HISTORIQUE
Nous n’avons pas l’intention de retracer ici toute l'historique de la diphtérie. Celle-ci, connue depuis très longtemps puisque déjà du temps d'Hypocrate, Histoire de la médecine (Meunier) on pratiquait le tubage, a été surtout étudiée depuis la découverte du bacille diphtérique par Kloebs et Lœlfler en 1883. À ces deux noms, il faut ajouter ceux de Roux et Yersin, qui quelques temps après démontraient la spécificité du bacille de Klæbs et Lœffler, en reproduisant expérimentalement chez l'animal les manifestations diphtériques à l’aide de cultures de ce bacille.
Nous aurons surtout en vue les travaux sc rapportant aux manifestations de la diphtérie au cours du tout premier âge chez le nouveau né et le nourrisson.
Avant de retrouver le premier travail d’ensemble fait sur la diphtérie du nourrisson, il faut attendre la thèse de Siredey en 1877 (Paris n° 332) qui rapportait quelques cas de diphtérie nasale et pharyngée chez le nouveau-né. Il les considère comme rares et rapporte les paroles de Parrot qui ne se souvenait pas avoir vu de diphtérie chez le nouveau-né antérieurement à cette épidémie. Plus tard en 1898, Grenet et Lesné constatent la présence de bacilles
diphtériques dans certains coryzas purulents non menbraneux de l'enfant et du nourrisson et les identifient après inoculation au cobaye.
La question paraît être restée en suspens pendant les vingt années suivantes, cependant en 1g0b on lit dans le traité des maladies de l'enfance de Grancher et Comby la description de diphtéries nasales ; mais ils insistent sur la rareté de l’angine chez les très jeunes sujets.
La thèse de Musy de Lyon en 1906 confirme ces faits et signale cependant la présence de bacilles diphtériques chez 48 enfants de moins d’un an sur 1593 cas. Sur les 48 cas positifs 7 seulement ont moins de 6 mois, et 4 moins de 6 semaines : c’est-àdire chez le nourrisson au cours des premières semaines moins de 1/395 cas.
Un peu plus tard Rolleston à Londres au (Grove Fover Hospital) publie la statistique suivante. Sur 7.285 ensemensements échelonnés entre le 23 août 1899 et le 31 décembre 1909, 76 de moins d’un an, c'est-à-dire (1,04 %) sont positifs et 4 seulement sur ces 76 cas reviennent à des nourrissons de moins de deux mois : c’est-à-dire à peu près 1/1800. Encore faut-il ajouter que ces nombres correspondent à l’ensemble des manifestations diphtériques. Au contraire en 1910 Lemoine publie dans la société médicale des hôpitaux une statistique où il existe 35 à 4o % de cas positifs.
En 1919, Rolleston publie une nouvelle statistique qui se rapproche des résultats obtenus 10 ans auparavant.
Cr 4 4 —
Sur 2.600 nourrissons observés pendant les 12 années précédentes, 20 cas sont positifs chez des nourrissons de moins d’un an et dans le détail :
13 de 7 à 12 mois 4 avant 5 mois 3 avant 2 mois.
Puis paraît le « Traité pratique des maladies du premier âge » de Variot, en 1921, où il mentionne, qu'en 4 ans, sur 58 diphtériques traités il n'a pas eu un seul cas positif au dessous d’un an à l’hospice dépositaire. Il rapporte aussi la statistique de Barbillon faite à la pouponnière de-Chatillon où on trouve seulement 1 cas d'angine diphtérique sur plus de 1.209 nourrissons. |
Ajoutons pour mémoire la statistique de Baginski en 19x16 qui, sur 2.911 ensemencements, n’en décèle que 15 positifs avant 6 mois 1/18o (American Journal diseases of children).
