OBSERVATION XIII (PERSONNELLE
(Recueillie au service de M. le Professeur Bernheim.)
Hystérie. — Céphalalgie. — Douleurs lombaires.
Marie B..., 26 ans, domestique, malade depuis 15 jours. Entre à l’hôpital le 7 août, se plaignant de douleurs lombaires.
Etat actuel. — Constitution bonne. Tempérament lymphatique. Langue bonne. Peu d’appétit; ni coliques, ni diarrhée. Soif assez vive. Battements de cœur fréquents. Pouls petit, mais régulier, égal. Bruits du cœur nets ; pas de souffle. Appareil respiratoire normal.
La malade éprouve la sensation de boule hystérique. Anesthésie pharyngée. Ovarialgie droite. Céphalée frontale. Douleurs lombaires exagérées par la pression. La malade semble très suggestible. T. 38°. P. 84.
On donne 0 gr. 50 de phénacétine. T. le soir, 36° 5. P° #76:
9 août. — Peu de sommeil. On donne 0 gr. 50 de lactophénine.
10 août. — Sommeil calme. Sueurs profuses la nuit. Douleur épigastrique. On continue le traitement. T. 37°.
11 août. — Sueurs abondantes la nuit. Mieux sensible.
14 août, — Plus de douleurs. La malade sort de l’hôpital.
La lactophénine administrée pendant une quinzaine de jours à une diabètique atteinte de gangrène du pied droit et souffrant continuellement de vives douleurs dans le membre correspondant, n’a Conné que des résultats peu certains comme analgésique. La malade en effet, d’une intelligence faible, nous renseignait mal et se con-
tredisait journellement en nous rendant compte de ses sensations. Elle à échoué également chez une jeune fille d'une quinzaine d'années qui souffrait d’une céphalalgie violente dont la cause n’a pu être déterminée d’une façon précise, nous n'avons pas rapporté ces deux observations qui paraissent peu concluantes.
Nous avons eu l’occasion d'employer la lactophénine, comme analgésique, chez deux ataxiques : l’un, à la 2e période de la maladie, dans le service de M. le Professeur Spillmann; l’autre à la clinique des vieillards. (Service de M. Parisot à l’hospice Saint-Julien) était à la 3e période. Tous deux souffraient de violentes douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs, le second avait, en outre des crises vésicales très fréquentes. Nous leur avons administré plusieurs jours de suite les doses de 2 et 3 gr. de médicament, mais sans succès. Les douleurs ne se sont pas atténuées et ont été aussi fréquentes.
Les quelques observations que nous venons de rapporter, et que nous aurions souhaité plus nombreuses, nous permettent, concurremment avec les résultats obtenus par MM. Landowsky, Jacquet et Strauss, d'affirmer que la lactophénine a une: action antialgique manifeste dans bon nombre de cas. Elles nous montrent que le médicament fait cesser presque complètement, sinon le premier jour etavec des doses assez faibles (0 gr. 50 parfois 1 2r.), du moins le second jour etavec des doses moyennes (1 gr. 50 et 2 gr.), les douleurs rhumatismales, en même temps qu’elle agit sur la température. Malheureusement elle ne nous a pas paru, dans les cas où nous l’avons employée, sauf dans l'observation IV, faire cesser la maladie ou
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en diminuer la durée. Il est vrai que dans la plupart des observations que nous rapportons, les autres analgésiques les plus en vogue, la phénacétine, l’antipyrine, le salicylate de soude même, malgré l’action spécifique qu’on lui attribue en pareil cas, n'avaient pas donné de meilleurs résultats.
Dans les cas où il existait des lésions dégénératives des nerfs (tabes, névrites, myélites) elle a eu peu de succés, et dans les cas de sciatique, de douleurs hystériques ou neurasthéniques elle s’est montrée plus active que dans la migraine.
Decesconstatations pouvons-nous déterminerles cas dans lesquels la lactophénine peut être rejetée ou employée en thérapeutique comme agent analgésique? Nous ne pensons pas pouvoir le faire d’une facon catégorique, mais nous nous permettons cependant quelques réflexions à ce sujet. ù
Qu'avons-nous à cramdre en employant la lactophénine comme analgésique ? Ses efforts secondaires. Or, nous avons vu que ceux-ci sont beaucoup moins prononcés qu'avec les autres antithermiques analgésiques ; rous avons eu des sueurs profuses dans quelques cas, c’est vrai, mais le plus souvent, elles n’ont persisté que pendant les premiers jours d'administration du médicament. Une seule fois nous avons constaté de la céphalalgie; pas de collapsus, pas d’erythèmes, ni d’autre éruption cutanée, pas de cyanose ; pas de bourdonnements d'oreilles, ni étourdissements, comme
avec le salicylate de soude; pas d’excitation d'ivresse médicamenteuse comme avec l’antipyrine; moins de sueurs qu'avec la phénacétine. Peut-être pourra-t-on reprocher à la lactophénine, employée longtemps et à doses moyennes, d’avoir une action sur l’oxyhémoglobine et de favoriser ainsi l’anémie, surtout dans le rhumatisme. A cela nous pourrons répondre qu’elle partage largement cette action avec les autres médicaments employés journellement en pareil cas. La maladie elle-même a une influence certainement plus grande que le remède dans la production de l’anémie.
Ce n’est pas cependantquenous réccommandions dans tous les cas et d’emblée l’emploi de la lactophénine comme analgésique : il faut tenir compte des dispositions individuelles chez le malade, de l’étiologie, de l’intensité, de la nature et peut-être du siège même de la douleur.
Ainsi nous admettrons que, dans les névralgies paludéennes, c’est à la quinine que revient la préférence (action antiseptique plutôt qu’analgésique véritable) ; dans les douleurs trop vives, la morphine est d’abord préférable ; dans le rhumatisme, si le salicylate de soude ou l’antipyrine sont bien tolérés, employons-les d’abord, sinon, employons la lactophénine, qui vaut bien, croyons-nous, en pareil cas, la phénacétine ; employons-la encore, si les médicaments utilisés d’abord dans quelque cas que ce soit, ont échoué : elle peut alors donner de brillants résultats
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Si l’on tenait compte exclusivement du siège de la maladie pour établir les indications de tel ou tel analgésique, l’emploi de la lactophénine en ce sens se trouverait bien restreint; on ne le peut cependant aujourd’hui encore.
Les observations du genrede celle de Guibbaud et Langlois (1) sont encore trop peu nombreuses et les recherches physiologiques sur les analgésiques trop peu complètes.
On verrait ainsi l’aconitine agir spécialement sur les noyaux d'origine du trijumeau et la névralgie faciale, l’antipyrine dans la migraine ou les névralgies viscérales, la lactophénine agir surtout sur les nerfs dont les racines partent de la partie inférieure de la moëlle etc. etc. Ce ne sont là que des hypothèses, qui peut-être, espérons-le, seront un jour confirmées.
Enfin, nous sommes peu fondés, étant donné les nombreux échecs constatés dans ces cas, à recommander la lactophénine quand les nerfs ou les centres nerveux sont dégénérés (tabés, myélites).
En résumé, la lactophénine nous paraît jouir de propriétés analgésiques très nettes, analogues d’ailleurs à celles de tousles médicaments du groupe chimique auquel elle appartient.
(1) Une malade souffrant, à la fois, d’une névralgie du trijumeau et d’une sciatique, prend 1 gr. d’antipyrine; cette dose suffit pour faire disparaître la douleur du nerf crânien, mais il faut 3 gr. pour faire disparaitre celle du sciatique.