DE LA PHYSIONOMIE NORMALE
Joh. Müller, un des physiologues les plus éminents de l'Allemagne, dit dans la Physiologie des Menschen (Nol. IF, p. 92) : « Les rapports des muscles de La face avec les différentes passions sont absolument inconnus... »; cependant, si nous étudions les déplacements des traits normaux de la face, la formation des plis ou des rides suivant que telle ou telle passion est excitée, nous pourrons, avec quelque assurance, par la connaissance de l'anatomie, conclure que tel ou tel mouvement est produit par tel muscle, tel autre par un muscle différent. Est-ce à dire que chaque muscle donne lieu à un mouvement correspondant à chaque sensation, à chaque émotion? Chacun des muscles de la face agit-il séparément? Nous pouvons conclure a priori que cela est impossible.
En effet, l'étude anatomique précédente nous a montré qu'il n'y à pas à proprement parler de masses musculaires dans la face, mais des épaississements, des accumulations de fibres musculaires, dans certains plans plus développés que les fibres voisines, dont l'action, chez l'homme du moins, était moins nécessaire et moins habituelle.
Il s’est passé là ce qui se passe dans tout le système museulaire, où les fibres s’atrophient quand leur fonction diminue ou disparaît et se développent quand leur fonction augmente,
pe ia
L'hérédité en détruit que l'habitude ou le besoin fait reparaître. La grande loi biologique, qui dit que tout organe qui ne fonctionne pas s’atrophie, suppose immédiatement et nécessairement la loi suivante que tout organe qui fonctionne se développe. Beaucoup d'animaux par exemple ont un peaucier très étendu, pouvant déplacer tout ou partie de leur surface cutanée.
L'habitude des jeux de physionomie volontaires développe considérablement chez l'acteur une grande mobilité de la face.
Les déplacements des cartilages de nos oreilles sont très minimes comparativement à ceux qu'on observe chez certains animaux, le cheval par exemple, qui peut porter l'ouverture du pavillon dans toutes les directions du bruit qui Le frappe.
Enfin, on a vu des hommes qui, privés de leurs bras, arrivent à transtormer les mouvements si limités des pieds en mouvements assez étendus pour aller jusqu’à la préhension.
On peut donc supposer dans la face, par exemple, un plan de fibres de toutes directions nécessaires pour faire fonc: tionner les différents orifices.
Si certaines fibres sont groupées et suffisamment développées pour mériter le nom de muscle et avoir une autonomie, d'autres, plus faibles, plus disséminées et cependant voisines des précédentes, peuvent agir à un moment donné sans que ce soit uniquement tel muscle qui agisse, mais aussi telle partie intermédiaire, entre ce premier muscle et son Voisin.
D'autre part, la peau de la face étant très mobile, il faut que, dans certains cas, des muscles antagonistes immobilisent un point de la peau pour que d’autres muscles placés dans une direction opposée puissent agir par leur contraction.
On peut donc déduire de ce qui précède que dans le jeu de la physionomie un mouvement n’est produit que par la
“un. es
contraction d’un groupe de muscles, ou, pour parler plus exactement, d’un groupe de fibres musculaires.
Quelque nombreux que soient les muscles de la face, on ne conçoit pas cette variété de mouvements physionomiques que nous possédons, si l’on n'admet pas que les muscles agissent soit totalement, soit partiellement, soit en communauté.
La peau de la face présente un nombre variable de plis et de sillons dont quelques-uns existent dès le moment de la naissance ; d’autres, au contraire, et les plus nombreux, ne surviennent que plus tard.
Ces plis sont dus à ce que des muscles ont leurs insertions mobiles à la face profonde de la peau à ce niveau.
Les sillons permanents, comme le sillon naso-génien, le sillon périmentonnier, doivent de plus leur origine à ce que les fibres musculaires qui s’insèrent à la face profonde de la peau s’attachent directement sur les parties osseuses avoisinantes et se sont entrecroisées en différents sens au niveau du pli cutané.
Les plis qui surviennent dans l’âge adulte et qui restent permanents sont dus à la répétition fréquente de certains mouvements d'expression. Ils sont marqués plus ou moins lorsque le sujet est gras. Lorsque, au contraire, le sujet maigrit, ces plis deviennent des rides plus où moins profondes, par suite la physionomie habituelle de l'individu s’'accentue.
Certains traits du caractère correspondant à l'exercice des fonctions de ces muscles sont ainsi révélés. C’est sur ces faits que se base l’art ancien de la physiognomonie à laquelle Lavater a consacré dix volumineux in-quarto.
Les caractères rieurs ont de bonne heure la patte d’oie. La mélancolie habituelle se caractérise plus particulièrement par un abaissement des commissures labiales et par
des rides qui en partent, etc...
eye
C'est sur cette donnée que repose toute entière la science de la physionomie, telle que l'avait conçue Duchenne (de Boulogne), à la suite de ses recherches électro-physiologiques sur l’action des différents muscles de la face.
Parmi les rides du visage, les unes créées de bonne heure, fréquemment reformées, car elles dépendent de muscles fréquemment contractés, persistent. Telles sont les rides horizontales du front, les rides verticales inter-sourcilières et les rides de la patte d’oie dont nous venons de parler.
Les autres expriment des sentiments passagers, peu fréquents, et ne persistent pas, en général. Telles sont les rides qui sont formées par les muscles dont la contraction trahit les sentimerts de la fureur, de la tristesse, du mépris, de l’extase.
Ce sont celles-là qui, par leur permanence inaccoutumée, donnent à certains aliénés leur facies caractéristique.
Joignez à ces expressions de la physionomie, l'attitude correspondante, les gestes complémentaires, et vous obtiendrez un type complet traduisant un sentiment, une émotion.
L'aliéné, comme l'homme sain, est soumis aux grands principes fondamentaux de l'expression.
Il conserve les expressions par mouvements associés instinctifs habituels qui sont, comme le dit Darwin, souvent héréditaires, et diffèrent peu des actions réflexes.
D’autres mouvements aussi sont souvent très expressifs et dépendent de la volonté; mais quand la puissance intellectuelle est affaiblie, d’une façon temporaire ou permanente, les muscles volontaires font défaut avant les muscles involontaires.
Sir Ch. Bell, dans les Philosophical transactions (p. 132), le fait aussi remarquer : « Lorsqu'une affection du cerveau produit de la faiblesse, son influence se fait sentir davantage sur les muscles qui sont, à l’état normal, placés sous l'empire le plus immédiat de la volonté. »
RE: Le
Nous classerons les sentiments et, par suite, les expressions physionomiques, en quatre grands groupes :
I. Les sentiments attractifs ou de sympathie. II. Les sentiments répulsifs ou d’antipathie. III. Les sentiments de bonheur.