‹ Contribution à l'étude de la Morbidité et de la Mortalité Actuelles par la TuberculoseChapitre 32 sur 36 · II. — Dans une PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

II. — Dans une PREMIERE PARTIE

Après avoir étudié les données fournies par les dernières guerres, nous avons rassemblé et confronté les diverses communications faites depuis juillet 1940 et à laide de faits surtout cliniques, nous avons vérifié le bien fondé des cris d’alarme jetés au sujet de la morbidité et de la mortalité actuelles de la tuberculose.

Il ressort en effet de l’étude des diverses publications, des observations que nous avons faites dans un service de médecine générale, et d’une enquête personnelle, que :

A) La Tuberculose a subi une aggravation certaine dans ses diverses formes. Celles-ci sont beaucoup plus

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extensives, plus rapidement évolutives, beaucoup moins influençables par les traitements habituels.

Des formes inaccoutumées déjà notées au cours des guerres précédentes sont réapparues : pleurésie, et polysérites chez les vieillards; les adénopathies s’observent avec une fréquence au moins aussi grande chez les gens âgés que chez les jeunes, et sont de même beaucoup plus importantes et subissent des réactivations après des dizaines d’années de silence; les formes méningées, rares habituellement chez les tuberculeux pulmonaires, sont devenues depuis quelque temps l’u'time évolution de nombreux malades; elles sont par ailleurs plus fréquentes chez les jeunes et revêtent alors une allure suraigué:; les formes pulmonaires se révèlent avec une fréquence accrue sous la forme de pneumonies caséeuses, de formes granuliques graves; ailleurs la malignité des rechutes mérite d’être soulignée.

Enfin, les « tuberculoses atypiques » sont aussi plus fréquemment rencontrées, particulièrement les asthmes et les tuberculoses oculaires.

Toutes ces formes extraordinaires ont fait dire qu'il y avait une « tuberculose type 1941 ».

B) Par contre, l’accroissement de la morbidité est moins évident. Il semble cependant que la tuberculose ait augmenté dans les grands centres urbains, mais el'e ne semble pas avoir subi une évolution semblable dans les petites villes de province et dans les campagnes: partout cependant, sa régression est actuellement différée. alors que l’aggravation globale des tuberculoses, quels qu’en soient les types anatomo-cliniques, ne peut être mise en doute.

III. —— La recrudescence actuelle de la mortaiïté et de la morbidité tuberculeuses ont des causes déterminantes qui sont particulières aux moments semblables à ceux que nous vivons.

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L'étude de ces facteurs et le moyen d’y remédier ont fait l’objet de la deuxième partie de ce travail.

LA SOUS-ALIMENTATION en est le principal facteur étiologique. Son rôle a été mis en lumière après la guerre de 1870 et surtout après la guerre de 1914. L'augmentation de la mortalité tuberculeuse durant ces quatre années là est survenue dans les régions où la disette alimentaire a été le plus durement ressentie du fait du blocus.

Or, il est indubitable qu’une sous-nutrition certaine a commencé à sévir dans nos villes. Nous avons établi le déficit quantitatif global et l’insuffisance alimentaire qualitative actuels (calories, principes énergétiques, sels minéraux, acides aminés, vitamines).

Il en ressort que nous nous trouvons actuellement dans les mêmes conditions d’alimentation que celles des pays qui accusèrent la plus grande mortalité par tuberculose durant les années 1914-1920.

