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De plus, chez presque tous leurs malades, ils notèrent une amélioration de l’état général, avec augmentation de l'appétit et un certain degré d’euphorie.
Les modifications sanguines, indiquent que ce traitement n’est pas dépourvu d'action physiologique,
En somme, dans l’ensemble, ils observèrent :
— une diminution assez notable de la leucocytose (toug les prélèvements furent faits à jeûün et dans les mêmes conditions) ;
— en ce qui concerne la formule leucocytaire, ils notèrent une augmentation des polynucléaires et des lymphocytes au dépens des mononucléaires ;
— au point de vue des globules rouges, il y eût augmentation transitoire dès les premières injections, mais, dans l’ensemble, pas de modifications importantes ;
— baisse de la teneur en anticorps du sérum;
— enfin, ils constatèrent que l’activité alexine du sérum avait presque toujours diminuée. Ce fait semble paradoxal et ils ne purent en trouver l’explication ;
— le poids a le plus souvent augmenté.
Ils en conclurent que ce traitement, d’une inocuité absolue, si l’on à soin d’espacer suffisamment les injections chez les malades maigres qui font facilement des décollements étendus, peut être considéré comme uà stimulant de la résistance de l’organisme, et être employé avec avantage dans le traitement de la tuberculose pulmonaire.
— Chauvet (1), de son côté, conelut que l’oxygénothérapie sous-cutanée sera toujours utilisée avec profit dans la tuberculose, en ce sens que les injections d’oxy-
(1) CHauver. — (Thèse, Paris, 1922),
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gène agissent efficacement sur les phénomènes congestifs de la tuberculose pulmonaire, et que les accidents asphyxiques sont eux aussi, particulièrement améliorés par ce traitement.
— Leloup (2), enfin, soutient que: sans aller jusqu’à affirmer l’arrêt de l’évolution des lésions chez les tuberculeux traités par les injections d'oxygène naissant, il a toujours constaté chez les tuberculeux pulmonaires chroniques, au début, chez lesquels il a appliqué cette médication, que l’état général se relevait rapidement, l’appétit renaissait, et les malades éprouaient une sensation. de bien-être.
Tous ces résultats et toutes ces affirmations, semblent confirmer pleinement les données physiologiques et les données expérimentales ; l’ensemble devant servir de base stable au traitement de la tuberculose pulmonaire par les injections sous-cutanées d'oxygène.
Qu'il nous soit permis, ici, de nous excuser de ne pouvoir apporter nos observations personnelles, à l’appui de ce que nos prédécesseurs ont pu affirmer; les malades de la clinique de notre maître, le Professeur Pic, étant tous des tuberculeux trop avancés, la plupart à forme cavitaire, pour qu'un pareil traitement puisse avoir des effets curatifs sur eux.
Nous avons cependant traité plusieurs de nos malades par cette méthode et, chez la plupart, nous avons pu constater une sensation de bien-être, une reprise de l'appétit et une augmentation de poids variant de 1 à 2 kilogr. dès les premières injections; en somme, amélioration marquée de l’état général, maïs le tout ne fut que transitoire, et nous sommes pleinement
(2) LELOUP, — (Thèse, Paris, 1926),
d'accord avec Kleiman et Leloup pour conclure que, dans les formes aïgües, dans la granulie à la période cavitaire, dans toutes les formes pyrétiques avec grandes oscillations thermiques, l’oxygénothérapie ne peut entraver l’évolution de la maladie; mais, en atténuant la dyspnée, elle soulage le malade et lui donne jusqu’à la fin une sensation de bien-être qui n’est pas négligeable.
En résumé, dans les formes avancées de la tuberculose: ulcero-caséeuses, cavitaires; l’oxygénothérapie sous-cutanée, pas plus que les autres procédés thérapeutiques, tels que l’iode, la sanocrysine, la cure sanatoriale, ne peut être considérée comme un traitement curatif.
Mais, où l’oxygène reprend son droit, c’est dans les formes fibreuses et même fibro-caséeuses. Dans ces formes, l’action paraît nette sur l’état général. En somme, l’oxygénothérapie à marqué une action symptomatique assez sensible sur divers troubles: température, anorexie, toux hémétisante, sang, sérum, formule leucocytaire : et elle devra être appliquée à tous les malades qui, pour des raisons sociales ou autres, ne peuvent bénéficier d’une cure dans un sanatorium.
L'’oxygène sous-cutané n’est pas une panacée; on peut le mettre sur le même pied que d’autres médicaments Ssymptomatiques tels que l’arsenic; il ne faut pas lui demander plus qu’il ne peut donner.
