AVANT-PROPOS
Au moment où souffle en France un grand vent d'utilitarisme, où beaucoup considèrent les sciences appliquées comme une panacée universelle, certains nous reprocheront peut-être d’avoir fait œuvre vaine, en expérimentant le plus souvent d’une façon spéculative.
Sans diminuer en rien le mérite des recherches tendant à un but pratique, il faut cependant reconnaitre ceux de la science pure. C’est dans ses acquisitions que viennent loujours puiser les théoriciens en quête de découvertes à exploiter. Chez elle, pas d’ostracisme ! du plus humble au plus savant, chacun peut apporter sa pierre pour la construction de l'édifice commun.
En science, tout s’enchaïîne, et tel résultat d'apparence bien insignifiante sera peut-être, une fois complété par d’autres, le point de départ d'une acquisition précieuse ".
Cette pensée nous a constamment soutenu au cours de longs efforts. Nos peines seront pleinement récompensées si nous avons apporté une contribution (pour faible soit-elle)
au patrimoine collectif.
1.Le but supérieur de la science est d'alimenter, en augmentant sans cesse son niveau, l'immense réservoir d'où viennent en réalité toutes les inventions (Raph. Dubois, in Discours prononcé pour l'inauguration de la statue de Claude Bernard, Lyon, 28 octobre 1894).
Ce travail sort essentiellement du laboratoire de physiologie générale et comparée de l'Université de Lyon.
Non seulement le professeur Raphaël Dubois nous y acceuillit avec une bienveillante cordialité, mais encore, 1l voulut bien faire de nous son assistant, puis son préparateur.
Le peu que nous savons, comme Physiologie générale et comparée, nous le lui devons.
Digne continuateur des Claude Bernard, des Paul Bert, le professeur Raphaël Dubois fut pour nous un maître, dans toute l'acceptation du terme : celui qui sait en un mot faire aimer la science et inspirer à ses élèves le désir de continuer son œuvre, de marcher sur ses traces :
Mais, Longo sed proximo intervallo hélas !
Pendant cinq années de contacts quotidiens, nous avons contracté envers M. Couvreur, chargé d’un cours complémentaire, chef de travaux à la Faculté, une bien lourde dette de reconnaissance. Que de fois n'avons nous pas eu recours à son obligeance el à son sens critique si averti. Son contrôle autorisé nous fut des plus précieux pour mener à bien de nombreuses expériences.
Enfin notre cordial souvenir va à notre excellent collègue et ami Marchand, dont la thèse récente fut très remarquée !. Son dévouement à l'humanité?, à la science et à notre maître
! lèecherches physiologiques sur la Moule comestible de Provence{Mytilus Galloprovincialis L.) el sur la Mytilicullure en Méditerranée. Lyon, juillet 19r6.
? Médecin auxiliaire de la marine, soigne les cholériques serbes, les typhiques, etc., à Sidi-Abdallah.
ds y} — commun, le professeur Raphaël Dubois, reçut d'ailleurs récemment un hommage public.
Ainsi que nous l'avons rappelé à diverses reprises dans ce travail, l'explosion de la guerre, notre mobilisation, nous empêchèrent de parachever, de multiplier certaines expériences, comme il était dans notre intention de le faire.
Il y a sept ans, au début de ces recherches!, nous pensions étudier simplement les troubles produits par la force centrifuge sur les diverses fonctions des vertébrés. Mais bientôt, la complexité des résultats obtenus nous ineitait à modifier notre plan, à l’élargir, et à ne considérer les phénomènes observés sur les animaux supérieurs que comme un chapitre de ce travail.
Nous examinerons donc successivement les effets de la centrifugation sur :
19 Les solulions et leur passage au travers des membranes ;
2 Les cellules : contenant et contenu;
3° Les éléments sexuels, les œufs et les graines;
4° Les nymphes ;
59 Les animaux adultes : invertébrés et vertébrés.
6° Les végétaux : inférieurs et supérieurs,
et chercherons les conclusions de physiologie générale se
le
dégageant de cet ensemble de faits.
1 H. Clément, Société Linnéenne de Lyon, T,LX, p. 147.
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Toutefois, avant de développer ce plan, il nous semble bon de dire quelques mots sur les centrifugeuses, puis de résumer les résultats obtenus par nos devanciers grâce à ces appareils.
Si quelques omissions bibliographiques ! existent, nous les regrettons vivement et nous nous en excusons.
Rien n’a été négligé pour obtenir un tout complet. En plus des recherches ordinaires exécutées pour ce genre de travail, nous écrivimes aux Universités du monde entier *, solhcitant de leurs laboratoires la liste des travaux qu'ils auraient pu produire sur la question.
Mais, gêné par la difficulté des relations postales étrangères, il ne nous fut pas toujours loisible de vérifier certains points.
1 On trouvera dans un chapitre spécial tout ce qui touche à la centrifugation biologique proprement dite, tandis queïles autres références sont au bas des pages. ? Moins les pays austro-allemands.