Un peu plus tard, on retrouve la thèse de Chevalley (Paris 1921) où l’auteur insiste sur la difficulté du diagnostic de la diphtérie chez le nourrisson, sur la rareté de l’angine typique et au contraire la fréquence de coryzas, de plaies cutanées, d'accidents généraux minimes. Parallèlement, les auteurs étrangers publient les statistiques suivantes
Ivens et Stern (Jarhb. für Kinderheilkunde T, XC 95 n° 3 et 4 1921) trouvent 12,5 % de cas positifs à Lœffler et 57 % de bacilles diphtéroïdes., En même temps en novembre 1921, Schœdel trouve à Fribourg 84 % de cas positifs, il annonce d’ailleurs une sta-
tistique variable de 28 % à 84 %. Enfin Mayer ensemence les nourrissons des crèches et trouve 33 % de cas positifs.
Puis apparaissent quelques travaux relatant l’atteinte par le bacille de Lœffler du nouveau-né avant sa sortie de la maternité. C’est ainsi que le Professeur Brindeau publie dans le Bulletin de Facadémie de Médecine 9 observations de diphtéries nasales chez le nourrisson qui dans 8 eas se terminèrent par
Ja mort.
Trois ans plus tard Ribadeau Dumas, Lacomme et Loiseau rapportent à la Société médicale des HÔpitaux.en 1924 l'existence de diphtéries nasales chez des nourrissons dont Fâge évoluait entre 3 mois et 1 /2 et 6 semaines. Cette épidémie attribuée par l’auteur à la venue de porteurs de germes fût d’ailleurs peu grave, contrairement à ce qui est observé habituellement ainsi que le montre la publication antérieure de Brindeau que nous avons rapportée et celle de Rolleston qui accuse une mortalité de 33 % au
cours d’un article éerit dans l'American journal en
Signalons encore la publication de Lecunda dans J'Archive of Pediatrie de décembre 1925 où il relate un cas de diphtérie nasale, .chez un nouveauné de 4 jours, à bacilles moyens et longs, et qui guérit rapidement après deux injections de sérum.
Dans les années qui suivent la diphtérie ehez le nourrisson fait l'objet de nombreuses études.
Ghevalley, sur 1.000 nourrissons admis à l’hos- .-pice des enfants assistés, trouve du bacille moyen
virulent chez 100 nourrissons (10 %). Il insiste en outre sur la grosse mortalité de ces porteurs de germes par infection intercurrente plus de 56 % alors que chez les non porteur la mortalité n’est que de 20 %:
I1 précise de plus que 20 % de ces nourrissons étaient porteurs de germes avant leur entrée à l'hôpital. (Société de pédiatrie 17 mai 1927).
Presque en même temps, le 17 février 1927, (Société médicale des hôpitaux), Ribadeau Dumas et Chabrun rapportent ; que sur 986 cas de rhino-pharyngites chez le nourrisson, 127 cas c’est-à-dire 12,5 % sont positifs à bacilles de Lœffler, dont r cas chez un nourrisson de 15 jours. De plus ils insistent sur les caractères anormaux de cette diphtérie et la difficulté du diagnostic. À la même séance le professeur Lesné insiste sur la difficulté du diagnostic au dessous de 20 mois : sur 341 enfants, 48 sont porteurs de germes et à la crèche sur 144 nourris- ‘sons 7 ont des bacilles de Loœffler, c’est-à-dire 5 %.
La même année paraît la thèse de Somsoen, Faculté de Paris 1927, où l’auteur trouve 35 % de cas positifs sur 176 nourrissons hospitalisés aux enfants assistés. Il a de plus le mérite de mettre en évidence le rôle du bacille diphtérique au cours de certaines bronchopneumonies apparues pendant la rougeole.
Au contraire au Congrès de Pédiatrie de Lausanne en 1927 Dufourt de Lyon insiste sur l'extrême rareté du bacille diphtérique chez le nourrisson.
Enfin nous citerons encore les travaux suivants :
Pour Ribadeau Dumas et Chabrun, il est néces-
saire d’ensemencer le mucus nasal du nourrisson pour retrouver le bacille diphtérique. (Soc. Méd. des hôpitaux, 17 janvier 1928).
