III. — EXPÉRIENCES PORTANT SUR LES RATS
Les animaux utilisés ont toujours été dés Rats gris (Epimys norvegicus) (Erxleben) ou plus exactement leurs dérivés albinos ou de robe pie.
Le Rat noir { Mus rattus) que nous avons élevé et suivi pendant plusieurs générations et dont nous avons vainement tenté le croisement avec ÆEpimys norvegicus représente un matériel beaucoup moins pratique. 3
Il est difficile à trouver, et il ne donne (chez nous tout au moins) que deux portées par an. Il est vif, bon sauteur, bon grimpeur, progressant volontiers par bonds et les évasions sont fréquentes. De plus, chose désagréable entre toutes, alors que le Rat gris est très facile à maintenir par la queue, le même procédé est impossible avec Mus rattus dont le tégument caudal s’autotomise avec une extrême facilité et vous reste entre les doigts.
Nous venons de voir qu'avec un matériel aussi intéressant et présentant autant d'avantages que les têtards de batraciens; il convenait néanmoins, pour éviter les erreurs d'interprétation, de prendre certaines précautions absolument nécessaires.
Ce que nous avons dit pour les têtards, nous pouvons le répéter sous une autre forme pour les Rats.
Lorsqu'on désire pratiquer sur les mammifères des expériences dans le genre de celles que nous avons réalisées, il faut toujours penser au Rat.
Cette espèce présente de gros avantages : facile à se procurer, très prolifique, de croissance rapide, d’évolution facile à suivre, de taille suffisante pour rendre aisées les manipulations et moins délicates les pesées (ce qui n’est pas le cas des Souris, par exemple) peu exigeante comme entretien, et surtout, prête à manger n'importe quoi.
Malheureusement, là aussi, il y a de nombreux inconvénients.
Dans des buts divers, et notamment pour des études sur le Mendélisme et pour l’alimentation de nos Reptiles, nous avons élevé et observé des milliers de Rats.
Au cours des expériences ci-après exposées, qui ont duré longtemps, et qui ont été faites sur un grand nombre d’animaux, nous avons suivi et pesé régulièrement des centaines de portées.
Les observations que nous avons pu faire, l'expérience que nous avons pu acquérir, nous ont rendu méfiant et nous ont conféré quelque scepticisme à l'égard de certains résultats établis en partant du principe que les Rats sont des animaux toujours semblables entre eux, qu’une portée peut être considérée comme l’équivalente d’une autre portée, que le Rat est en somme un animal dont l’évolution présente une régularité telle, qu'il est permis de le prendre comme un test biologique de valeur certaine.
Nous sommes bien persuadés qu'un grand nombre d’expérimentateurs, en utilisant le Rat comme test dans des travaux ayant trait à l’alimentation et à ses carences par exemple ont été fréquemment induits en erreur.
Que dire alors de ceux qui veulent faire du Rat un réactif fidèle, une véritable unité de mesure!
Ne parle-t-on pas couramment maintenant de fitrage de produits opothérapiques, de produits vitaminés, etce., d'unités antirachitiques, le tout en utilisant le Rat comme réactif.
Qu'on prenne bien garde que ces mots tendent à faire illusion. Que ce langage, imité des sciences exactes, s’admette dans la pratique commerciale de la vente des médicaments, peu nous importe, mais d’un point de vue purement scientifique, quand
on connaît le peu de fidélité, la variabilité extrême du réactifrat, ces mots n’ont plus aucun sens.
L'observation journalière en effet, nous montre que les portées d’une même femelle avec le même mâle ne sont pas toujours identiques; le poids des petits, leur évolution ultérieure dépendent notamment du nombre de jeunes dans la portée. Une portée de 10 ou 12 ne peut donner des sujets comparables à ceux d’une portée de 4 ou 6.
Et si on prend une portée donnée, tous les jeunes ne se développent pas de la même façon. En admettant qu’à la naissance et jusque vers l’âge d’un mois ils aient à peu près le même poids, ce qui est fréquent, on note souvent par la suite des différences de croissance énormes, inexplicables.
Nous nous sommes souvent demandé par exemple si le rachitisme, considéré comme une simple maladie par carence, n’était pas en même temps autre chose et si on n’avait pas grand tort d'utiliser le Rat d’une façon si courante comme matériel d’étude de cette maladie.
Dans une même portée, en effet, des sujets maintenus dans une même cage, soumis au même régime, aussi lourds et bien portants les uns que les autres au départ, évoluent de façon toute différente. Certains d’entre eux notamment, présentent un retard de croissance vraiment surprenant, et manifestent bientôt les symptômes et les lésions d’un rachitisme non douteux.