En tuberculose tout n’est qu’affaire de forme anatomo-clinique, par conséquent: de l’inefficacité de l’oxygénothérapie dans certaines formes, il ne faudra pas généraliser, et conclure à l’inutilité du procédé dans d’autres formes évolutives, ou survenant chez un sujet dont P’aptitude réactionnelle est supérieure,
Observations
OBspRvATION I (LESIBUR)
M. X.., d'Auteuil, 20 ans. Tuberculeux depuis 7 ans, ayant fait inutilement deux longs séjours dans un Sanatorium d’altitude et dans le midi de la France ; revient à Paris à la fin du printemps de 1911, en mauvais état, toussant, crachant, suffocant et restant au lit en pleine crise d’intoxication bacillaire.
. Tous les médicaments usuels avaient été essayés sans résultat. Il continuait à maigrir, avait une température élevée, crachaïit des bacilles et frissonnait continuellement.
Sous l'influence de quelques injections, la température est redevenue normale, les crachats et la toux ont dispa. rus, l’état général est redevenu excellent.
Dans cette observation nous remarquons l’heureux effet des injections d’oxygène chez un tuberculeux chronique chez lequel les cures dans deux sanatoriums n’avaient donné aucun résultat,
. OBSERVATION IT (LESIEUR)
Mr*° Y.…., habitant les environs de Paris est atteinte de tuberculose à forme congestive et fébrile.
Malgré les soins très éclairés et le séjour dans des stations de cure, malgré l’application de plusieurs sérums
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spécifiques, les hémoptysies reviennent périodiquement et parfois avec abondance. Chaque mois ramène un crachement de sang avec une poussée thermique.
Or, au cours de l’hiver 1922 on pratique 2 injections par semaine, et, pendant toute la durée du traitement la température prémenstruelle reste normale, la courbe thermique s’abaisse et aucune hemorragie n’apparaît, ceci pendant 3 mois consécutifs,
OBserVATION III (Docteur BAYEUx)
Jeune fille tuberculeuse, ayant subi 3 pneumothorax thérapeutiques, dont le dernier avait été suivi d’un épanchement pleural séreux, qui était devenu purulent à la suite d’une grippe.
Température aux environs de 40°. Etat général des plus alarmant.
Les injections d’oxygène faitent concurremment avec des insufflations d'oxygène dans la plèvre, firent redescendre les maxima autour de 38°, en 3 jours, et une semaine plus tard ils oscillaient autour de 37°5. L'état général se releva et la jeune fille recouvra une santé satisfaisante,
OBSERVATION IV (KLEIMAN)
M. Ch... 29 ans, tousse depuis 1 an, transpire énormément la nuit, à perdu ses forces et n’a pas d’appétit. Depuis un mois il a eu quatre hémoptysies abondantes, la dernière ayant la valeur de trois verres ordinaires.
Enfin, depuis deux mois, après chaque repas, le malade souffre d’une toux émétisante qui l’empêche de rien garder. Il a perdu 7 kilos en 9 mois.
La percussion ne donne rien en avant. L’auseultation à droite décèle des craquements avec quelques râles humides ; à gauche respiration rude,
En arrière et à droite, matité à la percussion, retentissement de la toux, nombreux craquements dans tout le 1/3 supérieur, Du côté gauche retentissement de la toux, matité, respiration diminuée,
Le malade crache beaucoup ; présence de bacilles.
Pas de température.
Poids 47 kilos.
Globules rouges 4.700.000. Hémoglobine 70. Formule leucocytaire normale.
Le malade reçoit comme traitement une injection hy-. podermique d'oxygène de 500 cm3 tous les 2 jours.
A la 4 piqûre, le malade ne transpire plus ; plus de toux émétisante, il à repris 1 kilo ; il se sent très bien ; les signes physiques n’ont pas changé.
Au bout de la 18° piqûre le malade a regagné 4 kilos tousse et crache à peine 2 fois par jour ; l’examen des crachats plusieurs fois répété et 3 jours de suite, ne décèle plus aucun bacille. A l’auscultation, la respiration est assourdie au sommet droit, mais plus de râles, ni de craquements. Globules rouges 4.900.000, richesse en hé moglobine 80 à 90.
Le malade $e sent bien, quitte le service pour reprendre son travail.
Dans cette observation nous voyons, à la suite des injections d'oxygène : la disparition de la toux, de l’expectoration, des vomissements ; la reprise des forces, de l’appétit et du poids ; la disparition des signes stéthoscopiques, une augmentation du nombre des globules rouges et de leur richesse en hémoglobine.