Lereboullet considère que les cas positifs sont tellement fréquents qu’il préconise systématiquement l'examen du mucus nasal (Soc. Med. des H6pitaux 17 janvier 1928).
Vinante en Italie 10 % des nourrissons normaux sont porteurs de bacille de Læffler.
Puis vient la thèse de Monteux en 1928 où l’auteur sur 200 nourrissons venus de ville trouve 29 % de ceux-ci porteurs de bacilles pseudo-diphtériques mais aucun n’a de bacille de Loœæffller :
Cette opinion est célle de Letondal qui trouve 1/100 de porteurs de porteurs de germes et rapporte les statistiques d’Armand Delille à l'Hôpital Herold 2 %. Rolleston Londres 1,5 %. (Union médic. du Canada Octobre 1928).
De cette longue étude il ressort que la fréquence de la diphtérie chez le nourrisson est très variable suivant les auteurs. Cela tient ; certes aux conditions d'examens et aux méthodes employées, mais aussi Croyons-nous, au milieu et à l’âge des nournourrissons examinés. C’est pourquoi les cas de diphtérie occulte chez le nourrisson apparaissent fréquents avec Chevalley, Ribadeau Dumas, Lesné et = Lereboullet, rares au contraire avec Rolleston, Variot, Baginski, Monteux, Letondal, etc.
Toutefois, il ressort que la diphtérie chez le nouveau-né pendant son séjour à la maternité est exceptionnelle. Les épidémies citées par Brindeau en 1921,
Lo Aa £a | 1924 et - cas de Lecunda sont représentés comme tout à fait accidentels. En
dehors de ces publications, nous n’avons pas {rouvé
de travaux où soit mentionnée de façon précise l'existence de nourrissons porteurs de bacilles diphtériques avant leur sortie de la Han ieHle,
Quant à nous nous avons été poussé à à faire ces recherches par le fait que des nourrissons jeunes de quelques semaines seulement placés en pouponnière nous ont été signalés comme porteurs de germes et cela assez fréquemment. | .
Ces nourrissons étaient trouvés porteurs de germes à leur entrée dans la pouponnière. C'est pourquoi mon maître le professeur Devraigne «et son assistant le docteur Daunay ont eu l'idée de me faire rechercher si déjà en maternité pendant les 11 premiers jours de la vie il n'existait pas pour une rai son quelconque des nourrissons porteurs de bacilles diphtériques. TE *
On conviendra que la chose est d’importance pour plusieurs raisons, et nous y reviendrons. Disons tout de suite cependant que si de tels nourrissons existaient, ils pourraient fort bien ultérieurement soit être le point de départ d’une épidémie grave dans une pouponnière ou une crèche soit : avoir des troubles de l’état général et des manifestations atypiques de diphtérie et nous y reviendrons.
Soit enfin contracter une diphtérie grave lorsque leur immunité naturelle serait en voie de décroissance. A
Pour vérifier cette hypothèse nous avons opéré
de la façon suivante. Nous avons ensemencé le rhinopharynx de plus de 100 nourrissons. Les prélèvements ont été faits en série, aussi bien chez des prématurés, des débiles, que chez les nourrissons forts et d'aspect tout à fait normal.
De même nous avons fait les prélèvements à tout moment de leur stage hospitalier, mais, pour avoir plus de chance de trouver des cas positifs, nos recherches ont porté surtout sur les nourrissons de 9
ou 10 jours, c'est-à-dire la veille ou l’avant-veille de
leur départ de la maternité. Aussi pour n'être pas obligé de faire beaucoup de prélèvements chez des nourrissons au COUTrS des tout premiers jours, nous ayons fait nos examens par série de 15 ou 20 chaque fois.
Voici la technique que nous ayons employée.
