‹ Contribution à l'étude de la Bourse Séreuse Préthyroïdienne et de son HygromaChapitre 18 sur 34 · Traité de Path, Ext., 1855. T. III, p. 661. Vandaele S · texte numérisé non relu

Traité de Path, Ext., 1855. T. III, p. 661. Vandaele S

kyste thyroïdien, et nous lisons en effet dans cet auteur: «.….. La bourse muqueuse thyroïdienne dont le développement peut simuler le goître ». Maïs, avec M. le professeur Verneuil, nous sommes peu .disposé à accepter une assertion aussi vague ; il faudrait une observation circonstanciée et non un siniple dire. Cependant dans les archives de 1853, on rapporte l'observation d’un malade présenté par Larrey à la Société de chirurgie, et qui portait au niveau de l’angle du cartilage thyroïde une tumeur ayant tous les caractères d’un kyste séreux et qui parvint au volume d’un œuf de poule.

À part ces quelques lignes, il faut arriver jusqu’à 1875 pour en rencontrer quelques cas publiés par MM. Affre (1), Corson, et par Follin et Duplay dans leur Traité de Pathologie externe.

Si les auteurs ont gardé sur cette question un silence presque complet ce n’est point que la région qui nous occupe ait été l’objet de leur négligence. Loin de là, et dans ces derniers temps surtout, il a paru sur les tumeurs du cou une quantité considérable de travaux originaux. Mais un courant d'opinions qui se fait sentir aussi bien à l'étranger que chez nous, tend à rattacher le plus grand nombre de ses tumeurs à une origine congénitale. En outre, comme la bourse préthyroïdienne existe principalement chez les hommes, c’est surtout chez eux que l’on

doit rencontrer l’hygroma. Or, comme ce processus

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morbide, tant qu'il n'y a point de travail inflammatoire, est tout à fait indolore, et comme, moins que les femmes, ils se préoccupent de l'aspect disgracieux qu'une petite tumeur de ce genre peut leur donner, les choses passent le plus souvent inaperçues ; «cela ne me gênait pas, disait un malade; c'était tout petit, je ne m'en occupais point. »

Afin de mieux pouvoir établir les signes sur lesquels on s'appuiera pour reconnaître cette affection et la distinguer des autres tumeurs que l’on rencontre fréquemment en la même région, nous rapportetons maintenant quelques observations de cet hygroma préthyroïdien, et, en premier lieu, une observation personnelle recueillie dans le service de notre maître, M. le D' Leprévost, chirurgien de l’hospice général du Havre.

Hygroma préthyroïdien suppuré.

OBsERVATION Î (personnelle).

Le nommé X..., âgé de 49 ans, chauffeur, entre à l'Hospice général du Hâvre, salle Saint-Gabriel, le 22 avril 1891, avec le désir de sé débarrasser d’une petite tumeur qu’il porte au cou, dont il n'a jamais souffert, mais dont la présence l’inquiète.

Cet homme, dont le père est mort de fluxion de poitrine dans un âge avancé, dont la mère est morte alors qu'il était en bas-âge, ne s’est jamais alité qu’une fois, pour un rhumatisme articulaire aigu de l'épaule gauche. Il affirme être indemne de toute affection

vénérienne, et un examen minutieux ne fait découvrir chez lui au-

cune trace de syphilis. Il n’a pas maigri et se considèrerait comme très-bien portant, n’était la tumeur qu'il porte sur la face antérieure du cou.

Cette tumeur du volume d’un œuf de pigeon est située, sur la ligne médiane, en avant du cartilage thyroïde dont elle masque la saillie, à un centimètre environ de l’os hyoïde et du cartilage cricoïde. Un sillon vertical la divise en deux parties, dont l’une, la droite, est un peu plus volumineuse, Elle suit les mouvements d'abaissement et d’élévation du larynx, et ne peut être mobilisée sur le thyroïde avec lequel elle semble faire corps. Elle est rénitente et obscurément fluctuante. À sa surface, la peau est parfaitement saine. Il n’existe pas d’engorgement ganglionnaire dans le voisinage. Une ponction antiseptiquement pratiquée avec la seringue de Pravaz, donne quelques gouttes de liquide séro-purulent.

