OBSERVATION VII
(Rousier, Journal de médecine de Lyon, 1931, n° 615.)
Il s’agit d’un homme de 48 ans, employé de banque, qui entre dans notre service, le 9 août 1930, pour affection pulmonaire.
Ses antécédents héréditaires et collatéraux sont sans intérêt.
Pendant son service militaire, à l’âge de 22 ans, il contracte la syphilis. I se fait régulièrement traiter par des injections mercurielles jusqu'à l’année 1922; depuis cette date, il n’a pas eu de nouveau traitement. -
D'autre part, depuis le chancre, il n'a jamais présenté d'accidents syphilitiques.
À 27 ans, il se marie, sa femme est bien porlante el n'a jamais eu d'enfants ni de fausses couches.
Il a été mobilisé pendant toute la guerre sans être jamais évacué.
En 1922, il présente des troubles digestifs, puis brusquement une crise douloureuse hépalique. Sous l'influence d'un régime sévère, tout rentre dans l’ordre.
Il y a un an, vers le milieu de 1929, il se met à tousser et se plaint d'un point de côté à droite. L'examen thoracique montre alors des signes de bronchite et, à la radioscopie, une masse sombre dans la région hilaire droite.
Un examen bactériologique des erachals reste négatif.
Le malade se repose el se soigne, el, cinq mois plus tard, un nouvel examen radioscopique montre une diminution de la masse sombre de la région hilaire droite.
Il y à deux mois, le malade se remet à tousser, maigril, présente
de la fièvre.
A l'entrée dans le service (9 août 1930), il s’agit d’un malade très amaigri (poids, 55 kilos), au facies ridé, d'aspect cachectique, qui tousse et crache beaucoup (expectoration muco-purulente banale). II dit avoir perdu 7 kilos depuis deux mois.
Il ne souffre pas de point de côté, mais se plaint de maux de tête localisés à la région frontale.
La courbe thermique se maintient aux environs de 38 degrés el ne dépasse guère 38°2.
Examen pulmonaire : Sonorité normale, respiration emphysémateuse avec quelques sibilances, pas de râles fins nulle part
Au cœur : rythme normal, pas de souffle; tension artérielle : NES EMMA
L'abdomen est un peu ballonné; le foie est un peu gros el douloureux à la palpation, pas de grosse rate.
Les réflexes rotuliens et achilléens sont faibles, mais non abolis; les pupilles sont nôrmales.
Examen radioscopique du thorax. — On découvre une lésion extrèmement importante occupant foute la région qjuxta-hilaire inférieure droite : c’est une zone opaque, vaguement arrondie, mais à contours assez irréguliers, n'atteignant pas la ligne axillaire, ni non plus la coupole diaphragmatique, dont la sépare une mince zone claire.
Son opacité n'est pas homogène, et on y voit notamment à la périphérie quelques parties plus opaques.
L'auscultation pulmonaire attentive ne montre rien d’anormal à la base droite, sauf peut-être une légère diminution du murmure vésiculaire, mais pas de râles, même après la toux.
L'examen des erachals (13 août) ne révèle pas de B. K. après homogénéisalion: une inoculation au cobaye est pratiquée (résultat reçu 1e 10 octobre : inoculalion négative).
La réaction de Wassermann est très positive.
On commence le traitement spécifique (une injection de novarsénobenzol à doses croissantes et deux injections de cyanure de mercure par semaine),
Le 9 septembre 1930 : Le malade à reçu trois injections de
novarsénobenzol et sept de cyanure de mercure,
RON fee
L'état général s'est considérablement amélioré : reprise de poids de 5 kilos; reprise de l'appétit, diminution de la toux et de l’'expectoration.
La courbe thermique, qui était auparavant subiébrile, se maintient au-dessous de 37 degrés.
À l’auseullation pulmonaire, on note seulement une diminution des murmures à la base droite et quelques sibilances.
10 septembre 1930 : Toujours pas de B. K. dans les crachats.
23 septembre 1930. On pratique l'épreuve du lipiodol.
Bien qu’au moment de l'injection intratrachéale Je malade ait été lortement penché du côté droit, on constate que la masse sombre juxtahilaire droite n'a pas été injectée; presque tout le lipiodol à pénétré dans l'appareil bronchique gauche.
Celte constatation semble indiquer que les bronches du côté droit sont peu perméables.
4 octobre 1930 : Le malade, qui a reçu six injections de novarsénobenzol : 0 g. 15, 0 g. 30, 0 g. 45, 0 g. 60, O.g. 75, 0 g. 90, et quinze de eyanure de mercure, quitte le service tout à fait transformé; il présente un aspect floride, a pris plus de 10 kilos (poids, 67 kilos). Ne tousse et ne crache absolument pas.
L'auscultaltion pulmonaire est négative.
Quant à l’image radioscopique de la région hilaire droite, elle persiste sans modifications importantes.
24 janvier 1931 : On revoit le malade, qui à été soumis pendant quelque temps à la médication iodurée : ! gramme de iodure de potassium par jour; cette médication a été mal tolérée et on a dû l'interrompre.
Le poids est de 72 kg. 500, la tension artérielle : Mx, 16; Mn, 9.
Aucun trouble fonctionnel.
A l’auscultation pulmonaire, quelques sibilances.
A la radioscopie, l’image opaque de la base droite à diminué d'intensité el paraît moins étendue que précédemment.
23 avril 1931 : Le malade à reçu une deuxième série d'injections
arsenicales et mercurielles à peu près semblables à la première.