VENTS LOCAUX, TORNADES
En dehors de ces vents, il peut y avoir pour chaque point particulier, des vents locaux déterminés soit par la position géographique, le relief, ete. Il n'y a pas à en ténir compte dans cette étude.
On désigne sous le nom de tornades — un peu arbitrairement à mon sens, — les orages violents qui s'établissent au début de l’hivernage. Ils sont accompagnés de coups de vent extrèmement violents qui, dans certaines régions, soulèvent de grandes quantités de poussière. Dans le nord, où le sol est recouvert de sable, le vént acquiert une force suffisante pour soulever celui-ci à une hauteur considérable, et c’est un épais rideau de sable que l'orage déplace avec rapidité sur son front.
La force de certains coups de vent peut devenir énorme. Au début de 1906 l’un deux a déterminé l'échouage du vapeur Mono devant le poste de Bopa. Un autre, à la même époque, a déraciné plusieurs arbres, des baobabs notamment, au poste de Parahoué. Je signale ces deux faits que j'ai eu l’occasion de contrôler, mais ils ne sont certainement pas isolés dans la colonie.
Précipitations atmosphériques.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
De même que pour celui des vents, il est étonnant de voir avec quelle précision le régime des pluies cadre avec les conceptions théoriques. Grâce à un heureux concours de circonstances il se trouve que pour les territoires situés sous le méridien de Paris, c'est justement à l'intérieur du Dahomey que les deux zones représentatives des deux saisons de pluies se réunissent en une seule.
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Le graphique représentatif de la durée des pluies est, pour 1906, (Fig. 6) plus compliqué que celui servant à traduire de pures conceptions théoriques. Sur la ligne des abscisses, on portedes longueurs proportionnelles à tous les jours de l'année, sur la ligne des ordonnées, des longueurs proportionnelles aux latitudes des stations. De chaque station ainsi déterminée on mène des parallèles à la ligne des abscisses, qui constituent, si l’on veut, des abscisses secondaires, propres à chaque poste. Sur chacune des lignes secondaires des abscisses on portera pour chaque jour, comme ordonnées, des longueurs proportionnelles (réduites au 1/8) (1) à la quantité d'eau tombée dans chacune des stations. On aura ainsi exactement la représentation de toutes les pluies tombées dans une année, avec leur hauteur, pour les quatre observatoires considérés.
Un premier coup d'œil jeté sur un tel graphique met en évidence deux points très intéressants parce qu'ils cadrent parfaitement avec la théorie : 1° la position qu’occupe, pour chaque station, le début de la saison des pluies, qui coïncide avec le passage du soleil au zénith ; 2° l'allure de la surface représentative de la durée des pluies, qui est la même que celle de la surface théorique, mais simplement plus large.
Voyons maintenant les divergences entre les conceptions théoriques et les faits observés.
Pour le début de la saison des pluies, par rapport au passage du soleil au zénith, on constate, pour 1906, une légère avance (sauf pour Parakou) (2); elle est naturelle puisqu'on peut très bien admettre que le soleil chauffe suffisamment le continentpour provoquer des précipitations atmosphériques lorsqu'il est seulement très haut au-dessus de l'horizon (3). Cependant l'avance d’'Ougadougou paraîtra anormale. La situation géographique de
1. Ces longueurs sont exagérées pour les jours où la quantité d'eau tombée est très faible.
2. Je n'insiste pas sur le retard de Parakou, qui parait irrégulier pour 4906. I suffit, du reste, de comparer les tableaux 19035 et 1906 pour voir que ce retard n’est pas constant.
3. Nous avons déjà vu que de même la mousson s’établissait avant le passage du soleil au zénith.
cette localité, située à plus de 3° à l’ouest des autres postes, est l’une des raisons de cette avance. C’est sans doute aussi grâce à sa situation relativement à Niamey, que ce point reçoit une plus grande quantité de pluie.
On remarquera que les premières pluies sont généralement très faibles : ce sont celles que j'appellerai pluies zénithales. Elles sont provoquées par l’échauffement rapide des couches atmosphériques, déterminant une évaporation intense, une ascension de la vapeur d'eau et sa condensation, tout cela en quelques heures et sur place. Dans les pays où je me suis trouvé au début de lhivernage, j'ai toujours observé ces précipitations vers 14 ou 15 heures. Elles sont bien le résultat d’une succession de phénomènes sur place, parce que, jusqu'au moment où il pleut, le ciel demeure clair et l’on ne constate aucun transport appréciable de nuages. En certaines régions on observe plutôt ces pluies aux premières heures du matin; dans ce cas, le mécanisme de la production serait sensiblement différent : la condensation étant simplément le fait du refroidissement nocturne.
Chacune de ces pluies dure peu (rarement plus d'une heure), ce qui tient à la faible quantité de vapeur d’eau contenue dans l'atmosphère.