Pour faire nos prélèvements nous nous sommes servis de tampons d’ouate enroulés autour d’un fil de fer et placés ensuite à l’intérieur d’un tube de verre obturé par un bouchon de coton. L'ensemble était ensuite stérilisé avec soin à l’étuve.
Détail de technique : le fil de fer porte tampon paraît être particulièrement commode, on peut en effet recourber le bout avec une pince stérile: La Jan: gue du nourrisson étant maintenue par un abaisse langue, cette courbure évite avec plus de facilité les contacts du tampon d'ouate ayec d’autres régions que celles où l’on veut prélever le mucus.
Enfin dans la moitié des cas nous avons prélevé le mucus au niveau du rhino-pharynx, dans l’autre moitié des cas, les prélèvements ont été faits au ni-
RTS xt A 1 1 ETS LE AVR TT UE SRE
veau de la muqueuse nasale ; nous nous conformions
ainsi aux travaux antérieurs qui montraient l’existence de diphtéries occultes particulièrement fréquentes à ce niveau (Ribadeau Dumas et Chabrun, Société de pédiatrie, 17 janvier 1928).
Ajoutons encore, que nos prélèvements ont été faits à deux périodes bien différentes et ceci afin d'éviter de rencontrer une série de cas positifs ou 1er gatifs. Ce que nous cherchions surtout c'était de connaître l’état rhino-pharyngé normal du nouveau-né.
Nos ensemencements ont été faits sur des tubes de sérum de bœuf coagulé que nous a fournis le laboratoire Pasteur. Autant que possible les ensemçncements n’ont pas été faits directement, mais à l’aide d’une spatule de façon à prélever une parcelle de mucus sur le tampon d’ouate et d’ensemencer le sérum en stries transversales de façon à avoir des colonies plus nettes.
Les tubes de sérum ont été mis ensuite à l’étuve à 37° pendant un laps de temps variant de 18 à 20 heures.
Les colonies microbiennes étaient ensuite examinées à l'œil, puis à la loupe et enfin étalées sur lames, fixées et colorées.
Notre matériel de coloration comprenait :
a) flacon de la solution de violet de gentiane phéniqué de formule suivante :
Violet de gentiane : 1 gramme.
Acide phénique neigeux : 2 grammes.
Alcool absolu : 10 em°.
Eau distillée : 100
b) 1 flacon de Lugol.
Iode : r gramme.
Iodure de potassium : 2 gr.
Eau : 300 cm*.
c) 1 flacon d'alcool.
Toutes nos décolorations ont été faites à l’alcoo!l : à l'exclusion du mélange alcool acétone, dont le peuvoir décolorant peut être trop élevé en cas de recherche du bacille de Lœæffler, en tous cas son usage rend certainement le temps plus délicat.
d) 1 flacon de solution de Ziehl dilué :
Liquide de Ziehl : r partie ;
Eau distillée : 100 parties.
Au point de vue technique nous spécifierons que nos colorants Violet de gentiane phéniqué et Lugol ont été laissés sur les lames pendant 35 à 40 secondes. La décoloration a été pratiquée en laissant tomber sur les lames légèrement inclinées quelques gouttes d'alcool jusqu'à ce que celle-ci passe incolore. Nous avons toujours recoloré le fond de nos préparations à l’acide de la solution de Ziehl dilué.
Voici d’ailleurs les dates des prélèvements effectués à la maternité et le nombre d'examens pratiqués à chaque séance.
19 juillet 1933 : ro 21 »' 1933 : 15 26 »UN-1099 2 20 28 » 1933 : 20 2 août 1933 : 17
: le 14 + 14 le 16 : ro.
En Septembre
Résultats :
Ces résultats ont été complètement négatifs
= quant à la rechérché du bacille de Lœffler. À l'exa-
men de la culture nous n’ävons jamais observé les colonies blanc grisâtre, légèrement surélevées et dont le centre ést plus sombre que la périphérie.