Dans un élevage prospère et suivi pendant plusieurs années, il est remarquable de constater quelle hétérogénéité on rencontre chez les sujets qui en proviennent, malgré une sélection attentive des meilleurs. A tel point que pour obtenir des moyennes de poids valables, pouvant donner une courbe de croissance utilisable, il est nécessaire de suivre et de peser à intervalles réguliers un grand nombre de portées.
Malgré tout, les divergences constatées entre les courbes de croissance de Rats pouvant être considérés comme normaux, sont souvent si fortes, que, n'étaient les précautions prises, elles auraient pu nous faire parfois douter de la validité de nos résultats.
C’est dire qu'avant d’aborder des expériences portant sur la croissance des Rats, il est nécessaire de se constituer un élevage
à soi, suivi depuis longtemps, et de ne pas prendre des Rats d’origine inconnue, sur lesquels on ne sait rien.
Il en est de même pour les expériences visant un autre but, et nous nous permettons d’insister sur ce point en raison des erreurs qui peuvent résulter d'observations incomplètes donnant lieu à des publications qui, pour être de toute bonne foi, n’en sont pas moins hâtives. En voici un exemple :
Des auteurs (1) prennent des lots de Rats de couleurs variées, noirs, noirs et blancs, etc., et les soumettent à un régime comportant une substance riche en vitamine B (à base de germes de blé). Chose curieuse, au bout d’un certain temps, sous l'influence (!) de cette alimentation, les Rats noirs ou pie-noirs sont devenus gris argentés ! Le résultat était très net, et l’étonnement des chercheurs plausible! Et cependant, tous ceux qui ont, comme nous, élevé des Rats par centaines, pour des études mendéliennes par exemple ou autres, ont pu remarquer le phénomène signalé, et en dehors de toute nourriture spéciale, en dehors en tout cas de toute adjonction de germes de blé. Combien de fois n’avons-nous pas mis à part des Rats d’une couleur donnée, pour les sélectionner par exemple, et n’avonsnous pas trouvé quelques semaines après (parfois lorsque nous voulions les faire admirer!) des Rats d’une toute autre nuance : noirs devenant gris argentés, jaunes devenant gris ordinaire, pies devenant unicolores, ete. Ces variations sont non seulement fréquentes, mais elles sont la règle!
Nous obtenons parfois des Rats de quatre couleurs : blane, noir, jaune, gris, et nous n'avons jamais pu leur conserver ces teintes. On peut très bien suivre les changements de pelage, et suivant que le gris 'ou le noir devient envahissant, on trouve des sujets gris à manteau noir et inversement, mais ces animaux ne tardent pas à devenir de couleur uniforme.
Nous avons eu un jour la joie de trouver dans une portée de souris des individus gris-perle, chinchilla; nous les avons mis de côté aussitôt pour essayer de fixer cette jolie variation. Quelque temps après, cherchant ces animaux dans le foin de
(1) A. BAKKE, V. ASCHEHOUG, CH2. ZBINDEN. Un nouveau facteur de la nutrition. C: R. Ac. d. Sc., 191, p. 1157, 1930.
leur refuge pour les montrer, je n’ai plus trouvé que des souris du plus ordinaire pelage! Depuis, j'ai observé et suivi plusieurs fois le même phénomène.
N'est-il pas fréquent de constater des changements de couleurs au cours de l’existence chez tous les animaux, et surtout chez ceux dont la pigmentation est plus ou moins affolée par des croisements répétés, ce qui est le cas envisagé plus haut et aussi celui de nos animaux domestiques. Qui ne sait que les chevaux par exemple viennent souvent au monde avec une robe qu’ils ne garderont pas?
C’est pourquoi nous avons voulu établir nous-mêmes une courbe de: croissance moyenne se rapportant à notre propre élevage. Bien nous en à pris, car cette courbe ne cadre pas exactement avec celles données par d’autres auteurs.
Il existe un ouvrage intitulé « The Rat » (1) qui est une monographie établissant une sorte de standard des plus complets du Rat et qui est le résultat d’un travail colossal, pénible, fastidieux, ingrat, mais combien utile à tous les chercheurs qui utilisent cet animal.
