOT (ec . S'agit-il de la mise en lumière de pigments par libération de leurs chromogènes ?

L'on a parlé de l’urochromogène et de sa transfor mation en urochrome.

Ainsi, d’ailleurs, que dans les réactions que nous étudierons, ce mécanisme parait, à l’heure présente, mal identifié.

Mais, au point de vue qui nous occupe, quelle peut

être la valeur diagnostique ou pronostique de la réaction d’Ehrlich? Considérée d’abord comme spécifique de la fièvre typhoïde, elle a été constatée par Zünz au début des septicémies éberthiennes ou paratyphiques, et dans les rougeoles, à la fin des tuberculoses pulmonaires et péritonéales et rarement dans d’autres affections.

Des recherches plus modernes, celles de Sergent et de Louis Martin à l’Institut Pasteur, ont établi sa présence dans la variole; sa rare apparition dans les varicelles. Aussi ces auteurs la considéraient-ils après Ehrlich, Brissemont et Rivier, comme pouvant rendre des services dans le diagnostic différentiel de la variole et de la varicelle.

Enfin, dans un article tout récent des Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, M. le médecinmajor Bonnel, après avoir observé dans la dothiénentérie la marche parallèle de l’hémoculture et de la diazo-réaction, a constaté l’apparition très nette de la réaction d’Ehrlich dans de nombreuses affections, telles que pneumonie, rhumatisme, pleurésie, diphtérie, méningite cérébro-spinale, etc.

Dès lors, pour être limitées, les manifestations

positives de la diazo-réaction n’en sont pas moins trop fréquentes pour permettre dans une des affections précédemment citées un diagnostic ferme.

Faut-il en attendre beaucoup plus au point de vue du pronostic? L'école de Bordeaux l’a, paraît-il, depuis longtemps abandonnée. De nombreux cliniciens ne lui accordent qu’une valeur incertaine. Elle est trop commune dans la typhoïde pour permettre d’établir une différenciation quelconque entre plusieurs cas. Il vaudrait mieux avouer, croyons-nous, qu’elle ne peut nous servir aucunement à présager de l’évolution ou de la terminaison d’une maladie.

Elle peut, jointe aux faisceaux des symptômes eliniques, aux preuves du laboratoire, telles que l’hémoculture et le séro-diagnostic, les cuti- ou ophtalmoréactions pour la tuberculose, confirmer et aider au diagnostic.

La diazo-réaction ne saurait être, à elle seule, la preuve critique de l’entité morbide ou le seul élément du diagnostic. |

Aussi, ne faut-il pas s’étonner que l’on ait cherché dans le même ordre de faits de nouvelles réactions eliniques simples pouvant la supplanter. La deuxième en date de ces réactions est celle dite de Moriz Weisz.

En 1907, le médecin viennois Moriz Weisz décrivait un essai urinaire des plus simples, au permanganate de potasse, qu'il qualifiait encore de réaction de l’urochromogène. À un volume de 10 centimètres cubes d'urine il ajoutait trois volumes d’eau ordinaire et I gouttes d’une solution aqueuse de permanganate de potasse au millième, fraichement préparée. La

48 de réaction était considérée comme positive quand dans la zone haute de 2 centimètres environ où s'était effectué le mélange de l’urine et du réactif, apparaissait une belle coloration d’un jaune intense, sans louche ni précipité. | ñ

Dans de nombreux cas, la réaction ‘était lente à se produire et, dès lors, Pauteur Pactivait em portant jusqu’à VIT gouttes la dose du réactif.

Moriz Weisz considérait le mécanisme de sa réaction comme évident. |

Il l’imputait, comme dans le cas de la réaction d’Ehrlich, à lurochrome.

Le permanganate de potasse lui Saraissaitr à même permettre la mise en évidence de l’urochromogène qu'il oxydait, et 1l croyait, de ce fait, à sa réaction, une supériorité sur lépreuve d’Erhich. ;

Il ne nous appartient pas de juger ce qu'il y a de vrai dans ces affirmations. Etaient-elles basées sur l’analyse chimique pure ou tirées d’une hypothèse qui, pour être vraisemblable, n’en était pas moins gràtuite? Nous l’ignorons.

Toujours est-1l que la réaction de Weisz i imspira de nombreux travaux. |

On en voulut faire comme dela ne non seulement une épreuve témoin, mais encore un moyen de diagnostic et de pronostic. En 1912, D. Mladenoff, dans sa thèse maugurale, et G: Vitry, à la Société de Biologie, la commentaient et lui attribuaient, d’après leurs travaux personnels, une sensibilité plus grande que n’en possédait la diazo-réaction: Dans cette même séance du 16 novembre, MM. Léon Bernard et Baron,

après recherches dans le service du professeur Lan- douzy, à Laennec, lui reconnaissaient une importance diagnostique et pronostique plus grande qua la cutiréaction.

En 1913, MM. D tatatre et E. Cr date dans la séance du 27 juin de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, déclaraient que la réaction de Moriz Weisz était : positive dans la tuberculose ouverte dont elle assombrissait le pronostic.

Négative dans la plupart des cas de tuberculose fermée, dans la bacillose locale ou chirurgicale et dans les pleurésies tuberculeuses.