Le malade s'est aperçu de l’existence de sa tumeur deux mois seulement avant son entrée à l'hopital. Elle se serait développée, suivant lui, à la suite d’un mal de gorge très-douloureux, pour lequel X... n'a pas gardé le repos, et elle aurait peu à peu augmenté de volume sans jamais occasionner de gène ni de douleur.

Le 25 avril, le deuxième jour après la ponction exploratrice, M. Je D: dbLeprévost fut surpris de constater, sur toute la face antérieure du cou, l'existence d’une rougeur diffuse et d’un peu de gonflement œdémateux ; de plus le malade avait un peu de fièvre, et se plaignait de légers frissons. Craignant que la ponction, pourtant faite avec les précautions ordinaires, n'eût amené l’extravasation d’un peu de pus dans le tissu cellulaire du cou, et, en présence de cette menace de phlegmon, M. Leprévost résolut d'opérer le malade séance tenante.

Opéralion. — Le malade est chloroformé. Une incision est pra-

tiquée sur la ligne médiane, partant de l’os hyoïde et débordant

Te inférieurement le cartilage cricoïde d’un centimètre environ. Le bord interne des sterno-hyoïdiens étant récliné légèrement, la tumeur apparaît sous l'aspect d'une poche jaunâtre qui est incisée dans toute sa hauteur, et donne issue à deux cuillerées à bouche d'un liquide séro-purulent. |

Le doigt introduit dans la cavité rencontre la face antérieure du cartilage thyroïde qui n’est dénudé en aucun point. La poche s'étend plus à droite qu’à gauche. Elle s'insinue au-dessous des muscles sterno-hyoïdiens et déborde en haut le cartilage thyroïde, mais sans pénétrer derrière l'os hyoïde, que le doigt explorateur ne peut toucher. Il ne s'agit donc pas d’un hygroma de la bourse de Boyer.

La cavité est lisse de toutes parts. M. le D' Leprévost essaie vainement d'en disséquer les parois, il ne peut en exciser qu’une faible partie sur la ligne médiane ; sur les côtés elles se confondent intimement avec la face postérieure des muscles. Une curette est alors introduite, puis il est procédé à un râclage qui fournit un peu de matière pulpeuse, et donne lieu à un écoulement sanguin assez abondant.

Pour y mettre un terme, M. Leprévost introduit dans la cavité une éponge imbibée d’une solution de sublimé et enveloppée de gaze iodoformée. Cette éponge est laissée dans la plaie, et l'on fait par dessus un pansement antiseptique.

Les jours suivants la température s’est abaissée et est redevenue

normale.

Le 3 mai. — (1e" pansement). La rougeur et la tuméfaction du cou ont complètement disparu. M. Leprévost enlève l'éponge et se contente d’exercer sur les parois de la poche une légère compression.

Le 8 mai.— La cavité s’est en partie comblée par l’accolement de ses parois. Pourtant sur la ligne médiane, il persiste un trajet

conduisant sur le cartilage thyroïde et pouvant recevoir l'extré-

Ga mité du doigt. Cautérisation au nitrate d’argent répétée les jours suivants.

Malgré cela la cicatrisation ne se fait point, l’orifice menace de rester fistuleux.

Le 30 mai. — Une petite éponge imbibée d’éther iodoformé est introduite dans le trajet et y est maintenue à demeure. On procède au pansement quotidien sans enlever l'éponge, qui, chassée chaque jour davantage hors du trajet dont le fond bourgeonne, est excisée au fur et à mesure.

Le 9 juin. — Il ne reste plus qu’une plaie linéaire à la surface de laquelle une croûte s’est formée, croûte qui comprend les derniers débris de l’éponge.

Le 12 juin. — Le malade est guéri, il quitte l'hôpital.

Le 4 octobre, — Nous avons l'occasion de revoir le malade, et

nous constatons que la guérison s’est maintenue. La cicatrice est à peine visible.

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