‹ Contribution à l'étude de la chirurgie du nerf radialChapitre 16 sur 20 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Extraite des Archives médicales d'Angers, janvier 1902.)

Malade âgé de quatorze ans. A été adressé au mois de janvier 1901 au D' Delagénière par le D' Baret pour une paralysie radiale gauche survenue à la suite d’une fracture compliquée.

Le 24 juillet 1900, le malade se fait une fracture ouverte de l'extrémité inférieure de l'humérus gauche avec plaie antérieure donnant issue au fragment supérieur de l'humérus. Cette plaie antéro-externe est située au-dessus de l'interligne articulaire. Le D' Baret réduit la fracture et applique un pansement. Au bout de quelques jours il constate alors l’existence de la paralysie radiale et conseille une intervention chirurgicale qui n’est pas acceptée par les parents du malade.

À partir de ce moment, le malade est abandonné à luimême et les symptômes de la paralysie radiale vont en s’accentuant ; les muscles de la région antéro-externe de l’avant-bras s’atrophient, la main tombe et le malade devient impotent.

Etat à l'entrée. — Le bras présente la déformation clas-

sique ; la main est en flexion, décharnée et complètement

impotente. Pas le moindre mouvement d'extension des doigts et il existe une atrophie générale de l'avant-bras surtout manifeste pour le groupe musculaire antéro-externe. Audessus de pli du coude, et en dedans de la saillie du long supinateur existe une cicatrice d'aspect chéloïdien. Cette cicatrice est douloureuse à la pression du doigt, surtout en un point situé à la partie la plus élevée de la cicatrice où on sent en déprimant les tissus un petit nodule très douloureux à la pression ; ce nodule est considéré comme étant le bout supérieur du nerf sectionné. La sensibilité a disparu dans toute la zone innervée par le radial.

Le D: Boeteau qui a bien voulu pratiquer l’examen élec-

‘ trique de ce malade a pu constater une réaction complète de dégénérescence rendant d’après lui très problématique le succès d’une suture nerveuse.

En outre l’avant-bras est en demi-flexion sur le bras, etles mouvements de l'articulation du coude sont très limités.

Opération. — Le 31 janvier 1901 en présence des docteurs Boeteau, Baret, Lucas, Meyer et Delaunay.

Pensant que le nerf a été sectionné vers la partie moyenne de la cicatrice observée au-dessus du pli du coude, le Dr Delagénière pratique une incision de 8 centimètres sur le trajet du nerf en dépassant la partie moyenne de la cicatrice en haut et en bas de 4 centimètres.

En haut, la recherche du bout supérieur est facile, mais celle du bout inférieur est beaucoup plus malaisée. Cette extrémité du nerf s'est rétractée et enfouie dans l'épaisseur de la couche musculaire. Après de longs tätonnements, on découvre le nerf dont l’extrémité est fusiforme absolument comme celle du nerf supérieur. On isole les deux extrémités nerveuses, mais toute tentative de rapprochement est infruc-

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tueuse. On exerce des réactions énergiques sur les deux bouts du nerf pour les étendre au maximum. Puis l’avantbras est mis en flexion forcée. On peut alors rapprocher les deux bouts.

Le D: Boeteau recherche alors avec deux excitateurs électriques si les fonctions du nerf sont conservées. Il n’y a aucune réaction quelle que soit l'excitation.

Cet examen négatif des deux bouts vient confirmer le premier examen pratiqué avant l’opération.

Le Dr Delagenière n’en pratique pas moins la suture nerveuse qu'il exécute de la façon suivante :

Afin de raccourcir au minimum les extrémités nerveuses déjà trop courtes et dans le but d'utiliser leur disposition fasiforme, il les taille en marches d'escalier destinées à s’'emboîter. Il les suture alors l’une à l’autre au moyen de points séparés de soie fine. Il place ainsi quatre points séparés.

Lorsque la suture est terminée, le nerf passe comme une corde tendue au-dessus du pli du coude. On l’enfouit dans son lit musculaire en exagérant au maximum la flexion de l'avant-bras sur le bras. Puis la peau est suturée par dessus. Sous la suture on sent le cordon formé par le nerf. Pour maïntenir le bras en flexion, un appareil plâtré est appliqué par-dessus le pansement.

Marche. — Rien à signaler. Réunion par première intention. Ablation des fils le huitième jour.

Au point de vue fonctionnel, nous avons noté dès le soir même une sensation d’engourdissement de la main. Le petit malade croyait même pouvoir soulever sa main, mais ce n'était qu'un phénomène subjectif. Au bout de quelques jours, cette sensation même disparaissait et le résultat fonc-

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