CONGLOMÉRAT FERRUGINEUX
Les formations précédentes (granites surtout) sont revêtues sur de larges espaces de conglomérat ferrugineux. Parce qu'il se substitue progressivement aux éléments des roches, il épouse nécessairement le contour extérieur de celles-ci. Il en conserve d'autant mieux le modelé qu'il offre une résistance beaucoup plus grande aux agents extérieurs. Ainsi, sa surface est rigoureusement horizontale quand il surmonte ou remplace des grès (Nansougou, Guéné) ; elle est régulièrement ondulée dans ia région granitique.
L’allure superficielle du conglomérat ferrugineux est d'autant plus remarquable qu'elle est sans rapport avec celle des roches détritiques qui le surmontent. Ainsi à Kinta, où les tranchées du chemin de fer l'ont mis à découvert, sa surface est irrégulière comme celle d'un affleurement granitique. De même, près d'Agouagon, au milieu des arènes granitiques, les lentilles de conglomérat ferrugineux offrent un aspect qui ne peut correspondre qu'à des formations cristallines : la nature des éléments incorporés et les conditions de gisement montrent qu'il en esthien ainsi.
En contradiction avec l'identité du modelé affecté par le conglomérat ferrugineux et par la roche sous-jacente, apparaissent les formations des bords du Niger. Ce sont des gneiss entièrement décomposés, complètement redressés et couronnées d’un revêtement Aorizontal de conglomérat ferrugineux. Ici la contradiction n’est qu'apparente, parce que tous les gneiss de cette région, quels que soient leur orientation et le pendage de leurs plans de schistosité, ont subi un nivellement parfait, comme cela se produit en de nombreux points du centre de la colonie ; après quoi seulement les grès ou le conglomérat ferrugineux sont venus les recouvrir. Il est donc naturel que ce dernier ait formé un revêtement horizontal, en discordance manifeste avec les plissements de la roche sous-jacente, mais en harmonie avec sa surface d'érosion,
Dans ces conditions, on voit qu'il est impossible de déterminer, d'après le modelé, si l'on a affaire à un plateau gréseux ou à des gneiss nivelés horizontalement, au cas où le conglomérat ferrugineux aurait remplacé {otalement la roche originelle. Il semble seulement que les talus primitivement gréseux sont plutôt concaves, tandis que les talus primitivement gneissiques sont ou rectilignes ou convexes. Mais ces différences d'aspect ne paraissent avoir qu'une valeur médiocre.
Au point de vue du modelé, un type très particulier est celui des buttes de la région de Djougou. Elles sont formées uniquement de conglomérat ferrugineux et reposent sur un sous-bassement éruptif ou gneissique, aujourd'hui presque entièrement kaolinisé.
Très inégalement réparties aux environs mêmes de Djougou, elles présentent cette particularité d'offrir un volume géométrique qui est celui du tas de sable. Leurs dimensions moyennes sont les suivantes : longueur 100 mètres, largeur (au sommet) 20 mètres, hauteur de commandement, 10 à15 mètres (PI. VITE, 2). Bien qu'aucun élément de la roche originelle ne soit discernable au milieu du conglomérat ferrugineux, on ne peut attribuer celui-ci qu'à la décomposition sur place des roches cristallines se retrouvant moins altérées ou intactes au voisinage.
Le profil de ces buttes de conglomérat s'explique très bien par ce que je viens d'indiquer au sujet des formations gneissiques de la vallée du Niger ; elles-offrent simplement cette caractéristique d’être isolées les unes des autres au lieu de former une masse continue.
Les grès transformés en conglomérat ferrugineux peuvent aussi donner naissance à des hauteurs analogues, si bien qu'au Gourma notamment, il est impossible, d’après le modelé seuw/ement, de connaître la nature de la roche primitive.
Sur lesbords du Niger, le démantellement rapide des roches sans consistance qui servent maintenant de support au conglomérat ferrugineux.amène des éboulements fréquents de celui-ci. Quelquefois ces éboulements affectent des espaces étendus. Il se produit alors des excavations dominées par des parois à pie qui, à Pekinga, atteignent une quinzaine de mètres de hauteur,
Il arrive aussi que la roche sous-jacente est transformée en conglomérat ferrugineux jusqu'à une profondeur où toute investigation est impossible. C'est précisément le cas à Kinta, au sud du plateau d'Abomey ; à Djougou, pour les monticules à section trapézoïdale ; à Kandi, où les mamelons gneissiques ontété remplacés par des éboulis de blocs énormes de conglomérat ferrugineux ; età Béroubouay, où se trouvent quelques accidents du même genre.