M. Prosper Merklen affirmait, à cette même séance, avoir trouvé au cours des recherches entreprises avec MM. Gassier et Philippe, la réaction de Moriz Weisz, dans les tuberculoses avancées. Toutefois, 1] avouait son existence dans quelques cas d’infection” aiguë ou de septicémies hyperthermiques, dans latyphoïde, dans l’érysipèle, dans la rougeole et dans la varicelle. Il reconnaissait d’ailleurs que la réaction de Weisz ne comportait pas fatalement un pronostic fâcheux.

Dans la majorité des cas. son apparition ne pouvait pas faire préjuger de l’issue du mal.

Tant à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, que dans un article du Bulletin mensuel de lAssociation des Docteurs et Pharmaciens des Universités de France, cité par l’Union Pharmaceutique de 1913, MM. Pierret et Leroy ont dit avoir modifié ainsi qu’il suit la technique de la réaction au permanganate de potasse. Ils ajoutent à l’urine une quantité d’eau

suffisante pour obtenir une coloration jaune pâle. A la surface du mélange ils versent quelques gouttes d’une solution de permanganate au 1/1.000°.

Ils considèrent la réaction comme positive au cas où apparait un anneau jaune d’or persistant pendant plusieurs heures. Un anneau mal coloré, se décolorant peu à peu, ou développant une teinte brune ou marron rouge, doit, à leur sens, faire considérer la réaction comme négative.

Il existerait, d’ailleurs, de nombreuses modalités intermédiaires. Dans ces conditions d’épreuve, MM. Pierret et Leroy ont toujours trouvé une réaction négative chez les individus sains. Par contre les phtisiques la présenteraient à la période cavitaire, alors qu’elle serait inexistante dans la prétuberculose ou au premier degré de la tuberculose pulmo-— naire.

MM. Püierret et Leroy signalent également son absence dans les tuberculoses chirurgicales, de même que dans la plupart des maladies infectieuses : fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire, érysipèle, ainsi que dans le cancer et les diabètes graves. . L’ensemble de ces recherches nous conduit à des résultats douteux, où même, ce qui est beaucoup plus grave, contradictoires. Et si nous en revenions au compte rendu déjà cité de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, nous verrions qu’en fin de séance, M. Dufour déclarait avoir trouvé, en collaboration avec l’un de ses internes, la réaction de Moriz Weisz chez des sujets sains. Il lui avait suffi d’opérer avec une solution titrée au 4/100°. A son avis, d’ailleurs,

pe les résultats étaient: ‘trop douteux pour mériter con— sidération.

Que peut-on reprocher à la réaction de Moriz Weisz ? Personnellement nous l’avons recherchée en suivant la technique de MM. Pierret et Leroy. Dans tous nos cas, amsi que dans ceux de M. Ebren, elle s’est manifestée moins fréquemment que l'iodoréaction.

Cependant, l’ensemble des travaux qu'ont déterminés son étude semble impliquer l’excès de sensibiité. Ni pathognomonique, ni diagnostique, existant peut être chez des gens sains, elle ne saurait être ni nécessaire, ni suffisante pour étayer les données cliniques.

Que dirons-nous alors de la réaction qui fait l’objet de ce travail ? épreuve que nous avons voulu contrôler, que son auteur a consciencieusement décrite et étudiée parallèlement aux deux réactions précédentes, et qu’il a toujours trouvée plus:sensible :

Nous voulons parler de l’iodo-réaction de Petzétakis.

En août 1916, M. Petzétakis ex-assistant de physiologie à la Faculté de Médecine de Lyon, communiquait à l’Académie de Médecine et publiait dans le Lyon Médical, ses recherches originales sous le titre « Iodo-réaction, sur une nouvelle réaction urinaire dans le pronostic de la tuberculose pulmonaire et dans le diagnostic de la fièvre typhoïde ». Il l’étudiait d’ailleurs comparativement aux essais d’Ehrlich et de Weisz et dans les affootions où s’étaient le plus manifestées ces réactions, c’est-à-dire la typhoïde et la tuberculose.

na

Il a pris soin d'éviter toute cause d’erreur ; il a fait l’essai de son réactif sur l’urine de gens. préalablement soumis à l’action de médicaments déterminés. Ces essais nous les avons pour la plupart reproduits. Ils nous ont donnés d’identiques résultats. La réaction de Petzétakis existe. Elle n’est pas un artifice de l'opérateur. Elle nous a semblé, toutefois, exister un peu trop fréquemment, et comme ses devancières être sensible à l’excès. Cependant, elle n’est jamais donnée par l’urine des gens sains et c’est là un gros point d’acquis. Ce lui serait un avantage considérable sur la réaction de Moriz Weisz.

Malheureusement, au cours de nos recherches, nous n'avons pu lui reconnaître les qualités pathognomoniques et surtout pronostiques dont son auteur la considérait susceptible.

Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir sur ces différent points.

C'est dans un esprit impartial a. nous avons travaillé. M. le professeur Morel nous a demandé des recherches de contrôle. Sans préjuger en rien de nos résultats, nous les avons entreprises. Et c’est le produit de ces recherches que nous publions aujourd’hui.

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