MOUSTIQUES
Nous avons montré dans ce qui précède, que les conditions favorables pour le développement des mousti-
ques ne manquaient pas en Iraq.
Ces conditions se retrouvent aussi dans les villes à l'intérieur des maisons :
À Bagdad, presque dans chaque maison, il existe un puits où les habitants tirent une partie de leur eau pour l’usage domestique.
L'eau potable est filtrée dans chaque maison à l'aide
SRE
de grands vases creux ou récipients appelés « Hib » faits en terre poreuse cuite. Ces récipients sont parfois rarement nettoyés, ce qui favorise l’éclosion des larves des moustiques.
Enfin, par suite de la chaleur excessive de l'été, les habitants pour rafraichir le sol, arrosent leur maison, y compris les «Sirdabs » qui sont de grandes caves servant aux habitants de lieux de refuge pendant les aprèsmidi où la chaleur est trop intense.
Les eaux ménagères séjournent dans des rigoles et constituent autant de gîtes favorables à l’éclosion et au développement des moustiques.
Ce sont autant de gîtes favorables à l’éclosion et au
développement des moustiques.
Les Anophèles
Les anophèles sont très communs, à Amarah, Basrah et dans leurs environs, où le paludisme sévit fortement. Cette espèce de moustiques est moins nombreuse à Bagdad et dans ses environs immédiats, où le paludisme n'existe qu'à l’état isolé.
Ces insectes ne semblent jouer aucun rôle dans la
transmission du bouton d'Orient.
Culex F'atigans
Elles sont répandues à Bagdad. On les trouve pendant les mois de mars à juin. Elles diminuent au fur et à mesure que la chaleur de l'été devient plus intense.
Aucune trace d'infection par Leishmania tropica chez
RTE
, “ir 2 = 2 + f ces moustiques n'a été observée par WExyxon même
lorsqu'elles avaient été nourries sur des boutons.
Stegomya Fasciata
Très répandues pendant toute la saison chaude, elles sont une véritable plaie pour l'existence des habitants pendant l'été. Rarement l’on échappe à leur piqüre.
Leur examen attentif, après dissection, n’a rien fourni à WEnyow. Par contre, l'infection expérimentale a révélé des cas positifs. Les Leishmania ont été trouvées dans une proportion de 10 % dans le tube digestif aussitôt après la succion.
Le nombre considérable de ces moustiques à Bagdad a fait penser à Wenxon qu'elles pourraient héberger les Leishmania tropica. Dans ce but, il fit l'expérience suivante :
«Il prit un nombre de 26 Stegomyia fasciata. Après les avoir nourri sur un bouton pendant un temps variant de un à dix jours, Wenyon les mit sur son bras pendant 48 heures, et procéda ensuite à leur examen. Celui-ci ne lui révéla l'existence des formes flagellées de parasites que chez deux Stegomyia. Les autres n’avaient absolument rien. D'autre part, aucun bouton ne s’est ultérieurement développé sur son bras.
Cette expérience écrit WEnyoN, est intéressante ne serait-ce que pour son résultat négatif.
D'autres auteurs ont disséqué et examiné des stegomyia dans d’autres pays. Leur résultat à toujours été négatif,
Phlébotomes
Elles ont été suspectées depuis le début du xx° siècle, par un nombre d'auteurs dans des régions où le bouton est endémique.
WENYoN à la suite du résultat négatif de l'examen des stegomyia enregistré en 1910 à Bagdad, a fortement soupçonné les phlébotomes. Malheureusement, diverses circonstances imprévues, l’ont empêché à cette époque d’en faire l'étude. De ce fait, les recherches auxquelles il s'était livré pour déterminer l'hôte vecteur du parasite du bouton d'Orient, n’ont pas abouti à un résultat définitif.
Un peu plus tard, Wenyon a trouvé après dissection d’un grand nombre de phlébotomes, à Alep, des formes parasitaires flagellées et. sans flagelles dans un pourcentage de 6 %.
Jusqu'en 1917, où LAvERAN publia son livre sur les leishmanioses, l’étude du phlébotome était très peu poussée.
« Il est possible, écrit-il, que l'infection puisse être produite, au niveau de points excoriés des téguments, par les fèces de certains insectes suceurs de sang, tels que les moustiques ou les phlébotomes, susceptibles de s’infecter par Leishmania tropica, ou à la suite de l’écrasement de ces insectes ».