Au cotitrairé on décelait :
a) Des colonies abondantes très grasses et sou vent déjà d’une teinte jäune caractéristique. . b) Des colonies isolées blanchâtres, rondes ou ovaläires ; l'examen à la loupe les montrait limitées par des bords crénelés.
‘Après coloration dans fous les cas nous ayons observé une flore microbienne abondante constituée : de staphylacoques ce microbe paraît particulier rement abondant. ; de sireptocoques également abondant mais moins que les staphylocoques.
Enfin, il existait sur toutes les lames de nombreux cocci sans caractères spéciaux et qui paraissent faire partie de la flore normale du rhino-pharynx du nourrisson ainsi que l’ont mentionné de nombreux travaux et en particulier l’article de Leukowicz (extrait des archives de médecine expérimen-
tale et d'anatomie Ou l septembre 1901).
Toutefois nous devons signaler que nou+ avons été frappés par la présence chez 5 de ces nourrissons c'est-à-dire à près 1/20 — 5/100 de bacilles abondants ne prenant pas le gram, de longueur variable, 5 à 8 w environ souvent accumulés en amas rappelant la disposition classique des bacilles diphtériques en paquets d’épingles mais jamais nous n’avons 0bservé de dispositions rappelant celles de haies et palissades que l’on trouve avec le bacille de Lœffler,
. Par mesure de précautions nous avons refait à chaque fois la coloration, nous avons repiqué les cultures et pratiqué au moins un nouvel ensemencement chez le nourrisson qui présentait ces bacilles. Ces précautions nous ont permis d'éliminer avec sûreté le bacille de Læffler car en aucun cas ces bacilles n’ont gardé legram. FH Nous n'avons pas pu pousser l'identification plus avant car nous nous limitions à la recherche du bacille de Læffler, mais nous pensons qu’il s’agit de bacilles pyocyaniques de pyocyanogènes, car nous avons observé dans les heures qui suivaient une teinte bleuâtre parfois verdâtre de la culture.
Les nouveau-nés porteurs de ces bacilles étaient tous des nouveau-nés absolument normaux d’un poids de naissance supérieur à 8 kg et qui continuaient de croître régulièrement, Dans les cas qui nous intéressent ce bacille ne paraît donc pas avoir eu de rôle pathogène, Cependant il se peut que dans certains cas de plaques pterygoïdiennes chez des nourrissons porteurs de rhinite, de corryza, que ce
De
bacille existe, et là, joue un rôle pathogène qu'il serait intéressant d'étudier.
Nous connaissons d’ailleurs des cas à la maternité de Lariboisière où nous avons vu des nourrissons, porteurs de plaques ptérygoïdiennes et où le laboratoire relevait la présence de bacilles pyocyaniques, faire des chutes brutales de poids. Et l'on sait combien le traitement de pareilles plaques, si-
mulant parfois la fausse membrane diphtérique, est.
délicat.
Ces résultats acquis, nous avons pensé qu'en dehors des cas bien particuliers le nourrisson n’était pas contaminé à la maternité, mais à un âge plus avancé.
C’est pourquoi nous avons entrepris de recherché cette fois parmi les nourrissons sortis de la maternité depuis un temps variable et qui reviennent régulièrement à la consultation créée par mon maître le professeur Devraigne s’il existait là des porteurs de germes et à partir de quel moment.
Nous avons suivi la même méthode que précédemment, c’est-à-dire que nous avons fait l'examen bactériologique de la gorge de 4o nourrissons pris au hasard de leur arrivée à la consultation. Ces prélèvements ont été faits à deux consultations différentes par groupe de 20 à chaque fois.
Ces examens nous ont permis de mettre en évidence des résultats intéressants. En effet, 4 tubes de sérum après 20 à 24 heures d’étuve à 37° présentaient outre les colonies staphylococciques et streptococciques décrites plus haut, de petites colonies de la
ee 25 —
grosseur d’une tête d’épingle, légèrement surélevées, blanches mais plus grasses que des colonies de Lœæffler.
