‹ Contribution à l'étude de la Forme paranoïde de la Démence précoceChapitre 34 sur 36 · STONE · texte numérisé non relu

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moyens puisque la justice ne veut pas le comprendre. Il nous explique également, et sans que la contradiction lui apparaisse, que P.. veut sa mort parce qu'il voulait épouser une jeune fille qu'il aimait.

Au quartier il-est calme, parle peu, reste immobile, seul, s'alimente bien et son sommeil est régulier.

I] n'a jamais crié pour protester contre son internement; ül est docile, obéissant, refuse seulement de se livrer à un travail quelconque. |

Discussion

A en juger par les commémoratifs, les faits qui se sont déroulés pendant et quelque temps après le crime, l’attitude de F..; ses paroles aux premiers temps de son emprisonnement, il semble bien qu'on ait affaire à une psychose chronique à base d’interprétations délirantes, telles que Sérieux et Capgras l’on décrite.

* En effet, les cinq caractéristiques que ces-auteurs ont données à cette affectation sont :

4° La multiplicité et l’organisation d’interprétations délirantes ;

r° L'absence ou la pénurie d’hallucinations ;

3° La persistance de la lucidité ;

4 L'évolution par CÉICOAON progressive ie interprétations ;

CE Sonrabiite sans démence. |

Les quatre premières semblent bien être évidentes dans le cas de F..., surtout dans les premiers temps de sa détention.

Mais, petit à petit, l’organisation, la systématisation de son délire semblen{ se désagréger; il abandonne ses

premières croyances, il a des doutes, il oriente autrement son délire, qui devient moins actif, moins précis et parfois contradictoire,

Il imagine cette histoire à côté; son frère enterré sous l’Arc de Triomphe, il y croit parce qu'on le lui dit; il ne cherche pas de preuves, il se contente de ce qu’une personne, dont il ne se rappelle même plus le nom, lui & raconté.

De plus, il manifeste nettement des troubles de l’attention; ce sourire remarqué souvent contraste avec la pensée qu'il exprime ; il ne proteste pas contre son internement comme le ferait un persécuté au délire bien systématisé, aux convictions nettement arrêtées et invariables, il est bien certainement un peu indifférent.

Comment interpréter alors tous ces petits signes qui, y compris la puérilité de certaines conceptions, s’ajoutent à cet état délirant qui paraissait bien l’apanage d’un vrai paranoïa chronique ?

Nous ne pouvons encore nous baser sur eux pour écarter radicalement dès à présent le diagnostic de pshychose interprétative, mais ne peut-on pas penser qu'ils peuvent nous faire entrevoir déjà l'évolution probable vers la démence ?

Nous regrettons de n'avoir pu trouver d'observations semblables à celle-ci, mais plus longues, nous nous rangeons cependant parfaitement à l'avis de notre médecinchef qui a pensé à voir dans l’affection mentale de F... une démence paranoïde au début. |

MODES PA: Pr

Conclusions

Pour conclure, nous ne ferons que répéter la conception de la démence paranoïde telle que nous l’avons mentionnée dans un chapitre précédent.

Pour nous, cette affection mentale est caractérisée par un ensemble de symptômes qui sont le résultat de l’imprégnation démentielle d’un délire plus ou moins bien systématisé.

En déduirons-nous que le délire est primaire et la démence secondaire et qu’il y a entre ces deux syndromes un rapport de cause à effet?

Non, car, si, le plus souvent, la démence ne se montre qu'après des années de délire, quelquefois, et notre observation IX en donne un exemple, l’affaiblissement démentiel semble être le premier en date, le délire, alors, revêtant presque d'emblée la physionomie démentielle.

Il n’y a aucun rapport de cause à effet entre les deux périodes de la démence paranoïde, mais seulement un rapport d'influence.

La démence paranoïde n'est donc qu’une sorte d’asso-

PS Ge

ciation entre deux psychoses, dont l’une, la démence, la plus caractéristique, donne à l’autre, le paranoïa des caractères propres qui la modifient complètement.

La démence paranoïde, telle que nous l’entendons, trouve bien sa place dans le cadre de la démence précoce, et comme les autres formes de cette dernière, si elle évolue sur un terrain prédisposé, elle n’en est pas moins acquise et non constitutionnelle. |

Nous nous rangeons donc à peu près aux conceptions krœpeliniennes, tout en reconnaissant qu'entre toutes les variétés de délire, depuis le délire net de la démence paranoïde confirmée jusqu’au délire à base d’interprétations délirantes de Sérieux et Capgras, il y a des formes . insensibles de transition dont le diagnostic souvent reste rongtemps en suspens et parfois même demeure sinon impossible, mais incertain. |

Le Président de la Thèse, JEAN LEPINE.

Vu LE DOYEN, JEAN LEPINE.

Vu et permis d'imprimer

Lyon, le 5 avril 1921.

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