Mais, la transmission directe du parasite par les piqûres
de ces insectes n'avait pas encore été jusqu'alors mise en
évidence,
EME uet
Les recherches récentes, surtout celles de Edm. et Et. Sencenr (1912), de L. PARROT, A. DonATIEN et M. Becuer (1921), de Anrer et TuÉoporr (1925-1929) ont démontré le rôle des phlébotomes dans la transmission des parasites du bouton d'Orient.
Ces auteurs ont constaté l'infection naturelle du phlébotome, et ont réalisé l'infection expérimentale. Ils ont, d'autre part, reproduit les lésions caractéristiques chez l’homme et chez les animaux réceptifs, soit directement par la piqûre des phlébotomes infectés, soit indirectement par injections de produits résultant du broyage de ces insectes. Ces résultats positifs ont été à plusieurs reprises confirmés.
La dissection a montré la présence des formes flagellées de Leishmania tropica dans tout le tube digestif de phlébotomes. En effet, ces formes ont été trouvées dans l'oesophage, dans l'estomac et des intestins moyen et postérieur.
Les flagellés fixés à la valvule oesophagienne de l’insecte, passeraient dans le pharynx et souilleraient l'armature buccale au moment de la piqüre. Ainsi se réaliserait, d’après les auteurs, la transmission de parasites. Le rôle de phlébotome se trouve ainsi établi.
Toutefois, l'infection naturelle de ces insectes paraît se présenter dans des proportions minimes. ADLER et Tuéopore l'ont trouvé 7 fois sur 4.070 phlébotomes examinés. Parror et DonaTiEN une fois sur 181.
Gette infection naturelle, peu fréquente, peut s’expliquer par le fait que pour s'infecter, les phlébotomes doi-
vent se nourrir sur les lésions elles-mêmes. Lorsque
rer
leurs piqûres ne touchent pas la lésion, le sang absorbé ne les infecte guère parce que les Leishmania ne se trouvent jamais dans le sang périphérique.
Les phlébotomes sont nombreux à Bagdad et dans les autres régions du pays.
Parmi les espèces identifiées, on trouve le phlébotomus Papatasii, le plébotomus Minutus et le phlébotomus Sergenti.
D'après W.-S. Parron qui, en 1920, a étudié les arthropodes en Iraq, le phlébotomus Papatasii est très commun. On le trouve à partir du mois de Mars. Sa fréquence augmente progressivement, s'arrête et semble décroître pendant les fortes chaleurs, pour réapparaître ensuite et se maintenir jusqu’au mois de novembre À partir de ce moment, il décline pour disparaitre avec la saison froide.
Les autres espèces suivent les mêmes variations.
Ces moustiques piquent les habitants aussi bien le jour que la nuit.
W.-S. Parron et Hugh W. ActTon estiment que les phlébotomes existant en Iraq, constituent les hôtes vecteurs qui propagent dans tout le pays le bouton d'Orient ainsi que la fièvre de trois jours ou fièvre à phlébotomes.
Les recherches poursuivies en 1929 à Bagdad et à Mossoul par S. Apzer et O. Tuéonore sur les phlébotomus SerGewr1, démontrent l'infection naturelle et la possibilité de l'infection expérimentale de ces insectes.
« Il paraît probable, écrivent les auteurs, que le phlébo-
tomus Sergenti soit l'hôte vecteur du houton d'Orient,
L'étude de sa distribution, suggère l'idée qu'il se trouve le principal propagateur dans certaines régions ».
Les mêmes constatations ont été récemment faites en 1929 en Algérie, par Heckivrorx concernant les phlébotomes et l’extension de la maladie. |
« Les constatations épidémiologiques, écrit-il, indiquent la coexistence du bouton d'Orient et de l'insecte qui vit en troupes bien localisées, attaquant certaines agglomérations ou certains quartiers d’une ville et respectant des localités immédiatement voisines ou des quartiers limitrophes. Là où l'affection est fréquente et endémique, la densité phlébotomienne se montre élevée ; dans les régions où les cas apparaissent toujours isolés, le phlébotome existe encore, mais il est rare ».
Cette notion a son importance et mérite d'être retenue, car il serait sage de s'en inspirer pour pouvoir diriger utilement les efforts de la prophylaxie contre la maladie.