L'examen des lames de ces 4 cultures après coloration par la méthode de gram, nous a montré la présence dans 4 cas de bacilles courts souvent associée par deux et présentant la formation en palissade classique.
Bien entendu dans les 4 cas nous avons poussé l'identification plus loin et nous nous sommes basés sur les critères suivants :
1) Recherche des corpuscules polaires métachromatiques de Neisser qui donne déjà une forte présomption en cas d’hésitation entre bacilles diphtériques et bacilles d'Hoffman
2) Culture en gelore profonde glucosée tournesolée ainsi que l'ont préconisé Martin et Loiseau en 1921 (Bull. médical du 26 mars 1921) et que le recommande la plupart des manuels de bactériologie : Dopter et Sacquepée (Précis de bactériologie, 1926), Fiessinger (Diagnostics biologiques 1928).
Enfin nous avons dans tous les cas pratiqué l’épreuve de décoloration à l’alcool absolu.
Technique :
Après avoir repiqué sur sérum coagulé les colo-
nies suspectes, nous avons pratiqué après 20 heures d’étuve :
F éltoo! » a gi be sur a Lo pendant 15 pra
b) l’épreuve de coloration des granulations polairés à été pratiquée suivant la technique préconi- : sée dans « les diagnostics biologiques de Fiessingér 55. 12 PP
Le matériel était composé de : | LAS a) Solution de bleu acétique de formule, Me : Bleu de méthyle : 1 gr.
Alcool à 95° : 20 cm*.
Eau distillée : 950
Acide acétique cristalisable : 5o cm°.
b) Solution de vésuvine : ‘s = Vésuvine : o gr 5o ts Re 1 Éau distillé bouillante : 250 cm. RE LE Après étalement sur la lame et fixation par la | chaleur, nous avons fait agir. RRTEG a €) La solution de bleu acétique.
Cette solution a été chauffée jusqu'à dégagement de vapeur et renouvelée une fois, le tout pente dant cinq minutes.
Après un lavage rapide à l’eau distillée on a fait agir la solution de vésuvine pendant 12 à 15 secondes, nouveau lavage et après séchage de la lame examen au microscope
Sur toutes les lames nous avons retrouvé les bacilles colorés en brun. clair mais aucun ne brésentait de granulations polaires. 6
Ces résultats acquis, nous avons fait revenir les
nourrissons et nous avons fait un prélèvement à la mère et à l'enfant,
Après culture nous avons constaté la présence de bacilles de nouveau chez les nourrissons et chez trois des mères. Nous avons de nouveau pratiqué.
L'épreuve de décoloration qui a été négative ;
L'épreuve de coloration des granulations polaires qui a été également négative.
- C'est alors que nous avons ensemencé sur gelose glucosée tournesolée et après 24 et 48 heures d’étuve nous ayons constaté :
1) Aucune tracé de formation d'acide par ferineéntation du glucose.
2) Absence de colonies à l’intérieur de la gélose, en surface, nous ayons retrouvé quelques colonies de bacilles courts.
Ces épreuves nous ont done permis d'éliminer le bacille de Lœæffler et de faire le diagnostic de bacilles pseudo-diphtériques d'Hoffman:
L'absence de granulations polaires, de fermentation du glucose et de culture en anacrobiose nous ont permis d'éliminer du même coup : le bactérium eutis communis d’ailleurs exceptionnel au niveau du pharynx.
Enfin, nous nous permettons de noter que le milieu horizon que Costa et Dauvergne ont préconisé eh 1918 nous a paru être un moyen efficace ét pratique pour différencier le bacille d'Hoffman et de Læffler lorsque l’on a besoin de faire un diagnostic rapide.
Nous ajouterons encore qu'aucun des nourrissons chez lesquels nous avons trouvé des bacilles n’avait moins de 6 mois et le plus vieux avait 14 mois.