Mais de nombreux autres facteurs agissent de pair avec la sous-alimentation:; il est même nécessaire de souligner cette complexité de causes sociales expliquant la recrudescence actuelle de la tuberculose.

a) En premier lieu LES FATIGUES : de la femme à l’usine, non préparée à de tels travaux; de l’enfant à l’école, qui, à des programmes augmentés de nombreuses heures de culture physique devenues obligatoires, oppose un organisme sous-alimenté; enfin les fatigues de l’exode ont eu une part prépondérante dans de nombreux cas.

b) De même le rôle phtisiogène de la GROSSESSE revêt à l'heure actuelle une acuité plus grande du fait du surmenage et de la sous-alimentation des parturientes. Ces privations se reflètent dans la diminution du poids des nouveau-nés signalée dans de nombreuses maternités.

c) Il en est de même de l’action des EPREUVES MORALES, classiques depuis LAENNEC. Le moral dû a de longs mois de captivité a, sans nul doute, contribué, à côté d’autres

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facteurs, à l’éclosion de la tuberculose chez certains prisonniers. La mort à la guerre d’un être cher, les bombardements des villes, les inquiétudes politiques du moment, les préoccupations alimentaires, l’abandon des foyers et de situation du fait de l’évacuation des régions frontalières ont eu une part prépondérante bien souvent, car l’état favorable à l’éclosion de la tuberculose est celui des petits inquiets, des petits anxieux et des déprimés (instabilité neuro-végétative).

d) L’absence de CHAUFFAGE a été invoquée par de nombreux malades à l’origine de leurs lésions. Son action a été surtout sensible sur les sujets âgés. La contamination a de plus été favorisée car les familles ne chauffaient plus qu’une seule pièce.

e) Enfin, nous avons souligné l’influence de la VAccI- NATION ANTIVARIOLIQUE de l’hiver dernier.

Certes son rôle tuberculogène est difficile, si non impossible à démontrer de façon formelle, mais de nombreuses observations le donnent à penser. Cette notion est en tout cas utile à connaître, si une nouvelle vaccination s’imposait dans quelques temps : les sujets suspects ne devront, en effet, être vaccinés qu'après examens complémentaires.

IV.— La connaissance de cette recrudescence actuelle de la tuberculose et des facteurs qui la déterminent permet d’en tirer des déductions diagnostiques et thérapeutiques du plus haut intérêt. ;

a) En raison de cette multiplication des cas de bacillose, nous devrons tous y penser bien davantage : on devra même la soupconner en premier lieu, notamment devant tout syndrome pneumococcique, grippal, ou dothienentérique, qui ne fait pas rapidement sa preuve. On y sera aidé par toute une série de petits signes : loi de LASEGUE, étude de la formule sanguine, et de certains

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tests hématologiques, interrogatoire soigneux des antécédents, cuti-réactions répétées.

b) L'intérêt thérapeutique est non moins évident :

Les indications du pneumothorax devront être augmentées ainsi que sa précocité, il en sera de même pour les sections de brides et la thoracoplastie. Le facteur « temps » est primordial : il faut frapper vite et fort.

La médication préventive sera employée systématiquement en particulier chez les jeunes : calcithérapie, ‘vitaminothérapie, rayons ultra-violets.

On évitera l’abus des sports et on fera encore plus attention aux convalescences des maladies anergisantes, et surtout à celles des pleurétiques, car il faut avant-tout défendre le terrain.

c) Enfin on intensifiera LA LUTTE ANTITUBERCULEUSE, bien qu’elle soit plus difficile du fait même des circonstances actuelles. Il faudrait :

— Généraliser les cuti-réactions chez les adolescents, les renouveler fréquemment chez les non-allergiques.

— Généraliser le vaccin B. C. G.

— Généraliser l'ŒUVRE GRANCHER.

— Intensifier la pratique encore embryonnaire des dépistages avec radioscopies systématiques des collectivités. Multiplier les dispensaires et le nombre des lits. Lutter contre la lenteur désespérante des placements.

— Traiter préventivement toute syphi'is héréditaire car on sait qu’elle « appelle la tuberculose ».

— I] faudrait encore faire l’éducation du malade, car trop de bacillaires refusent de quitter leur famil'e, et même instituer l’hospitalisation obligatoire pour les récalcitrants. Imposer dans les administrations des examens sérieux et mettre au repos les contagieux, mesures donnant d'excellents résu:tats dans les pays nordiques.

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