D AE OO
lui prend le pouls et, poussant jusqu’à l'absurde la loi du similia similibus, lui dit :
« Vous avez une indigestion, gastro intéro évacuante ! Vous prendrez donc dans une heure d'ici, un petit potage, deux côtelettes, une omelette, un poulet rôti et douze douzaines d'huîtres. Cette légère nourriture vous procurera une indigestion plus forte que la première. Je ne passerai pas demain, je pense que ce sera fini. »
Mais la verve des caricaturistes s’est surtout exercée aux dépens des doses infinitésimales. Et ce n'est pas sans quelque surprise qu'on trouve, parmi les dessinateurs qui, à ce point de vue, ont fait preuve du plus féroce acharnement, le grand illustrateur Gustave Doré, qui avait débuté très jeune au « Journal pour Rire ». Dans une série intitulée : « L'homéopathie et les homéopathes » (1), il accabla de ses sarcasmes les partisans des hautes dilutions. Par exemple en faisant dire à son élève par un pharmacien homéopathe :
« Précipiter un cent billionième de grain de moutarde dans un seau d’eau, agiter fortement ce mélange et en verser deux gouttes dans un litre d'eau clarifiée... » Avez-vous bien suivi l'ordonnance ?
— Oh ! parfaitement... seulement, j'ai oublié la moutarde, mais tout le reste y est.
— Bah ! la moutarde n'est qu’un accessoire, le reste est le principal. »
Dans une autre planche du même artiste, un disciple d'Hahnemann explique à un interlocuteur au sourire sceptique
« Nous n'admettons que très peu de remèdes, nous n'en administrons jamais qu’un seul à la fois, et encore n’en donnons-nous qu’un cent millionnième de grain étendu dans un verre d'eau. C'est, comme vous voyez, la médecine des infiniment petits.
— Oui (à part) des infiniment petits médecins. »
Gustave Doré nous ramène chez un pharmacien avec une
autre légende où, cette fois, il s'en prend à la cherté, selon lui abusive, des médicaments homéopathiques
(1) Collection de M. Louis Sergent.