Nos connaissances précises sur la biologie du Rat étaient rares et disséminées un peu partout, pas toujours très accessibles. Les auteurs ont voulu combler une lacune. Leur ouvrage est intéressant, parce qu’il contient une quantité très grande de renseignements sur la vie et les caractéristiques physiologiques et corporelles du Rat vivant dans la captivité étroite des laboratoires. Ils ont réuni une masse énorme de documents, glané des milliers de références (1.300 en plus, depuis la première édition en 1915 à la deuxième en 1924).
La domestication à amené chez ÆEpimys norvegicus des variations fort minutieusement décrites. Nous en retenons par exemple que les Rats à robe pie (c’est le cas de beaucoup des nôtres) sont entièrement assimilables aux albinos ordinaires comme poids, croissance, taille et autres caractères biologiques.
Malgré cet imposant et riche travail, il est nécessaire, comme nous venons de le dire et comme les auteurs le reconnaissent
(1) The Rat. Data and reference tables. Henry H. DONALDSON. — Collection du Wistar Institute. Philadelphie, 1924.
eux-mêmes, d'établir le standard de son propre élevage et de garder toujours des témoins, car le Rat varie beaucoup d’un laboratoire à l’autre.
Bien qu'il puisse exister des moyens de connaître l’âge du Rat à une certaine approximation près, il est nécessaire pour des expériences comme celles qui suivent, en raison de l’augmentation rapide du poids pendant les trois premiers mois de la vie, de connaître la date de naissance exacte, à un jour près, de ses sujets, ce qui ne présente aucune difficulté, car les cris des nouveau-nés les dénoncent aussitôt qu’on provoque le moindre mouvement d’anxiété chez la mère, par exemple en déposant la nourriture dans la cage.
Pour avoir des portées bien régulières, permettant le calcul de moyennes justes et utilisables, il vaut mieux, bien que le vagin s'ouvre vers la dixième semaine et que l’ovulation commence une dizaine de jours après, ne faire féconder les femelles que vers l’âge de trois mois.
La moyenne des portées étant de 6 à 8 petits, lorsque le nombre des jeunes est inférieur à 5 ou supérieur à 10, il vaut mieux ne pas les utiliser pour des expériences sur la croissance dont la courbe ne serait plus comparable aux courbes moyennes.
Dans les portées trop nombreuses, non seulement les petits sont moins lourds, mais certains sont négligés, n'arrivent pas à téter, souffrent, et leur courbe de croissance est faussée pour toujours.
Nous avons remarqué que c’est surtout dans les portées nombreuses qu’on constate les cas de rachitisme spontané, peut-être en raison de l’allaitement défectueux dont ont souffert les sujets.
Les expériences doivent commencer au printemps et s’arrêter en hiver, car pendant toute la mauvaise saison la reproduction est irrégulière et les petits nés en hiver sont moins vigoureux, même en local chauffé.
Il est facile de se rendre compte que les Rats (et par voie de conséquence leur croissance) sont très sensibles aux conditions de milieu : logement, nourriture, lumière, exercice, tranquillité, ete. Il faut donc pour avoir toutes chances de ne rien perturber, leur assurer le maximum de confort : cages assez
grandes, avec refuges obscurs et bien pourvus de paille ou mieux de foin, planchettes de promenade, alimentation rationnelle, bon écoulement des urines.
Un point important, c’est de déranger les animaux le moins possible. Bien que les petits n’ouvrent les yeux que vers le 17e jour, ils se déplacent bien avant, mais on a intérêt à ne pas les prendre pour les dénombrer et les peser avant l’âge de trente jours, si l’expérience en cours ne l’exige pas. On peut les sevrer sans crainte à 45 jours, bien que nous en ayons vu souvent téter à un âge plus avancé.
Il est bon que les pesées comparatives soient faites aux mêmes heures, car le poids présente des variations suivant le moment de la pesée (digestion, mictions, défécations, etc.). Il en est chez le Rat comme chez les autres animaux (1).
Quel est le poids maximum, qu’en dehors de toutes conditions expérimentales peut atteindre le Rat? Les auteurs du Wistar Institute (2) nous font connaître qu’en 1915 les poids maxima constatés dans leurs élevages étaient 438 grammes pour les mâles et 359 grammes pour les femelles, mais depuis ils ont eu de nombreux sujets qui dépassent ce poids, certains ayant atteint 600 grammes. — OSBORNE et MENDEL ont élevé un Rat de 615 grammes et IBSEN en a rencontré un de 745 grammes. — On en à même signalé un, sauvage, pesant 750 grammes.
Nous n’avons jamais vu de Rats semblables.
