OBSERVATION XXIV
L'uberculose du sommet droit. Pneumectomie. Guérison. (Dr D. Lowson, Britich médical Journal, 1893.)
Dame de 34 ans, se plaignant depuis treize mois de fortes douleurs siégeant au sommet du poumon droit. Amaigrissement considérable, sueurs 'nocturnes abondantes, toux sèche sans hémoptysie. Pouls, 112 pulsations en moyenne, température vespérale fréquemment de deux à trois degrés plus élevée que la normale. Rétraction manifeste au-dessous de la clavicule droite, matité jusqu’au niveau du deuxième espace intercostal, voix transmise beaucoup plus forte.
Bons antécédents héréditaires. Jeune fille, elle était d’une constitution délicate et avait une glande suppurée sur le côté droit du cou.
Elle reste en observation du 21 août 1892 au 14 février 1893 : durant ce temps les symptômes s’accentuent de plus en plus.
Lowson, après l’avoir maintes fois examinée, en vient à cette conclusion, qu'autant qu'il était possible d’en juger par les symptômes, la maladie était restreinte au sommet droit.
Opération. 14 février 1893. AU cas où la respiration füt devenue difhcile, on avait ne provision d'oxygène et des batteries électriques prêtes à fonctionner.
On fit à travers le pectoral, une incision partant de la partie moyenne du sternum'pour aboutir en suivant la seconde côte
y dé.
au bord du pli axillaire antérieur. Partant de l'extrémité interne de la première incision on en fit une deuxième verticale de haut en bas de 2 centimètres de long sur la ligne médiane du sternum. La peau et le muscle furent réclinés de manière à découvrir la surface des deuxième et troisième côtes. Le sang jaillit d’un certain nombre de vaisseaux qui furent aussitôt ligaturés. Les muscles intercostaux et la plèvre furent détachés des deuxième et troisièmes côtes et celles-ci furent réséquées au niveau du cartilage costal, du côté interne.
Saisissant la plèvre avec une pince, on y introduit un trocart dont la canule est reliée par une tubulure à une bouteille de Junker et à un soufflet et on fit arriver, lentement, dans la cavité pleurale, de l’air qui avait barboté dans une solution chaude concentrée d’acide phénique. On put voir le poumon abandonner, en s’affaissant, la paroi thoracique, mais il n’en résulta ni dyspnée, ni cyanose. On ouvrit le feuillet interne de la plèvre et on vit le poumon complètement affaissé, mais il y avait sur la surface du lobe supérieur de vastes adhérences dont la destruction prit beaucoup de temps. La partie malade libérée occupant la face antérieure du sommet fut amenée au dehors. On arma d’un gros fil de soie double, préalablement stérilisé, un grand stylet cylindrique emmanché.
On traversa avec ce stylet le parenchyme pulmonaire à quelque distance au-dessous de la partie malade, on noua solidement les deux chefs de chaque fil et on réséqua la partie supérieure du poumon. La portion réséquée était grosse comme la moitié du poing et contenait une masse tuberculeuse dense, entourée de quelques granulations discrètes. On recouvrit le moignon de poudre d’iodoforme, on épongea la cavité et on abandonna à lui même le poumon ainsi mutilé.
On ferma lincision externe sans établir de drainage. La respiration ne fut nullement inquiétante pendant toute l’opération, si bien qu'oxygène et batteries furent inutiles. Le soir même, l’état de la malade était des plus satisfaisant. Pendant les trois jours qui suivirent, tout alla pour le mieux. Dans la nuit du quatrième jour il se produisit une pleurésie sèche
àgauche (côté sain) qui fit beaucoup souffrir la malade.
La deuxième alerte eut lieu à la fin de la deuxième semaine, quand la température commença à s'élever et à atteindre chaque nuit 38°7. On crut d’abord que cela était dû à une nouvelle poussée de tuberculose; la respiration devint plus fréquente (32 mouvements) et le pouls resta calme (88 à 96 pulsations). On trouva en arrière une léoère matité et comme une certaine quantité de sang noir était apparue vers le quatrième jour dans l’angle supérieur de la plaie, on en vint à cette conclusion qu'il y avait du sang dans la plaie et que c'était à ce fait qu'il fallait attribuer l'élévation de la température. On n'intervint pas, la malade se déclarait tout à fait bien.
Un mois après l'opération, il y eut une émission imprévue d'une grande quantité de pus brun, couleur chocolat, qui était sans aucun doute du sang altéré. Drainage de la plaie, aspiration du liquide qui restait et nouveæu pansement. La température redevintnormale, larespiration se ralentit. L’hémothorax se transforma en empyème mais la suppuration était insignifante et tarit beaucoup en l’espace de quelques jours.
Au mois de mai, bon état général, signes sthétoscopiques excellents et embonpoint de la malade. Lowson pense qu’il aurait mieux fait d'introduire un drain dans la plaie, pendant un jour ou deux, mais il craignait que le poumon gauche seul ne pût supporter si longtemps tout le travail de la respiration.