‹ Contribution à l'étude de la tuberculose du premier âge (volume 2)Chapitre 1 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi les maladies de la première enfance, il en est peu dont l’étude soit aussi attrayante, aussi passionnante que celle de la tuberculose. Et cela d’autant plus qu’il n’y a pas là seulement un intérêt anatomo-pathologique et clinique, mais qu’on se trouve en présence du problème si complexe, si débattu de la transmissibilité, de l’hérédité de la tuberculose.

Dans le courant de l’année 1885, nous avons eu à la crèche de l’hôpital Tenon l’occasion d’observer et d’autopsier onze enfants tuberculeux, âgés de moins de deux ans.

Cette multiplicité de cas de tuberculose chez les

tout jeunes enfants nous a vivement frappé, étant donné surtout que la maladie qui nous occupe est réputée rare dans le premier âge. Aussi avonsnous cru intéressant de faire de la tuberculose de la première enfance; c’est-à-dire de la tuberculose des enfants âgés de moins de deux ans, le sujet de notre thèse.

Nous n’avons certes pas la prétention d’en faire une étude complète; il faudrait pour cela une quantité de matériaux beaucoup plus considérable que celle dont nous pouvions disposer; il faudrait de plus, non pas une, mais plusieurs années de patientes recherches; ce que nous avons voulu, c’est simplement signaler plusieurs particularités qui nous ont paru dignes d’intérêt.

Les deux points que nous nous efforcerons surtout de mettre en relief, sont : d’une part, la relation très intime qui existe, à notre avis, entre la tuberculose et certaines broncho-pneumonies dites simples et simples en apparence^ — d’autre part, la question capitale de l'hérédité.

L'idée première de ce travail nous a été suggérée par M. L. Landouzy. Que le cher maître,

auquel nous devons tant au point de vue de notre éducation médicale, reçoive ici l’expression de notre reconnaissance sincère et de notre respectueuse affection.

C’est aussi un tribut de profonde reconnaissance que nous adressons à la mémoire de M. Lasègue qui fut notre premier maître dans les hôpitaux et dont le souvenir nous est et nous restera toujours si cher.

Que notre maître vénéré et affectionné M. le professeur Hardy, que nos excellents maîtres M. le professeur Proust, MM. Tillaux, Nicaise, Blachez, Guibout, que MM. Hanot, Déjerine et Porak veuillent agréer également l’expression de toute notre gratitude pour les leçons, les conseils et le bienveillant accueil que nous avons trouvés auprès d’eux.

M. le professeur Grancher nous a fait l’honneur d’accepter la présidence de notre thèse : nous l’en remercions bien vivement, comme de l’intérêt qu’il nous a témoigné au cours de nos études et des précieuses connaissances que nous avons puisées à son enseignement.

Enfin, nous remercions très cordialement no-

tre collègue Schachmann qui nous a été d’un grand secours pour les recherches que nous avons eu à faire dans la hibliographie allemande ; comme aussi le peintre distingué auquel nous devons les deux planches qui accompagnent ce travail et dont la modestie égale le talent.

La tubei'culose, s’il en faut croire les auteurs qui se sont occupés de pædiatrie, serait rare au-dessous de deux ans, particulièrement rare au-dessous de un an. Ce sont les conclusions de Papavoine', de Rilliet et Barthez et de beancoup d’autres. M. Hervieux, qui s’est tout spécialement intéressé à cette question, donne la proportion suivante :

Sur 996 autopsies d’enfants, il ne trouve que 18 tuberculeux âgés de moins de deux ans et 10 seulement âgés de moins de un an. Ces cas se répartissent de la façon suivante :

De la naissance à 15 jours.2

De 15 jours. . . à 4 mois.0

De 4 mois ... à 1 an.8

De 1 an.à 2 ans.8

Dans une toute récente statistique, ’W. Frobelius (l) réunit tous les cas de tuberculose observés chez les en-

(1) Jahrbuch. fûr Kinderheilkunde, t. XXIV, p. 47, 1886.

fants à la mamelle, à l’hêpital d’enfants de Saint-Pétersbourg, pendant une période de dix ans, de 1874 à

Pendant ces dix années il a été admis à l’hôpital ;

1 Malades .... 63 683

91 370 enfants, ) Morts.. 18 369

dont : 1 Autopsiés. . . . 16 381, parmi lesquels.

( Tuberculeux . . 416.

Donc pendant ces dix ans le nombre d’enfants démontrés tuberculeux par l’autopsie représente ;

0,4 p. 100 du nombre total des enfants admis.

0,6 p. 100 — — malades,

0,2 p. 100 — — morts.

2,3 p. 100 — — morts et autopsiés.

Demme a trouvé sur 36148 enfants malades 193*2 — soit 3,3 p. 100 de tuberculeux.

Biedert sur un relevé de 1308 cas de tuberculose chez l’enfant trouve une proportion de 6,8 p. 100 pour les enfants de 0 à 1 an.

Il semble résulter de tous ces chiffres que le nombre des enfants tuberculeux pendant les deux premières années de la vie est en réalité fort restreint.

En présence de ces longues statistiques, nous paraîtrons peut-être bien téméraire en émettant un avis diamétralement opposé et en déclarant que nous croyons au contraire la tuberculose du premier âge beaucoup plus fréquente qu’on ne,le dit. , , .

La statistique sur laquelle nous nous appuyons est certes bien mince en comparaison de celle que nous venons de mentionner, toutefois nous n’hésiteronspas à dire les choses telles que nous les avons vues et telles que nous les croyons.

Or, durant le cours de la seule année 1888, nous avons pu observer à la crèche de l’hôpital Tenon (laquelle compte 26 lits de mères et 26 berceaux) onze cas de tuberculose chez des enfants dont le plus âgé avait 23 mois et le plus jeune 3 mois.

Le nombre des admissions a été de 339.

Le — de décès d’enfants a été de 61.

Le — d’autopsies a été de 38.

Le — d’enfants autopsiés et trouvés tubercu¬

leux, 11.

Ce qui donne pour la tuberculose une proportion de plus de 1/8 par rapport à tous les décès, et une proportion de plus de 1/3 par rapport aux autopsies.

Ces cas de tuberculose infantile se sont répartis au point de vue de l’âge, du sexe, etc., comme il est indiqué au tableau d’ensemble où nous avons résumé toutes nos observations. (Voir pages 32, 33.)

Nous insistons sur ce faitque parmi ces 11 cas il en est 8 où nos petits malades avaient moins à’un an (3, 4, 6, 7,10 mois).

Et certes le nombre de ces tuberculeux de la première enfance serait beaucoup plus considérable si nous ne nous étions astreint à ne rapporter que les cas où le contrôle anatomique a pu être pratiqué et a permis d’établir rigoureusement et par l’examen macroscopique et par la technique bactériologique l’existence de la tuberculose.

Donc des faits qu’il nous a été donné d’observer et que nous avons minutieusement suivis, nous croyons pouvoir légitimement conclure à la fréquence plus grande qu'on ne le dit de la tuberculose de la première enfance.

Statistique de Tenon l'année 1885.

de la du

premier âge.

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