OBsERVATION V (KLEIMAN)
Le malade L..., a eu il y a deux ans, une première bronchite qui persista pendant plusieurs mois. Depuis,. à plusieurs reprises, à toussé, à présenté des sueurs, de
la perte de l’appétit ; il y à un mois a eu deux hémoptysies,
Depuis 15 jours, tous ces symptômes se sont aggravés et c’est pour cela qu’il rentre à l’hôpital.
A l’examen on lui trouve de la submatité du sommet droit, de l’obscurité du murmure vésiculaire et des râles sous-crépitants assez fins, s'étendant sur le tiers supérieur du poumon droit.
On note également du retentissement de la toux et de la voix, au sommet droit.
L’expectoration est très abondante et riche en bacilles de Koch.
La température est à 38°.
Le pouls bat à 94.
Pas de dyspnée.
Poids : 52 kg 300.
Globules rouges : 4.030.000. Hémoglobine : 90.
Le malade reçoit alors une injection d’oxygène tous les 2 jours.
Dès la 3° injection, les signes se sont modifiés, les râles sont moins abondants, plus humides et on note quelques râles ronflants localisés au sommet.
A la 7° injection, on ne retrouve plus de râles souscrépitants, l’expectoration a beaucoup diminuée et ne contient plus de bacille à un examen plusieurs fois répété : la température est revenue à la normale. Pendant il jours encore les râles ronflants sont perçus au sommet droit, mais à la douzième injection, tous les bruits anormaux ont disparu, on ne retrouve plus que de la matité avec de l’obscurité du murmure vésiculaire et après la toux quelques rares craquements secs, légers.
Le malade quitte le service au bout de la 15° injection, ayant gagné 3 kg 225, ne toussant plus, avec un état général excellent.
Hémoglobine : 90, Globules rouges : 4,900,000,
OBSERVATION VI (KLEIMAN)
Le nommé G..…., 45 ans, manœuvre, entre à l’hôpital parce qu’il tousse depuis 3 ans, mais depuis un mois environ sa toux à considérablement augmenté ; il perd les forces et l’appétit et maigrit de plus en plus.
Comme antécédents héréditaires : mère morte d’affection pulmonaire.
Antécédents personnels : à eu une bronchite il y a 3 ans, à la suite de laquelle il est resté aphone pendant un mois et a toujours toussé.
A l'examen cliniqre on note une toux fréquente, nocturne et diurne ; une expectoration abondante avec de nombreux bacilles de Kock, de la dyspnée. |
Comme signes généraux : sujet très déprimé, pas d’ap pétit, pas de forces, amaïigrissement très marqué, sueurs nocturnes. Les signes physiques trouvés alors sont les suivants : Au sommet droit, submatité, vibrations exagérées, inspiration rude, expiration prolongée.
À gauche, submatité plus étendue, râles humides plus nombreux au sommet, s'étendant dans toute l’étendue du poumon. Au niveau du hile, respiration soufflante.
Poids : 58 kilos.
Globules rouges : 4.300.000. Hémoglobine : 30.
Pas de température.
Etant donnée la dyspnée, il est décidé de faire au malade des injections quotidiennes d'oxygène.
Au bout de la 7° injection, il y a une amélioration sensible de l’état général ; le malade a repris des forces et mange avec appétit. L’expectoration et la toux ont diminué considérablement, mais on trouve encore des ba- - cilles de Koch dans les crachats. Le malade a repris 1 kg. Les signes physiques ne sont pas modifiés.
À la 14° injection, le malade a gagné 1 kg 600. Amélioration continue des symptômes généraux et fonctionnels ;
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râles moins nombreux, expectoration moins abondante et plus trace de bacilles de Koch.
Au bout de la 3° semaine, état général excellent. T1] tousse encore un peu le matin, avec légère expectoration, sans bacille. Au sommet droit il conserve une respiration rude et prolongée ; au sommet gauche la toux décèle quelques légers râles sous-crépitants.
Globules rouges : 4.750.000. Hémoglobine : 80.
Le malade s'ennuie à l’hôpital, se croit guéri et quitte volontairement le service,
OBsERVATION VII (KLEIMAN)
Le nommé F..., entre à l'hôpital parce qu’il tousse énormément, présente une intolérance gastrique totale, a maigri et transpire la nuit.
Au point de vue antécédents : congestion pulmonaire li ya 8 ans, pour laquelle il reste 3 mois 1/2 alité. Depuis cette époque, il a toussé à peu près tout le temps, principalement l'hiver. Il y a 2 ans, il a eu une hémoptysie assez abondante pour laquelle il est resté alité pendant un mois. Depuis ce moment, de temps à autre, il présente des crachats légèrement sanglants.
A l’examen : on est frappé par la pâleur du visage ; le thorax est très amaigri, les creux sous et sus-claviculaires sont très accentués, principalement du côté gauche.
