I. Les endogènes du Paludisme
Les pigments palustres
Nos connaissances sur les pigments du paludisme sont dues en partie aux travaux de Kelsch et Kiéner.
a) LES PIGMENTS OCGRES. — Ils ont une importance très grande dans la physiologie pathologique de la malaria, en raison de leur constance, de leur abondance, et de leurs propriétés irritantes à l'égard des tissus où ils se
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sont déposés. Ils ne séjournent pas dans les vaisseaux. On les rencontre, infiltrés dans les éléments propres des tissus, où ils subissent de nombreuses transformations physico-chimiques et déterminent des troubles trophiques. On les trouve, dans la rate, dans la moelle osseuse, le foie, le rein, le cerveau, les méninges, le péritoine, la muqueuse digestive, le pancréas, le cœur el les poumons. Ces produits colorés se présentent sous des formes très variables dans ces divers organes: granules fins, dont la couleur est surtout appréciable sous une certaine épaisseur, grosses granulations ocre ou rouille (foie, pancréas), blocs volumineux de couleur jaune d'or ou brun sombre, (rate, moelle, reins).
Insolubles dans l’eau ou dans l'alcool, ces corps résistent à l’action des acides forts et de la potasse. Il ne peut être question par conséquent de les considérer comme de simples fragments de globules rouges. Ils sont cependant fort probablement des dérivés assez proches de l’hémoglobine, car ils renferment du fer. Ce fer, non décelable par les réactifs dans les pigments de récente formation, devient apparent dans les produits de plus ancienne date. L’oxyde de fer est alors libre, ou entre dans une combinaison simple avec les produits organiques.
Il y à bien des chances pour que le pigment ocre soit d’origine sanguine, Deux hypothèses sont à examiner. Ces pigments sont-ils préformés à l'état solide dans le sang el éliminés comme tels ? Ou bien prennent-ils naissance dans les issus aux dépens de l'hémoglobine et de ses dérivés liquides extravasés (méthémoglobine). Etant
donné qu'ils sont déposés dans les tissus, et qu’on n’en
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trouve pour ainsi diré pas dans le sang, que leur caracère est variable avec chaque organe, il semble plus iogique de se ranger à la seconde hypothèse.
b) LE PIGMENT MÉLANIQUE. — La coloration noire que la malaria développe dans cerlains viscères est très anciennement connue ; la découverte du pigment mélanique proprement dit est due à Meckel (1847). A ce moment, on admit que ce corps se formait dans la rate, d’où il se répandait dans le sang. En 1874, Arnstein, de Kasan, montra que cette dernière théorie, dont Virchow et Frérich avaient été les partisans après Meckel, n'était pas suffisamment fondée. Dans ses recherches sur les cadavres, il fut amené à penser que le pigment existe d’abord dans le sang, où il apparaît pendant l'accès fébrile et est ensuite transporté par les leucocytes et emmagasiné dans les organes à circulation lente, les substances noirâtres furent considérées comme des parasites. Lanzi et Terrigi les rapprochent des corps granuleux des algues des marais.
Afanassiew voit des analogies entre les pigments palustres et certains microcoques chromogènes. Lavereau, puis Marchiafava et Celli ont renversé ces théories. Ces pigments sont liés à l’évolution de l’hématazoaire. Ils se rencontrent avec une remarquable constance dans toutes les formes de la malaria. Ils existent en quantité d'autant plus abondante qu'on à affaire à une forme plus grave.
Aucune maladie en dehors du Paludisme ne produit de la mélanemie même les états morbides dans lesquels la destruction des globules rouges et la formation de
matières colorantes produites à leurs dépens atteignent un haut degré.
Le pigment mélanique palustre se présente sous la forme de petits grains arrondis ou un peu irréguliers, avec des contours mousses, mesurant au plus 1 # de diamètre. Ces granules ont une couleur variant du brun ou du sépia au noir foncé. En faisant varier la distance focale, on aperçoit à un certain moment le centre plus clair que la périphérie. On trouve également des amas dont il est le plus souvent impossible de dissocier tous les granulés. Il semble qu’il existe dans certains cas une ponctuation très fine, dont les granules sont invisibles pris un à un.
Les acides concentrés ou bouillants sont sans action. Les alcalis au contraire, la potasse ou l’ammoniaque, l’attaquent.
Sa distribution dans l’économie du paludéen est très variée ; cellules en massue de la rate, sous forme de granules bruns et noirs, sang des vaisseaux spléniques, foie et surtout veine porte et veine sus hépatique, moelle osseuse, circulation générale, cerveau, pie mère, choroïde, ganglions lymphatiques.
Nous reviendrons plus loin sur l’origine de ce pigment.