Si l’on admet que ces pluies commencent à s'établir moins d'un mois avant le passage du soleil au zénith, elles devraient cesser un mois après. Et pour tous les lieux de la colonie, il y aurait au plus quatre mois de pluies.
On sait qu’il n’en est pas ainsi, parce qu'aux pluies zénithales viennent s'ajouter, se superposer même, les pluies que je désignerai sous le nom de pluies apportées. Elles sont dues surtout à la mousson, qui se charge d’une très forte quantité de vapeur d'eau et l’entraîne dans l'intériéur du pays. Cette vapeur d’eau se résout en pluie au fur et à mesure de son parcours, sans qu'il y ait nécessairement, comme pour les pluies zénithales, condensation dans les hautes régions de l'atmosphère, grâce à l'influence calorifique du soleil : des causes purement locales, et qui nous échappent par leur complexité, peuvent seules intervenir. Naturellement la saison pendant laquelle le pays va recevoir les pluies apportées va être celle-là même pendant laquelle
souffle la mousson. Mais les pluies cessent environ un mois plus tôt que la mousson, sans doute parce que celle-éi, de moins en moins régulière à mesure que le soleil devient plus oblique, apporte une quantité de vapeur d'eau beaucoup plus faible (1).
Puisque la vapeur d’eau, qui donne naissance aux pluies apportées, vient de la mer, les régions doivent être d'autant mieux arrosées que leur latitude sera plus basse ; les pluies qu'elles recevront seront plus longues, plus abondantes, plus régulières. Ces faits sont confirmés par l'observation.
En outre, comme la mousson s’appauvrit en vapeur d'eau à mesure qu'elle progresse vers le nord, comme de plus elle dure de moins en moins longtemps, comme sans doute elle est aussi plus capricieuse, il est normal de penser qu'en un point suffisamment septentrional, les pluies deviendront rares et très inégales d’une année à l’autre. C’est ce qui se produit en effet : bien au sud du tropique, les pluies régulières cessent (Sansan-Haoussa, par environ {4° de latitude, confine déjà au désert).
Comme je l'ai fait prévoir dans la discussion théorique, la présence de la mousson vient compliquer profondément le régime des pluies. Tant que le soleil et ce courant aéñen, qu'il a engendré, se déplacent dans le mème sens, les phénomènes sont relativement simples. Mais lorsque le mouvement apparent du soleil est inverse, il y à, en opposition, une série de facteurs dont il devient délicat de dégager la part respective. Ù
Les pluies zénithales, qui se produisent certainement lors du second passage du soleil, se confondent avec les pluies apportées qui durent encore. Il est bon de remarquer en effet qu'à ce moment, il y a, en général, recrudescence des pluies en tous les points du territoire. À la côte, où les pluies avaient cessé à la fin de juillet, cette recrudescence est marquée par de nouvelles pré-
4. Il y a sur le graphique ci-joint parallélisme rigoureux entre les lignes qui représentent les passages du soleil au zénith et celles qui marquent le début et la fin des pluies. Mais il serait incorrect de dire que, dans le second cas, il v a relation directe de cause à effet entre le phénomène astronomique et le phénomène méléorologique. La vérité est que la position du soleil a une influence directe sur la durée de la mousson et que la fin de celle-ci est en rapport étroit avec la fin de la saison des pluies.
cipitations à la fin d'août. Là en particulier, où les pluies apportées ne tombent plus, le caractère des pluies zénithales est bien facile à observer. Elles y marquent une nouvelle saison des pluies qui ne se termine qu’en novembre.
Mais pourquoi à la côte précisément, où il y a des saisons de pluies bien tranchées, les précipitations cessent-elles une première fois vers le 20 juillet ? On peut penser qu'à cette époque de l’année, les rayons solaires, plus obliques, chauffant moins à la côte, il n'y à pas condensation par suite de l'ascension de la vapeur d'eau, tandis que ce mode de condensation peut persister dans le nord, où l'obliquité des rayons solaires est alors moindre.
Mais à côté de cette cause, il y en a au moins une autre, plus importante; se produisant chaque année avec la régularité d'un phénomène astronomique et qui nous échappe.
On peut se demander également pourquoi, à la côte, la petite saison des pluies n’acquiert une réelle intensité que pendant le mois d'octobre. C’est un fait d'expérience que la fin de chaque saison des pluies, dans toute la colonie, est marquée par des précipitations plus abondantes, mais je ne crois pas qu'on l'ait jamais interprété.
D'après M. Drot, qui a publié une étude très consciencieuse sur le Haut-Dahomey (1), il y aurait dans le nord, une petite saison sèche en juillet. Cette affirmation est en contradiction /o7melle avec lous les chiffres recueillis à Parakou, Niamey et Ouagadougou. Mes conditions de vie nomade dans les pays considérés ne me permettent pas de prendre parti dans la question, mais je tiens à signaler cette divergence d'interprétation dans l'espérance de voir la question solutionnée d'ici peu.