OBSERVATION I
(PERSONNELLE
Rougeole. — Bronchite. — Tuberculose pulmonaire à forme de broncho-pneumonie.
Mar...(Lucie), âgée de vingt-deux mois, entrée le 8 mai 1885, à l'hôpital Tenon (service de M. Landouzy, salle Valleix, n°16).
Antécédents héréditaires.
Père bien portant, robuste, ne toussant pas, n'ayant jamais toussé,
Mère également d'une bonne santé, ne toussant pas et ne présentant à l’examen le plus minutieux aucun signe de lésion pulmonaire. Elle a eu six enfants, tous du même père.
1° Garçon, né en 1873, mort à 5 mois « d’un chaud et froid » après quinze jours de maladie.
2° Fille, née en 1874, morte à 19 mois d’une « bronchite avec fluxion de poitrine » après trois semaines de maladie;
3° Garçon, né en 1875, mort au bout de douze jours, de dysenterie ;
4° Garçon, né en 1878, vivant, bien portant ;
5° Garçon, né en 1880, vivant, bien portant ;
6° Notre petite malade.
La mère travaillait dans un atelier en qualité de brunisseuse et parmi ses camarades d'atelier il en était deux qui chétives et amaigries toussaient, crachaient du sang et sont dans la suite entrées à l'hôpital « comme poitrinaires ».
La petite Lucie restait dans cet atelier deux heures le matin et une heure le soir, laissée en garde le reste de la journée dans une crèche du voisinage.
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Les choses en étaient là et l’enfant venait très belle, très robuste, n'ayant jamais eu la moindre indisposition, lorsque le 17 février elle prend la rougeole. Sa mère alors, pour mieux la soigner, la garde avec elle toute la journée, dans l'atelier. La rougeole évolue normalement; mais la maladie terminée, la touxsurvenue au cours de la rougeole persiste. Quinze jours,
un mois se passent : la toux augmente ; l'enfant va mal, mai-.
grit, perd ses forces; elle a des sueurs abondantes. L'état va s'aggravant de jour en jour si bien que la mère se décide à - entrer avec son enfant à la crèche de l'hôpital Tenon, le 18 mai.
État actuel.
Enfant pâle, très amaigrie, les yeux cernés et excavés. Pas de diarrhée, pas de vomissements ni de convulsions. Toux pénible, fréquente, quinteuse. Dyspnée intense, respiration plaintive. Température rectale, 38°,5 (1).
{ submatité, gros râles \ en arrière À l’examen see \ sous-crépitants, dans le du M | souffle expiratoire aigre, tiers thorax retentissement du cri. supérieur.
on trouve : | à gauche : simplement quelques petits râles fins en
arrière, au sommet.
Diagnostic. — Tuberculose à forme de broncho-pneumonie.
Traitement. — Ouate sur la poitrine, bottes d'ouate, badigeonnages de teinture d'iode.
Potion avec :
Hydrolatedo ülleul Ie RUES A ri Otsrammes, Hydrolat de laurier-cerise. . . . . . . 4 — HAUTE MNT AN CORNELENMERRS AIT 0) —
L'état de la petite malade va empirant dans les jours qui
(1) Disons, pour n'avoir plus à yrevenir, que toutes les températures dont on trouvera le tracé après chaque observation sont destempératures rectales.
à Li.
tape
suivent : la température rectale monte à 40°, 40°,5. L’amaigrissement est extrême; sueurs profuses. Toux de plus en plus fréquente. Pas de diarrhée, pas de convulsions.
Localement, les râles deviennent plus nombreux du côté gauche, et le 17 mai, on trouve de ce côté en arrière et en haut de la submatité et un léger souffle expiratoire. A droite, les signes restent les mêmes.
L'enfant meurt dans la nuit du 25 mai.
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Autopsie.
(Faite le 27 mai.)
A l'ouverture du thorax, pas de liquide dans les plèvres. Nombreuses adhérences du côté droit.
Poumons. — Les deux lobes supérieurs du poumon droit et le sommet gauche ne se laissent pas insuffler.
Poumon droit. — Recouvert de fausses membranes assez adhérentes. A l'inspection, on constate dans son lobe supérieur une série de petits mamelons jaunâtres. A la pression, tout le lobe paraît induré et les points jaunâtres donnent la sensation de petites nodosités.
Sur une coupe, tout le sommet apparaît criblé de noyaux caséeux ayant à peu près le volume d’un pois. Le tissu pulmonaire se laisse pénétrer par le doigt. Projeté dans l’eau, il gagne le fond.
Dans le lobe inférieur, semis de granulations miliaires au milieu d’un tissu congestionné. Au niveau du hile du poumon droit, un gros ganglion caséeux.
Poumon gauche. — Pas d’adhérences pleurales. Induration du lobe supérieur avec quelques nodosilés d'aspect blanchâtre.
Sur une coupe, tout ce lobe n’est qu’un bloc de bronchopneumonie au milieu duquel on aperçoit cinq ou six nodules et çà et là quelques granulations miliaires. Le lobe inférieur caséeux présente simplement une congestion très intense.
Cœur. — Rien.
Rien dans la cavité abdominale.
Foie graisseux, pesant 510 grammes. Pas de tubercules.
Reins normaux.
Rate pesant 50 grammes et présentant une petite plaque de périsplénite.
Pas de ganglions mésentériques.
Rien à noter du côté de l'intestin, si ce n’est une légère congestion des plaques de Peyer.
Cerveau et pie-mère absolument sains.
L'examen par la méthode d'Ebrlich des noyaux caséeux du poumon droit et du poumon gauche y décèle un nombre considérable de très beaux bacilles.