‹ Contribution à l'étude de la Typhose SyphilitiqueChapitre 30 sur 37 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Jusqu'à présent le traitement de la typhose syphilitique n’a jamais été fait suivant les données actuelles de la thérapeutique. Depuis la découverte sensationnelle d'Ehrlich la thérapeutique de la syphilis est entrée dans une ère nouvelle.

Nous avons vu au cours de .ces dernières années que si on n'avait pu obtenir la éhérapia sterilisans magna espérée par le savant allemand et ses élèves on devait toutefois tenir compte des résultats souvent inattendus qu'offre le dioxydiamido arseno-benzol dans le traitetement de la syphilis.

L'emploi de ce sel permet un traitement d'attaque qui n’est pas sans importance vis-à-vis de l'évolution et qui nous donnera une base solide pour constituer un traitement de fond par les différents composés mercuriels que nous avons à notre disposition.

Notre thérapeutique sera donc dominée par l'emploi

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du salvarsan, associé au mercure soit dès le début, soit ultérieurement.

Nous avons vu au cours de ce bref exposé qu'il fallait, à notre avis, considérer la typhose syphilitique comme une véritable septicémie à tréponèmes. Nous avons vu aussi quelle marque imprimait cette infection au niveau d'organes essentiels tels que la rate et le foie, et aussi au point de vue de l'avenir sur les méninges et l'axe cérébro-spinal.

Aussi dans notre thérapeutique il n’y a pas à tergiverser un seul instant: il faut frapper vite et fort ; ce sera seulement par un traitement intensif que nous pourrons obtenir la résolution des phénomènes morbides qui accompagnent la typhose syphilitique. La chute de température est fonction précise de ce traitement : les courbes que nous avons produites dans nos observations en sont une preuve bien convaincante ; d'autre part nous ne pouvons obtenir la disparition de l'adynamie, si pénible pour le malade, si inquiétante parfois pour l'entourage, que par ce traitement rapide etintensif.

Mais dans un tel traitement la prudence se recommande. Il ne faudrait pas croire que l’on puisse injecter impunément des doses massives sous le prétexte de gagner du temps et de se rapprocher le plus possible de l'idéal de la stérilisation. Nous nous exposerions par un tel procédé aux accidents déroutants de la réaction d'Herxheimer. Voici ce que l’on entend généralement sous ce nom : Un malade subit en pleine roséole une injection forte de salvarsan, par exemple 0 gr. 30 de salvarsan (ou 0 gr. 45 de néosàalvarsan) : quelques

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heures après l'injection la température, demeurée normale ou faiblement élevée jusque là, monte brusquement, le pouls s'accélère, le malade présente des frissons, des maux de tête violents, puis des accidents cutanés se manifestent: la roséole qui jusque-là avait conservé son caractère typique s’exagère, elle devient

papuleuse, les éléments deviennent confluents, souvent

l'éruption prend le type de l’érythème scarlatiniforme ; puis, après un temps plus ou moins long, suivant l’intensité même de laréaction, cesphénomèness’atténuent, la température tombe, les accidents cutanés diminuent peu à peu et finissent par disparaître. Bien heureux encore quand ces accidents n’ont pas pris un caractère plus alarmant, lorsque le malade n’a pas présenté de réaction méningée vive avec photophobie, raideur de la nuque, signe de Kernig, le tout accompagné de nausées et de vomissements bilieux incoercibles. Disons pour terminer que, dans quelques cas heureusement rares, On à vu les malades rester plusieurs heures dans un collapsus alarmant et l’on a pu même quelquefois assister à un dénouement fatal.

L'interprétation de la réaction d’Herxheimer est évidemment délicate. On a prétendu qu’elle était due à une sensibilité spéciale vis-à-vis du dioxydiamidoarsénobenzol ; on a voulu rendre surtout la quantité de sérum artificiel injecté (lorsque au début on se servait du salvarsan) responsable de tout le mal. Mais maintenant avec la technique, préconisée par Ravault, des injections concentrées de néo-salvarsan, une telle hypothèse n’est plus soutenable.

Il ne semble pas que ce soit la toxicité du sel d'Ehrlich

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que l’on doive accuser en telle occurrence puisque la l'injection produit ces phénomènes. On tend actuellement, sans que nous voulions discuter ou prendre parti pour une opinion, à incriminer un processus biologique assez naturel, celui des décharges endotoxiniques venues des tréponèmes circulant dans le sang et brusquement détruits par le salvarsan. Aussi vaudra-t-il mieux n’employer au début que des doses faibles de 606 ou de 914, ou encore faire, pendant quelques jours avant les injections arsenicales, les injections de sels mercuriels afin de préparer, si l’on peut s'exprimer ainsi, le malade à recevoir les doses normales de 606. Ceci nous amène donc à conduire notre traitement de la façon suivante.

. Dès les premiers instants où le diagnostic a été posé d'une façon indubitable nous conseillons deux méthodes, analogues du reste en leur principe.

1" Ou bien injecter consécutivement pendant trois jours un sel mercuriel soluble tel que le biiodure ou le benzoate moins douloureux et souvent mieux toléré, et ensuite, lorsque le malade aura été ainsi préparé, injecter une dose assez faible, 0 gr. 30 de néo-salvarsan par exemple, et alors, si cette dose a bien été tolérée, continuer ultérieurement 5 à 6 jours après, le traitement habituel par le néo-salvarsan avec ses doses rapidement croissantes. Nous conseillons toutefois, entre les injections de sel arsenical, de ne pas abandonner le traitement mercuriel et d'injecter 0 gr. 01 ou même 0 gr. 02 de biiodure.

2° Ou bien commencer d'emblée par le néo-salvarsan, mais alors par des doses excessivement faibles, 0 gr. 10

ou même 0 gr. 05, répéter quelques jours après une dose de 0 gr. 20, puis 0 gr. 30, et enfin passer progressivement aux doses élevées : pour se résumer, tâter consciencieusement la susceptibilité du malade.

Ceci fait, lorsque nous aurons obtenu la régression totale de tous les symptômes par le traitement arsenical auquel, suivant notre habitude, nous aurons adjoint le traitement mercuriel, nous ferons alors à notre malade un traitement mercuriel de fond suivant les indications en honneur depuis A. Fournier, alternant l'emploi du biiodure et l'emploi de l'huile grise, quitte à revenir au besoin, si apparaissaient quelques troubles locaux ou généraux, au traitement salvarsanisé.

= Voici pour le traitement spécifique, reste un traitement général. Notre tâche à ce sujet est singulièrement simplifiée. Déjà l’arsenic est un reconstituant excellent; il peut être un adjuvant précieux dans la lutte contre l'anémie, résultat de l'infection syphilitique. D'autre part l'emploi du sirop d’hémoglobine, du peptonate de fer trouvera aussi ses indications. Enfin disons que jusqu’à la disparition des accidents locaux et généraux nous continuerons le traitement institué chaque fois dès le début avant le diagnostic: c'est-à-dire la diète hydrique ou lactée. Il faut en effet être assez sévère sur le régime alimentaire des malades, il faut empêcher toute alimentation solide qui ne pourrait qu’entretenir ou exciter les troubles gastro-intestinaux.

On ne sait pas, à l’heure actuelle, si dans tous les cas de typhose syphylitique, il n’y a pas d’ulcérations analogues à celles qu'ont signalées MM. Hayem et Tessier. Dans tous les cas il faut être prudent et, pour prévenir

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