IT. Les antigènes homologues
Les antigènes employés dans la réaction sont seulement des pigments palustres. On comprend en effet
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d’après l'aperçu qui précède, qu’il est impossible de se procurer en quantité suffisante les vrais endogènes. Nous allons étudier successivement l’antigène ferrique et l’antigène mélanique.
A) ANTIGÈNE FERRIQUE. — À, F, X. Fenry mit en présence les sérums paludéens et certaines substances médicamenteuses à base de fer (fer colloïdal, complexe du fer avec les lipoïdes, sels organiques de fer : peptonates, cacodylates, méthylarséniate, etc.) Avec certains de ces corps, l'auteur n'obtenait aucune floculation utilisable, avec d’autres, on voyait floculer tous les sérums, c'était une réaction d'ordre banal, purement physio-chimique.
Récemment Henry a obtenu de bons résultats avec le méthylarséniate de fer Bouty. L'albuminate de fer de la maison Poulenc, dont la composition se rapproche cependant assez de la constitution probable du pigment ocre, n'a donné aucun bon résultat. Il contient un excès d'elbumine (1/100) et reste en partie insoluble. Jusqu'à présent, le corps qui a donné les meilleurs résultats est le métharfer Bouty, spécialité toujours identique à ellemême. C’est le corps que nous avons employé dans nos réactions. Il est à regretter cependant que l’on n'ait pas d’antre antigène ferrique car l’arsenic qui entre dans sa composition semble inutile à la réaction. Il serait intéressant de perfectionner la technique de la réaction par la mise en pratique d’un antigène plus proche du pigment ocre.
Henry a fait de nombreuses recherches dans ce sens Nous avons même essayé, sans résultats bien satisfaisants, la suspension classique d'hydrate de fer colloïdal obtenu par hydrolye du chlorure ferrique,
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B) ANTIGÈNE MÉLANIQUE. — A.F.X. Henry utilise comme antigène mélanique un extrait de la choroïde de l'œil de bœuf.
Voici le mode de préparation qu’il préconise : «Pren- «dre des yeux de bœufs abattus du jour, les ouvrir, «enlever le cristallin, recueillir les liquides gélatineux «teintés de noir, racler la choroïde pour obtenir davan- «tage de mélanine. À ce magma gélatineux, ajouter peu «à peu deux fois son volume d’eau distillée en battant «énergiquement. Laisser reposer les particules lourdes «pendant 24 heures. Recueillir l'émulsion homogène ; « l’additionner de formol du commerce à 1/200. Conser- «ver cette suspension colloïdale à la glacière. Elle sera «utilisée après dilution pour la floculation et pour la « déviation du complément.
«Avant la dilution, la suspension doit être bien agi- « tée. Parfois des grains trop volumineux se sont formés, « qui en présence des divers serums, provoqueraient des «floculations non spécifiques. Il est bon de centrifuger « pendant 8 minutes à 4.000 tours et de filtrer sur coton « de verre. »
MM. Le Bourdellès et Liégeois ont préparé d'une façon légèrement différente l’antigène mélanique. Les choroïdes sont tout d’abord rigoureusement débarrassées du vitré par lavage à l’eau courante puis décortiquées à la pince el aux ciseaux fins. Elles sont ensuite broyées au mortier avec 2 ou 3 volumes d’eau distillée, il est utile d'ajouter un peu de sable fin. Après dépôt des particules lourdes, l'émulsion décantée est additionnée de formol (1/200) et conservée à la glacière pendant 10 à 12 jours. Dans ces conditions la suspension se clarifie puis
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se stabilise ; les parties supérieures, très Iégèrement louches, teintées fortement en brun par la mélanine, soulirées à la pipelte, constituent la dilution mère de l’antigène. Elle est diluée 3 fois pour les solutions A et A’ et 6 fois pour Ja dilution B. Dans ces conditions, on dispose de solutions antigéniques très constantes, claires, à grains très fins. La teinte noire de la dilution B est encore nettement appréciable par râpport à un témoin. Les colloïdes du vitré sont éliminés au maximum.
Cette méthode de préparation est toute provisoire. II y aurait en effet intérêt à disposer de solutions absolument pures de mélanines. Nous avons fait dans cet ordre d'idée quelques recherches avec l’aide de notre camarade Prœceptis. Nous avons employé comme procédé de purification de la mélanine choroïdienne celui qui est indiqué par Hugounencq. |
La poudre brunâtre ainsi obtenue représente évidemment un produit très purifié. Mais il est très difficile d'obtenir en partant de cette poudre une suspension stable et à grains réguliers. En pratique, nous avons continué provisoirement à utiliser l’antigène mélanique sous la forme ci-dessus décrite.