‹ Contribution à l'étude de l'ostéome des cavaliersChapitre 3 sur 17 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Il est très probable que les ostéomes des adducteurs étaient moins rares autrefois qu’ils ne le sont actuellement, l’équitation étant alors presque indispensable à chaque individu et il est assez douteux que cette affection ait échappé à la sagacité des anciens auteurs. Cependant ils n’en font pas mention et il faut arriver au milieu du xixe siècle pour trouver quelques observations isolées.

Mascarel en 1840 paraît avoir rapporté la première observation en France, mais les ossifications musculaires étaient connues en Allemagne et Billroth, dans ses cliniques, décrivait en 1855 les os des cavaliers (Reiterknochen) et les os des fantassins (Exercierknochen). Virchow les connaissait bien et en établissait même la pathogénie.

M ais ce fut un médecin militaire allemand, Jofensohn, qui, le premier, les appela ostéomes des muscles en 1874 (1).

En France, Farabeuf rapporta un cas d’ostéome musculaire de la cuisse à la Société de chirurgie en 1881 et Favier en 1888 appela l’attention sur la question par

i. Uber ostéome iu der a Id action M iskeln von cavalleristen.

une étude assez complète appuyée de plusieurs observations. La même année, Orlow en étudiait la structure et soutenait le premier la théorie de l’arrachement péri o s té.

Depuis, les observations se sont succédé; Schmitt en 1890, Gazin, Boppe, Demmler, Nimier en 1892, Ramonet en 1893 publiaient les leurs ainsi que leurs recherches sur les ostéomes.

La question fut discutée en 1893 à la Société de chi- . rurgie de Paris et en 1894, Berthier et Sieur d’une part, Delorme de l’autre cherchèrent à en établir la pathogénie par expérimentation.

Depuis cette époque les ostéomes musculaires turent étudiés par Mante en 1895, par P. Reynier en 1899 à propos de deux cas d’ostéomes du brachial antérieur ; la même année furent soutenues à Paris les thèses d’Anzé et de Simonot sur les ostéomes du brachial antérieur et à Lyon, celle de Groze sur les ostéomes musculaires étudiés spécialement chez la femme.

Enfin en 1900, la question fut encore agitée à la Société de chirurgie, à propos des ostéomes du coude.

ÉTIOLOGIE

On a longtemps considéré l’ostéomè des cavaliers comme une affection très rare, puis à la suite des observations publiées en 1892-93 il y eut un revirement complet et l’on arriva presque à les considérer comme fréquents.

Cependant Scbmitt qui réunit dans une statistique en 1890 tous les ostéomes qu’il trouva ne donne que 14 ostéomes des adducteurs ; Yvert n’en a vu qu’un cas en cinq ans à l’école de S au mur et Delorme aucun en quatorze mois à la même école et quatre à cinq en six années au Val-de-Gràce. Croze estime à environ une soixantaine tous les cas d’ostéomes musculaires publiés jusqu’en 1899 inclusivement.

D’après cela l’ostéome des cavaliers serait loin d’être fréquent ; mais M. Reynier croit que les ostéomes sont souvent méconnus et mal diagnostiqués, et il est assez curieux de constater que le point de départ des travaux de Jofensohn fut une trouvaille d’autopsie.

Quoiqu’il en soit, il est un fait qui nous parait très probable, c’est la plus grande fréquence des ostéomes musculaires dans certains pays et particulièrement en Allemagne. G’est ce qui expliquerait pourquoi les pre-

mières études sur la question ont été faites dans ce pays ; en outre, les chirurgiens, en Allemagne, paraissent s’être plus souvent préoccupés de cette affection.

A ce propos, nous avons remarqué que 1 osteome du deltoïde, ostéome du fantassin (Exercierknochen) déjà décrit par Billroth, a fait l’objet de plusieurs mémoires en Allemagne ; en France, il n’a jamais été bien décrit, les auteurs ne font que le signaler en passant, et cela, sans doute, à cause de la pénurie d’observations.

L’ostéome du cavalier est évidemment moins rare, mais il doit être aussi moins fréquent qu’en Allemagne.

En effet il est incontestable que le cavalier allemand est en général plus grand, peut être plus vigoureux et surtout moins souple que le cavalier français ; or si l’on examine les observations, l’on verra que les ostéomes surviennent presque toujours chez les sujets les plus robustes à la suite d’efforts violents et mal appropriés à la résistance à vaincre.

Ce sont souvent les cavaliers novices, qui sont atteints d’ostéomes, c’est à la suite d’un faux mouvement, d’un violent effort pour ne pas être désarçonné que l’accident se produit. On comprendra ainsi leur fréquence relativement grande dans l’armée, car ils sont très rares chez une catégorie d’individus qui ont souvent affaire à des chevaux difficiles à tenir, les jockeys ; en effet ces derniers sont habitués au cheval dès leur jeune âge et leurs adducteurs s’accoutument à ne donner que le degré de contraction nécessaire.

En outre, les conditions d’équitation du cavalier militaire,' sa position à cheval, sa selle avec son troupequin

et son paquetage, la manière de monter et de tenir l’étrier diffèrent considérablement de ce que l’on peut voir chez les individus montant le cheval de course.

Etudions maintenant les causes directes des ostéomes des adducteurs. Les auteurs sont généralement d’accord pour les diviser en deux classes bien distinctes:

1° « Le cavalier perd l’équilibre dans un galop, pour ne pas tomber à gauche par exemple, il se cramponne à la selle et contracte violemment ses adducteurs de droite (1) ; ou bien le cheval se cabre, et l’homme, pour ne pas être désarçonné doit contracter fortement ses adducteurs ; pour amener un cheval à franchir un obstacle, il faut le solliciter vivement par la pression énergique des cuisses.

Dans tous ces cas et nous pourrions en citer d’autres, c’est une contraction brusque, très violente des muscles qui est le point de départ du développement de l’ostéome. A la suite de cela il y a en général rupture partielle ou complète des fibres. L’ostéome est ainsi la conséquence d’une rupture musculaire et nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que c’est là l’étiologie de beaucoup la plus fréquente.

2° Mais il existe des ostéomes musculaires qui se sont développés insidieusement et sans que le cavalier s’en soit aperçu. Il n’a le souvenir d’aucun traumatisme. L’étiologie est alors plus obscure, on admet généralement les frottements répétés contre la selle (Eitner) comme la cause la plus vraisemblable, quel-

i. Favier.

ques-uns croient à une prédisposition personnelle (Ziegler).

Il peut encorery avoir d’autres causes d’ostéomes du cavalier. Meinhold attache de l’importance aux coups de pied de cheval ; s’ils atteignent les adducteurs, ils peuvent être le point de départ d’ostéomes, comme d’ailleurs tous les traumatismes violents. Enfin, Ludwig parle d’ostéomes qui se seraient développés sous Finfluence du choc du fourreau de sabre contre la cuisse, mais l’on conçoit alors que les adducteurs ne soient pas intéressés.

Il n’a jamais été observé d’ostéome des adducteurs chez la femme.

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