‹ Contribution à l'étude de la castration des ruminants par la méthode de BurdizzoChapitre 3 sur 15 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

C’est au printemps de l’année 1922 qu’il nous fut donné, pour la première fois, d'assister à une castration de ruminant effectuée suivant la méthode dite du martellement.

Nous nous trouvions alors à Fort National (Algérie) où nous remplissions les fonctions de vétérinaire sanitaire du Gouvernement Général de l’Algérie.

Notre service comprenait entre autres obligations celle de visiter, à intervalles fréquents et irréguliers, la plupart des marchés indigènes alors existants sur le territoire des communes mixtes de Fort National et du Djurdjura et des communes plein exercice de Fort National et de MékKla.

Cette zone montagneuse comptait en effet une importante population indigène (Kabyles) estimée à 180.000 âmes environ, et il était rare qu’un marché ne fonctionnât pas une fois par semaine en chacun des douars des quatre communes précédentes.

Certains de ces marchés, celui en particulier dit du Djemaa des Beni Minguellet, étaient de première importance puisque l’on y abattait, tous les vendredis, une centaine de bovins, 5 à 600 moutons, 2 ou 300 caprins.

Ce fut sur un autre marché, moins important, celui du douar des Beni Ouassif, marché que se tenait en pleine montagne tous les mercredis, que nous vîimes marteler, sous nos yeux, par un rebouteux indigène, six taureaux appartenant à la race du pays.

Les patients n'étaient pas couchés, mais solidement maintenus par deux aides. Ils étaient en outre entravés. L'opérateur commençait par placer à la hauteur des bourses deux bâtons cylindriques, le premier en avant des cordons, le second en arrière et à égale distance du ventre et des testicules. Ces deux bâtons délimitaient entre eux deux portions de cordon d’une longueur très voisine de 2 centimètres. Les deux bâtons étaient ensuite solidement noués, à leurs extrémités d’abord, immédiatement contre les bourses, à droite et à gauche de celles-ci, ensuite. À ce moment, l'opérateur se penchait, un petit maillet à la main, et se mettait à marteler sans arrêt,

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pendant deux minutes environ, les deux portions de cordon ainsi étroitement coincées entre les bâtons.

I1 ne nous fut pas possible, à notre grand regret, de suivre les sujets ainsi castrés. Mais, le cavalier indigène qui nous -accompagnait nous affirma que l'opération ainsi pratiquée réussissait régulièrement et que, dans presque tous les douars voisins des Beni Ouassif, les mâles d'espèce bovine RAAERENL pas autrement émasculés.

Une année s’écoula ensuite. Nous quittâmes la Grconsc ns tion vétérinaire de Fort National pour nous voir attribuer, dans le département de Constantine, une circonscription beaucoup plus importante, celle de Châteaudun-du-Rhummel. Nous nous trouvâmes là en plein pays d'élevage et au milieu d’une riche clientèle, tant Française qu’indigène.

Nous ne pensions plus du tout à la méthode dite du martellement et nous émasculions régulièrement, à la pince dite de Reimers, tous les sujets mâles qui nous étaient présentés (chevaux ,mulets, taureaux, bêliers, boucs et verrats) lorsque le 13 Mars 1924, un de nos clients de Merdj-El-Harris, M. Barthe, nous demanda de lui vacciner des moutons contre la clavelée et de lui castrer un certain nombre de bovins.

A la façon dont M. Barthe nous interrogea sur la nature exacte du procédé que nous mettrions en œuvre pour castrer ses taurillons, nous comprîimes qu'il avait un procédé à nous soumettre. Les événements nous donnèrent amplement raison puisque, la vaccination anticlaveleuse une fois terminée, notre client nous mit sous les yeux, une pince, assez rouillée d’ailleurs, et dont les principales caractéristiques se trouvaient être de larges mâchoires à section émoussée et deux manches trapus articulés à genouillère.

Ce fut ainsi que nous nous trouvâmes, pour la première fois, en présence d’une pince marteleuse.

L’instrument fut du reste expérimenté immédiatement devant nous par notre interlocuteur. Un jeune taurillon fut couché, sommairement entravé et, sur chacun des cordons testiculaires de l’animal, deux martellements furent effectués à un centimètre d'intervalle l’un de l’autre.

Malgré tout, nous demeurâmes assez sceptique. Nous marquâmes donc l’animal ainsi traité et nous promîmes de le revoir deux semaines plus tard.

Nos occupations nous empêchèrent de revenir aussi tôt à la ferme de Merdj-El-Harris et ce ne fut que 35 jours plus tard que nous pûmes examiner les sujets martelés.

Indiscutablement, ils étaient castrés.

M. Barthe voulut bien alors nous prêter l'instrument que

nous décidâmes d’expérimenter nous-même, le plus rapidement possible.

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Ce fut un autre de nos clients, M. Jean Merle des Isles éleveur à Oued Athmenia qui voulut bien nous en fournir les facilités.

Il avait précisément, un troupeau de 300 jeunes béliers. L'opération fut effectuée exactement le 1” Mai à 14 heures de l'après-midi. Nous disposions d’un personnel indigène assez nombreux, 4 animaux se trouvaient couchés en permanence. M. Jean Merle des Isles nous servit d'aide. Deux heures après l’opération était terminée.

6 semaines plus tard, nous visitâmes à nouveau le troupeau ainsi opéré. 3 sujets seulement avaient été ratés. Ils furent émasculés sur l’heure au moyen de la pince de Reimers.

Nous fîmes immédiatement un rapport à notre chef de services, M. Trouette, Inspecteur du Service de l’Elevage à Alger et il fut entendu qu’une démonstration de ce nouvel instrument aurait lieu, quelques semaines plus tard, au concours annuel de la race bovine de Guelma, à Guelma même.

Entre temps, nombreux furent ceux de nos clients qui nous demandèrent de castrer leurs animaux, tant bêliers que taureaux, par cette nouvelle méthode si simple et si pratique.

Lorsque nous quittâmes l’Algérie en mars 1925 pour rentrer en France, nous pouvions évaluer à 10.000 environ, le nombre d’ovins de notre circonscription qui avaient été castrés soit par nous-même, soit par nos aides indigènes au moyen de la pince marteleuse de Burdizzo.

Notre premier souci, aussitôt revenu dans la métropole, fut donc de nous procurer un exemplaire de la « véritable » pince marteleuse de Burdizzo — le modèle dont nous nous étions servi en Algérie étant une simple contrefaçon — et nous pûmes nous rendre compte qu'avec le remarquable instrument de précision imaginé et établi par Burdizzo, aucune défaillance n’était plus possible.

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