Frappé par le fait que sur les 4 cas positifs il y avait 3 cas où les examens montraient au niveau du rhino-pharynx de la mère, le même bacille ayant les mêmes caractères de culture et de coloration que celui trouvé chez le nourrisson correspondant, nous avons recherché si dans les cas qui nous étaient signalés comme positifs dans les pouponnières, il n’existait pas une période entre le stage à la maternité et l’entrée à la pouponnière, période pendant laquelle le nourrisson se serait contaminé.
M. le docteur d'Hencqueville, médecin chef de la remarquable pouponnière de Boulogne et que je tiens à remercier tout particulièrement, a bien voulu me confier les observations des nourrissons trouvés porteurs de germes dans son établissement depuis plusieurs années. Avec juste raison M. le docteur d'Hencqueville pratique lui-même à tout nourrisson entrant dans sa pouponnière un prélèvement au niveau du rhino-pharynx, les tubes de sérum sont ensuite confiés au laboratoire de l’institut Pasteur qui donne lui-même la réponse.
Sur 100 fiches de nourrissons correspondant à des entrants de l’année 1930, 4 seulement sont positifs. Sur ces 4 nourrissons dont nous publions les observations plus loin : 2 (1170-1173) venaient de leur famille où ils avaient fait un stage variant de 7 à 24 jours.
— 29 Lee
1 — 1194 étant allé en convalescence 1 mois à l'Hôtel maternel. Seul le 4° — 1161 pouvait être soupçonné d’avoir contracté des bacilles à la maternité encore était-il resté 2 jours dans sa famille avant d'entrer à la pouponnière.
En 1931 il existe un pourcentage plus élevé de porteurs de germes puisque sur 100 fiches nous trouvons 7 porteurs de germes. Sur ces 7 porteurs de germes :
Les N°; 1223, 1228, 12389 ont fait des stages variant de 4 à 30 jours dans leur famille. Le N° 1239 est né dans sa famille.
Les N° 1245 et 1226 sont positifs, 7 jours et 31 jours après leur entrée à la pouponnière ils auraient été contaminés par un des porteurs de germe présent à ce moment.
Les N°° 1221, 1253 venaient de convalescence où ils étaient restés respectivement 39 jours et 17 jours.
Le N° 1231 n'était sorti de la maternité que depuis 3 jours.
Enfin chez les nourrissons actuellement présents à la pouponnière du Docteur d'Hencqueville, nous trouvons 4 porteurs de germes à l'entrée.
Les N° 1412 et 1400 ont fait des séjours respectifs dans leur famille de 30 et 20 jours.
Les N° 1407 et 1377 ont été en convalescence pendant 21 et 34 jours respectivement.
En résumé, sur ces 16 cas de diphtérie d’ailleurs complètement occultes et découverts seulement grâce à l'examen systématique des nourrissons :
7 fait Re leur famille Fe diet TRE Va samment longs pour se contaminer en débers de 15 maternité. |
5 venaient de convalescence.
2 étaient négatifs à leur entrée mais paraissaient être devenus positifs contaminés par des porteurs de germes présents ce qui semble montrer que le - nourrisson même jeune peut facilement devenir porteur de germes s’il est contaminé.
\ 2 cas seuls peuvent être discutés où le nourris son n’a fait qu'un court séjour en dehors de la mafernité. e sont les observations N° 11671 et 1231.
À notre avis ces deux cas n’infirment nullement notre opinion, c’est-à-dire que le nourrisson ne contracte pas de bacilles diphtériques à la ve | dans la règle : : |
En effet ces cas apparaissent comme rares au milieu és autres. De Fe si le foyer de contagion exis-
ee On trouverait de nombreux porteurs de ECTS mes avant leur sortie de l'établissement.
2° Ceci aurait pour conséquence que non seulement le pourcentage des porteurs de bacilles à l'entrée de la pouponnière serait bien plus élevé mais encore que ce serait beaucoup plus souvent des noürrissons récemment sortis de la maternité.