On nous en a souvent apportés (3), qui paraissaient énormes, et qui, à la pesée, accusaient 350, 400, 450 grammes. Nous n’en avons jamais vu dépassant 500 grammes.
Pour les Rats comme pour les autres animaux se posait la question de savoir comment distribuer les glandes pinéales.
Les principales conditions à remplir sont les suivantes :
1° Les Rats doivent manger volontiers leur ration de glandes, et la manger toute;
(1) Les variations du poids vif chez les bovins. MAYMONE et SIRCANA, Rome,
(2) The Rat, p. 30 et 336.
(3) Nous avons pesé de très nombreux Rats sauvages adultes capturés aux Abattoirs de Rennes.
—pu—
20 Il faut pouvoir déterminer facilement la dose quotidienne ingérée par chaque naiïmal;
30 Il faut donner la glande totale et n'ayant subi aucune altération.
Nous'avons d’abord pensé à donner tous les jours un certain poids de glandes fraîches telles qu’elles viennent d’être récoltées. La méthode est mauvaise, car nos Rats recevant de la viande dans leur ration dédaignent souvent les pinéales qui s’avarient très rapidement. De plus, il arrive que les Rats entraînent des glandes dans leur repaire sans qu’on sache s’ils les ont ingérées complètement. Nous avons préféré utiliser la préparation indiquée plus haut qui ne présente que des avantages (1).
Tous nos Rats se reproduisent chez nous depuis de nombreuses années sans introduction étrangère, mais en dehors de toute consanguinité exagérée.
Dès le sevrage, ils sont soumis au régime quotidien suivant : Blé entier ou pain blanc, viande crue avec sa graisse, verdure variée (salade, chou, trèfle, pissenlits, maïs, etc.), le tout à discrétion. Cette alimentation semble leur convenir parfaitement et assure leur développement normal et leur reproduction indéfinie.
Nous n'avons pas cru nécessaire pour le Rat, d'ajouter à la ration des témoins, comme nous l'avons fait pour les insectes ou les têtards, une quantité de cervelle correspondant à la même quantité de pinéale donnée aux animaux en expérience. Les doses employées, en effet (0 g. 20), sont beaucoup trop faibles pour qu’on puisse attribuer un rôle efficace aux lécithines et autres substances nutritives qu’elles peuvent contenir.
INFLUENCE SUR LA SÉNILITÉ. — Lorsque les Rats avancent en âge (à deux ans ils sont vieux), ils perdent de leur activité ; le brillant et le lustre de leurs poils disparaissent pour faire place à une toison plus terne et plus sèche: ils ont le poil piqué, puis ils maigrissent, sont souvent atteints d’affections pulmonaires ou intestinales chroniques, la démarche devient hésitante, titubante, pénible; les poils tombent par places, la respiration
(1) Voir page 191.
devient bruyante. L'animal, négligeant sa toilette, apparaît sale, souillé, surtout au niveau de la queue, dont les écailles sont sèches et cassantes. La mort survient dans une cachexie plus ou moins accusée.
Nous avons observé longtemps nos Rats qui recevaient de la pinéale depuis leur tout jeune âge, comme ceux qui, n’en ayant jamais reçu auparavant, en recevaient (jusqu’à 0 g. 50 par jour) à des périodes plus ou moins avancées de la vieillesse. L'effet à semblé parfois favorable, mais d’une façon tellement irrégulière et tellement fugace que nous pouvons conclure que la glande pinéale n’améliore pas les misères de la sénilité ni n’en retarde l’apparition.
INFLUENCE SUR LA VIE SEXUELLE. — Quoi qu’on dise, elle nous à paru nulle. Les femelles ou les mâles recevant régulièrement de la pinéale depuis un temps plus ou moins long (de quelques jours à toute une vie) et à des doses quotidiennes variées (de 0 g. 10 à 0 g. 50) ne se comportent pas autrement que les témoins.
La puberté n’apparaît pas plus tôt et la période de la ménopause n’est pas reculée. Les périodes de rut et les fécondations ont lieu selon le même rythme et la croissance des organes génitaux ne nous à pas paru influencée.
Des femelles et des mâles s’étant montrés stériles, nous les avons soumis au régime de la pinéale (0 g. 10 par jour pendant plusieurs mois) sans qu’ils aient jamais retrouvé leur fécondité.
Dans un ouvrage récent (1), le docteur J. CALVET relate des observations concernant l'influence d’injections d'extraits et de transplantations épiphysaires sur les testicules de Rats.
Les animaux ayant reçu des injections du produit de broyage de glandes dans du sérum physiologique, avaient, après 10 jours, des testicules plus petits que les témoins.