A la percussion, on trouve de la matité à gauche en avant. De ce côté, il existe un souffle cavitaire net et des râles sous-crépitants multiples, étendus sur le tiers supérieur du poumon gauche. Le murmure vésiculaire est affaibli. A droite on constate également des râles souscrépitants assez fins au niveau du sommet. La tempéra:ture est de 38°2, pour remonter le soir à 38°9.
Le malade est très dyspnéique, 36 inspirations ; pouls o 100. Globules rouges : 3.100.000, Hémoglobine : 80.
Poids : 62 kilos, |
me 55
Les injections d'oxygène sont commencées et répétées tous les jours.
Une demi-heure après la première injection, le malade respire plus facilement, le nombre d’inspirations à la miaute est tombé de 36 à 20 ; le pouls bat à 90.
A la 8° piqûre le malade n’a plus de toux émétisante, commence à s’alimenter.
Il crache cependant toute la journée, la température reste élevée, mais est moindre le soir après l’injection que le matin avant l'injection. Le poids ne varie pas.
A la 15° injection le malade se sent bien, mange avec appétit. L'expectoration à diminué, mais la fièvre est toujours élevée et les signes sthétoscopiques sont les mêmes.
Au bout de 3 semaines, l’état général seul est amélioré ; le souffle cavitaire s'accompagne de nombreux gargouillements. Le malade se maintient ainsi pendant 6 semaines, persuadé de sa guérison, car il se trouve bien, et il meurt le 45° jour de sou entrée à l'hôpital, au milieu de la nuit, par une hémoptysie foudroyante.
De cette observation nous pouvons tirer : que si l’état général s’est nettement amélioré au point de vue dyspnée, transpiration, pouls et appétit ; le traitement par l’oxygène n’a rien pu faire contre la fièvre hectique, ni contre la caverne.
Conclusions
1° L'influence de l’aérothérapie chez les tuberculeux suggère l’administration thérapeutique d'oxygène pur, chez ces malades, en dehors de toute cure sanatoriale.
L'étude historique de la question permet d’ailleurs de constater que, depuis 1780, l’oxygène a été employé avantageusement, par de nombreux auteurs, dans le traitement de la tuberculose.
2° À côté de la voie pulmonaire qu’utilisent les inhalations, il y a la voie sous-cutanée, moins utilisée, et que nous avons particulièrement étudiée. La méthode intra-veineuse n’est pas applicable en pratique.
8° L’oxygénothérapie sous-cutanée est un procédé simple, inoffensif, à peu près indolore.
4° L’oxygène injecté est rapidement absorbé. Des raisons physiologiques doivent faire préférer l’oxygène naissant à l’oxygène ordinaire. L'administration d'oxygène naissant à certainement un effet très complexe sur les divers métabolismes ; il y à lieu notamment d’en attendre une stimulation des oxydations,
alenties dans la tuberculosé. On peut invoquer, d’atitre part, l’action antiseptique de loxygène.
5° L’expérimentation nous permet de conclure que sans arrêter l’évolution de la tuberculose chez le cobaye, l’oxygénothérapie, tant en injection qu’en inhalation, la ralentit néanmoins, et augmente la résistance de l’animal.
6° Pour les résultats cliniques, une distinction s'impose entre les différentes formes anatomo-cliniques :
a) Dans la tuberculose fibreuse et même fibro-caséeuse, l’oxygénothérapie sous-cutanée agit assez nettement sur l’état général.
En outre, on à noté une augmentation des globules rouges et de la richesse en hémoglobine et, d'autre part, une baïsse de la teneur en anticorps du sérum.
b) Dans les formes ulcéro-caséeuses, nous n’avons constaté aucune action sur l’évolution; mais nous avons noté un effet symptomatique favorable sur la dyspnée ; l’oxygénothérapie procure aux malades une sensation de bien-être qui n’est pas négligeable.
D'une façon générale, l’oxygénothérapie présente deux grandes indications en phtisiologie: tantôt elle sera symptomatique (dyspnée des formes aigües; pneumothorax spontané, etc...); tantôt elle s’adressera à la nutrition générale comme un stimulant ; à ce titre elle s’appliquera à tous les tuberculeux qui, pour des raisons sociales ou autres, ne peuvent bénéficier d’une cure sanatoriale,
Grâce à la simplification actuelle de la technique, l’administration d'oxygène naissant par voie sous-cutanée sera souvent plus pratique à réaliser que l’inhalation classique.
Vue LE PRÉSIDENT DE LA THÈSE LE DoYen, PIC.
JEAN LEPINE.
Vu et permis d'imprimer :
Lyon, le 24 Novembre 1927.