Ces deux faits vont juste à l’encontre de ceux que nous ayons constatés. :
Il s’agit plus certainement dans ces deux cas de nourrissons contaminés dès les premiers jours par
leur mère porteuse de germes sans que la respon-
sabilité en incombe à la maternité,
Quant au cas où il existe un séjour net dans une famille, nous insisterons encore sur ce fait que cette contamination s'explique d'autant mieux, qu'il est très rare que dans une famille il n’y ait qu'une seule personne à s'occuper du nourrisson, ée qui augmente encore les chances de contages.
Enfin 6n peut remarquer que dans le 1/3 des cas les enfants venaient de convalescence. On peut se par le personnel indirectement, ou bien directement par des malades contagieux en convalescence, Aussi à ce propos nous souhaiterons que les précautions soient multipliées dans ses établisements.
Enfin nous terminerons en insistant sur la nécessité de pratiquer systématiquement des prélèvements
au niveau du rhino-pharynx des nourrissons avant
leur entrée dans une pouponnière ou dans une crèche. Nous rappellerons que le nourrisson paraît se contaminer assez facilement et devenir porteur de germes, C’est alors un danger grave car les nourrissons peuvent faire.des accidents atypiques de diphtérie, coryza, plaies cutanées, troubles de l’état général, dans d’autres cas contracter une diphtérie grave. Enfin, le professeur Marfan et son élève Somsoen ont bien montré que l'infection diphtérique prolongée, même latente, peut être ultérieurement Je point de départ de troubles graves du développement et en particulier favoriserait l'apparition du rachitisme, De plus l'affinité de la toxine diphtéri-
Meg. "ever
que pour les cellules nerveuses hépatiques et myocondiques expliquent l’état de moindre résistance de ces sujets (Thèse de J. Somsoen Paris 1927).
Enfin il importe de traiter au plus tôt ces malades car la réaction de Schik est souvent trompeuse chez le nourrisson et en tous cas ne rend pas un compte exact du degré de leur immunité (Ribadeau Dumas, Lacomme, Loiseau. Soc. médicale des hôpitaux, 25 juillet 1924). D'ailleurs celle-ci baisse rapidement puisqu’à 6 mois 5o % des nourrissons ont des réactions de Schick positives (Zingher) et 30 % entre 3 et 6 mois (Lereboullet, Société médicale des hôpitaux, 17 février 1927).
Quant au traitement local des porteurs de germes, nous rappellerons qu'il reste délicat. Il existe de nombreuses méthodes de désinfection du rhinopharynx, mais les résultats sont très inconstants. Nous mentionnerons surtout la méthode de F. Hervé par les rayons ultra-violets, mais qui nous paraît d'application difficile (Journal de Médecine de Bordeaux, 20 mai 1930).
Plus intéressante nous paraît être la méthode de Lereboullet et Gournay, soit avec une solution de Trypaflavine titrée à 1/100, 2 gouttes dans chaque narine matin et soir jusqu’à ce que l’on ait un ensemencement négatif: 5o % de succès certain; soit avec une solution de novarsenobenzol, à o g. 15 pour
2 ce. d’eau distillée :2 à 3 gouttes par jour dans chaque narine. 85 % de succès en moyenne. 17 jours après le début du traitement.
Ajoutons enfin que le docteur d'Heucqueville a
RE obtenu des NA très Hapidee ave ccette méthode à D etqu ‘il lui semble bon de faire en même temps des | instillations d’anatoxine nasale.
Il fait précéder sa cure d’instillations nasales de = noversénobenzol ou d’acétylarsan de deux injections | sous cutanées à 24 heures d'intervalle de sérum antidiphtérique à la dose de 10 centimètres cubes.
Au bout de 12 jours dans presque tous les cas l'ensemencement est négatif. | é
Si celui-ci est positif il recommence le même re traitement après quelques jours de repos et celui-ci est toujours couronné de succès.