En résumé, l'étude des hôtes vecteurs nous montre aujourd'hui que les phlébotomes et leurs différentes espèces sont responsables en grande partie de la transmission du bouton d'Orient.
Leur étude en Iraq, mérite d'être poussée davantage en vue de mettre en évidence, les multiples rôles que ces insectes jouent dans la propagation non seulement du bouton d'Orient, mais encore de différentes maladies.
Le rôle purement mécanique des mouches dans la pro-
pagation de la dermatose reste toujours possible.
IMMUNITÉE
Le résultat pratique du phénomène de l’'immunité était connu et apprécié par les Israélites de Bagdad. Ils en tiraient profit sans se soucier d'en fournir une explication. L'observation attentive des suites de la dermatose leur a montré l’absence de sa récidive chez l’individu.
Cette notion les a encouragés pour pratiquer l’inoculation chez leurs enfants en bas âge de manière à leur éviter ultérieurement une nouvelle atteinte et des cicatrices vicieuses.
En s'inspirant des données scientifiques de l’immunité, les auteurs qui ont étudié les boutons d'Orient, ont cherché à savoir si cette immunité qui s'établit à la suite d’une affection qui paraît dans ses manifestations purement locale, persistait pendant toute la vie, ou au contraire, si elle n’était que passagère.
Les uns fixent la durée de cette immunité à 7 ans. D'autres la croient momentanée et ne lui fixent pas de limites. Enfin, la plupart pensent aujourd'hui que cette immunité est permanente.
: Les opinions relatives à la durée temporaire de l’im-
Tes
munilé sont basées sur quelques rares observations de
récidive, A quel moment s'établit l'immunité ?
Il est une notion importante à savoir que l’immunité n'existe réellement que lorsque les boutons de la première infection ont suffisamment évolué ou sont complétement guéris,
Parfois, au cours de la période d'Etat d’un premier bouton, on voit apparaître un second, puis peu après un troisième. Ces infections successives qui se font, tôt ou tard, se réalisent grâce à l’auto-inoculation. Bien entendu, il ne s’agit pas là de récidive, ce qui évoquerait l'idée d’une défaillance de l’immunité. Il est plus logique d’admettre que celle-ci qui a commencé à s'établir avec le premier bouton, n'était pas encore à même d’entraver le développement d’autres boutons.
En Iraq, lorsque le bouton unique ou multiple a achevé son complet développement, l’immunité qui alors s'établit est suffisante pour protéger ultérieurement l'individu de toute atteinte.
« Le fait que les Bagdadiens adultes, remarque Wexxow, ne sont jamais atteints par le bouton d'Orient est une preuve suffisante pour admettre que l'infection qu'ils ont subie pendant leur enfance leur a conféré une immunité solide pour toute la vie ».
La même constatation se rencontre en Perse et en Syrie.
Quand on entreprend le traitement des boutons de
primo-infection par des moyens énergiques qui aboutissent à leur guérison, on constate par la suite que les sujets ne sont pas réfractaires à la dermatose. Au contraire, ils sont exposés à la contracter une seconde fois. Cela provient, probablement, de ce que l’immunité n’a pu prendre pied pendant le temps minime laissé à l’évolution des boutons, ou, en tout cas, n’a pu s'établir que dans une mesure incomplète. ;
À ce propos, LAvERaAN écrit
« Les personnes qui doivent continuer à résider dans les pays où le bouton est endémique, auraient évidemment tort de se soumettre à un traitement qui les exposerait à des récidives de la dermatose. Or, il me paraît très probable que les boutons qui ont été trailés énergiquement à la période initiale, ne procurent pas aux porteurs l’immunité ».
Le Docteur Norman, directeur de l’Institut Radiologique de Bagdad qui a étudié de très près le traitement du Bouton d'Orient par les rayons X, signale le même inconvénient dans un rapport présenté au directeur de l'Hygiène à Bagdad.
Voici sa citation reproduite, telle qu’elle se trouve dans la thèse de notre compatriote et confrère, le. Docteur H. PATCHEDII.
« On sait, écrit le Docteur NorMaw, que la leishmaniose confère une immunité très solide ; et comme l’on n’est pas encore très bien fixé sur le moment exact de l’évolution où cette immunité devient définitive, il est prudent de ne point se hâter de traiter les boutons nais-
sants que l'on rencontre sur son chemin, Il ne serait