‹ Contribution à l'étude de l'isomerie nucleaire: Étude, par la méthode d'absorption, du rayonnement de conversion interne associé à la transition isométrique du brome 80Chapitre 2 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'isomérie nucléaire est une des branches les plus récentes de l'étude du noyau atomique. Il n’y a guère que cinq ou six ans, en effet, que la multiplication des cas de radioactivité artificielle a amené les physiciens à constater que ce phénomène, déjà observé une fois dans le domaine de la radioactivité naturelle, n’était nullement exceptionnel. Au cours de cette période la plupart des travaux expérimentaux ont consisté à identifier les cas d’isomérie, ceci se faisant par la seule considération de la propriété nucléaire la plus facile à étudier : la période. Quelques expérimentateurs seulement se sont efforcés d'obtenir des précisions quantitatives en ce qui concerne le rayonnement émis. Dès le début, le rôle important de la conversion interne s’est trouvé mis en évidence, montrant que l’isomérie, phénomène essentiellement nucléaire, était cependant influencée par les électrons les plus proches du noyau. Il en résulte une complication importante dans son interprétation théorique. Les théoriciens se tirent d’affaire par une sorte de séparation des variables consistant à envisager d’abord le phénomène pour un noyau isolé (théorie de la transition radiative) puis la modification apportée par la présence des électrons entourant le noyau (théorie de la conversion interne).

La présente publication est destinée à rendre compte des travaux que j'ai effectués en vue de l'étude du rayonnement de conversion interne dans le cas particulier de l’isomérie du brome 80. C’est l’objet de la seconde partie du mémoire (chapitres II à X).

A l'exception des travaux effectués avant la guerre par Pontecorvo

au Laboratoire de Chimie Nucléaire du Collège de France, le phénomène de l’isomérie n’a fait l’objet d'aucune recherche en France jusqu’à maintenant, si bien que, malgré son intérêt, il n'existe rien à son sujet dans la littérature ie de langue française, et en dehors des spécialistes de la physique nucléaire, il est demeuré inconnu de la plupart des physiciens. C'est la principale raison pour laquelle j'ai cru devoir consacrer la première partie du mémoire à un exposé général du problème de l’isomérie nucléaire en en considérant d’abord l'aspect expérimental (chap. Ier) puis l'aspect théorique (chap. Il). Je tiens à bien préciser qu’il s’agit là d’une mise au point de nos connaissances actuelles sur la question et non pas de l’exposé de résultats originaux et personnels, sauf sur certains points particuliers au sujet desquels j’ai moi-même effectué des travaux (en particulier le modèle de la goutte et la tentative de classification empirique qui font l’objet de publications distinctes plus détaillées). On ne s’étonnera donc pas de ce que j'aie développé cette première partie un peu plus qu'il n’aurait été strictement nécessaire pour la compréhension des expériences rapportées dans la seconde partie.

Cette façon de faire n’a d’ailleurs pas été sans amener d’heureuses simplifications dans la rédaction de celle-ci en la déchargeant de nombreuses explications incidentes qui auraient alourdi l'exposé. De plus le fait d’avoir posé dans toute sa généralité le problème de l’isomérie permet de situer plus clairement le cas particulier étudié dans le cadre général des phénomènes de la même espèce et fait ressortir la possibilité d’application à d’autres cas d’isomérie de la méthode expérimentale que j'ai mise au point pour l'étude du brome.

Ce travail a été effectué au Laboratoire de Chimie Nucléaire du

Collège de France au cours des années scolaires 1941-1942 et 1942- C'est pour moi tout à la fois un plaisir et un devoir d’exprimer à son directeur, M. Joliot, toute mon affectueuse gratitude. En m'accueïllant dans son Laboratoire et en m’y offrant, dans un moment particulièrement difficile, le poste d'assistant, il m'a permis de continuer à me consacrer à la recherche scientifique. C’est lui qui a attiré mon attention sur le phénomène si intéressant de l’isomérie nucléaire et pendant l’exécution de ce travail j'ai constamment bénéficié de ses conseils et de ses suggestions: Qu'il me soit également permis de dire combien l’ At phère de camaraderie et de bonne entente qu’il veille à maintenir parmi les membres du Laboratoire facilite et rend plus agréable la tâche de chaque chercheur.

A tous ceux d’entre eux qui, à des titres divers, m'ont aidé au cours de ces recherches j'adresse mes sincères remerciements, en particulier à M. Süe, sous-directeur chargé des questions chimiques, dont l'expérience m'a été d'un secours précieux et à ses collaboratrices Miles Bizouard et Beydon.

CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'ISOMÉRIE NUCLÉAIRE 3 J'ai trouvé auprès du personnel du Laboratoire le concours le plus dévoué. M. Denise, chef d'atelier, m’a fait profiter de son expérience et de son habileté, et la réalisation des appareils tels que le bloc de compteurs et les numérateurs en a été grandement facilitée, M. Thalmann, électricien au cyclotron, s’est chargé d'effectuer les nombreuses irradiations qui m'ont été nécessaires. Qu'ils trouvent ici, ainsi que le personnel qu’ils dirigent, mes sincères remerciements. Je suis reconnaissant à l'Aide à la Recherche Scientifique pour le complément de subvention qu’elle m'a accordé au cours de ce travail.

Page 1