‹ Contribution à l'étude de la Forme paranoïde de la Démence précoceChapitre 17 sur 36 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Cette observation destinée à être envoyée à un journal de

médecine mentale trouve sa place à la suite de celles précédemment relatées dans cette étude.

Il s’agit d'un jeune homme, André R.., instituteur, âgé de 49 ans, entré à l'Asile le 7 septembre dernier venant ds hôpitaux civils de Grenoble où il avait été conduit pour « accès maniaque ». *

Antécédents héréditaires. — Une grand'tante maternelle décédée à l'Asile d'aliénés de Privas après un long internement (démence vésanique probable).

Père mort à 37 ans d'affection cardiaque. Mère atteinte de fibrome utérin entrée à l’Asile quelques jours avant son fils. pour confusion mentale hallucinatoire aiguë (guérie après un mois de traitement).

Antécédents personnels. — D'une intelligence au-dessous de la moyenne, André R.. a d’ailleurs pu acquérir une instruction primaire, suffisante, il sort de l'école normale et exerce le métier d’'instiltuteur. à

S'est toujours montré vaniteux, coquet, très imbu de sa personnalité, puéril dans ses occupations, malgré cela bon caractère, mais dépensant beaucoup.

Histoire de la maladie. — T1 vivait avec sa mère, celle-ci malade depuis une quinzaine de jours avant son internement, présentait, d’après les renseignéments obtenus, un délire constant à couleur mystique.

André R.., qui exerçait déjà ses talents de guérisseur dont nous reparlerons plus tard, voulut seul la soigner ; il devint

Co

violent et fit des menaces envers les personnes qui s'occupaient de la santé de sa mère.

Un soir, sa mère, plus excitée, ayant crié, il tira un coup de revolver dans la chambre ef cet incident motiva son envoi au Quartier d'observation de l'Hôpital.

Etat actuel. — À son arrivée à l'asile, André R.… est très. : agité. Une grande excitation intellectuelle avec’ logorrhée, fuite d'idées, ete. lui fait débiter toutes sortes d'incohérences, ses actes sont désordonnés, il a des impulsions violentes pour som entourage, déchire ses-vêtements et se met nu.

- Le lendemain, légèrement plus calme, il consent à subir un court interrogatoire, il est très loquace, et parmi le fatras , de ses incohérences on peut voir se faire jour de multiples idées de grandeur.

Il se rend bien vite compte de l'endroit où il se trouve et proteste violemment contre la police qui l'a fait mettre à l'hôpital.

Il a lu dans un journal local le récit de Son évasion de l’hôpital de Grenoble et, à la visite, il remet un paquet de lettres, toutes pareillles, adressées aux divers journaux de la région et dont voici le libellé :

Saint-Egrève, le Al septembre 1920.

Monsieur le Directeur du P. D., Grenoble.

J'ai été fort étonné, ce matin, en lisant dans votre journal l'article intitulé : « Pauvre fou. »

Veuillez donc faire paraître, au plus tôt, l'article ci-inclus: « La réhabilitation d'un fou. »

Voici l’article :

Le nommé André R.., âgé de 19 ans, domicilié à C... (Isère), n'est, nine deviendra fou. Il est muni de 8 diplômes, et ses antécédents sont irréprochables. ;

I1 a été interné à l'Hôpital de La Tronche avec un faux certificat alors qu'il n'était nullement malade.

S'il s'est évadé de sa cellule, c'est simplement parce qu'il y était mal nourri el qu'il avait droit à la liberté.

Lorsqu'il s'est présenté devant les gendarmes il ne tenait pas à la main un revolver chargé (comme on a voulu le dire) ; il avait. eu la précaution de le confier à son chauffeur.

Le

11 possédait un revolver depuis une huitaine de jours parce qu'étant obligé de se déplacer souvent la nuit pour quérir des médicaments, il s'était simplement mis en garde contre une agression possible.

Il pouvait très bien posséder un revolver dès lors qu'un vol avait . été commis chez lui en sa présence l'année précédente, dans la nuit du 14 au 15 août.

S'il a eu une suréxcitation EU cela est dû :

1° A la maladie de sa mère ;

2° Au surmenage, au manque de sommeil durant une quinzaine de jours et aux repas irréguliers et insuffisants.

ll demande à tous ses parents et amis de vouloir bien intervenir auprès des autorités pour le faire délivrer et mettre fin à une condamnation sévère qu'il n'a aucunement méritée.

Le détenu lui-même : André R..

Comme post-scriptum à sa lettre, il fait la liste de tous ses titres, liste qu’il fait d'ailleurs à tout propos et dont il ‘distribue des exemplaires à qui en veut.

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