Dans une deuxième expérience, trois Rats de même portée et de même poids reçoivent tous les deux jours, pendant un mois environ, une demi-épiphyse de Cheval entier adulte dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ce traitement eut pour effet de
(1) J. Cazver. L'Épiphyse. Baillère, 1933, pp. 61 et 67.
faire perdre du poids aux trois animaux, alors que le témoin en gagnait; de plus, les animaux traités avaient encore les testicules dans l’abdomen et présentant une véritable atrophie (?) alors que ceux du témoin avaient émigré dans les bourses et étaient en pleine activité spermatogénétique.
Pouvons-nous de ces expériences tirer une conclusion ferme ? Nous ne le pensons pas. Il n’est pas du tout besoin de l’intervention de l’épiphyse pour constater les résultats annoncés.
Dans la plupart de nos portées, nous pourrions trouver, en dehors de toutes conditions expérimentales des Rats présentant des phénomènes semblables.
C’est pourquoi de telles expériences pour être probantes devraient être faites, à plusieurs reprises, sur un plus grana nombre d’animaux et prolongées beaucoup plus longtemps. Du reste, le même auteur signale en même temps des résultats diamétralement opposés obtenus avec des injections d’un extrait aqueux de glande pinéale (Épiglandol).
Presque chaque fois que nous avons voulu castrer des jeunes Rats d’une même portée, nous en avons trouvé qui répondaient absolument aux différences signalées par le docteur CALVET, au point de vue de l’état de maturité des testicules. Nous avons souvent été frappés de voir que des frères d’une même portée pouvaient avoir des testicules 3 où 4 fois plus gros les uns que les autres, et que certains les avaient encore dans la cavité abdominale tandis que ceux des autres étaient déjà dans des bourses bien dessinées (1).
Jamais, sur nos Rats dont beaucoup ont mangé de la pinéale toute leur vie et à haute dose (0 g. 50 par jour) nous n’avons observé la moindre atrophie des organes génitaux mâles ou femelles.
INFLUENCE SUR LE RACHITISME. — Dans nos portées, surtout dans les portées nombreuses, nous avons fréquemment rencontré
(1) Nous avons remarqué un phénomène tout à fait analogue chez le Cobaye, mais moins communément que chez le Rat où c’est presque la règle. Le Lapin semble avoir une évolution testiculaire plus uniforme.
des sujets qui. vivant dans la même cage, soumis au même régime que les autres ont eu une croissance défectueuse, retardée, une ossification anormale, et présentant des symptômes manifestes d’un rachitisme spontané parfois grave. On ne peut pourtant pas incriminer une carence alimentaire chez ces animaux bien nourris, ni une infection laissant toujours indemnes leurs compagnons de cage.
Si nous éliminons les irrégularités dentaires (incisives surtout) fréquentes chez les rongeurs (1), qui peuvent gêner grandement la préhension et la mastication des aliments, nous croyons que l'allaitement difficile de trop nombreux petits, le manque de lait au début de la vie et le sevrage trop hâtif sont une cause importante de rachitisme.
Ces jeunes sujets, placés dans de bonnes conditions hygiéniques et alimentaires, restent toujours très au-dessous de la moyenne comme poids, activité, fécondité, résistance aux infections, ete.
L’adjonction pendant plusieurs mois de 0 g. 10 de glande pinéale de Bœuf a presque toujours un effet favorable sur la santé apparente et sur l’état général de nutrition des sujets, mais ne les quérit jamais.
Tous ces résultats semblent bien corroborés par des expériences récentes (2) de pinéalectomie. L’ablation complète de la glande pinéale du Rat âgé de deux ou trois jours (!) n’influence pas le rythme du développement, l’âge de la puberté, ni le poids de l’hypophyse, de la thyroïde, des surrénales ou du thymus des deux sexes. Elle ne modifie pas le poids des testicules du mâle ni l'apparition des cycles oestraux normaux de la femelle.
Nous allons voir dans le paragraphe suivant que nous obtenons des résultats quelque peu divergents en ce qui concerne le rythme du développement.
(1) Nous avons plusieurs fois rencontré des incisives inférieures (Lapins, Cobayes et Rats) qui avaient perforé les joues ou le palais. Nous avons même eu un Rat dont une incisive inférieure avait crevé l’œil à travers le palais et les os de la face.
(2) ANDERSEN (D.) and Wozr (A.). — Pinealectomy in Rats. J. Physiol., LXXXI, 49-62, 1934.