‹ Contribution à l'étude de la vulgarisation du sublimé et de ses dangersChapitre 21 sur 28 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

(MM. Gilbert et Herscher.)

Des lésions intestinales causées par l'élimination des poisons,

à propos d'un cas d'intoxication par le sublimé corrosif

Nous avons l'honneur de présenter à Ja Société l'estomac, intestin grêle et le gros intestin d’une femme ayant succombé à la suite de l’ingestion de 30 grammes de bichlorure de mercure délayés dans un quart de verre d’eau et dont une partie seulement fut absorbée, le reste ayant été évacué par de vomissements.

La mort survint sept jours après la prise du poison, durant lesquels l’anurie fut totale ou presque, et à l’autopsie, nous avons pu constater, outre des altérations de divers organes, du rein tout particulièrement, les lésions suivantes du tube digestif :

La cavité buccale, le pharynx et l’æsophage sont le siège d'une congestion diffuse assez intense sur laquelle tranchait, de place en place, des ulcérations assez superficielles, à bords peu

| nets et dont le fond présente une coloration rouge plus foncée

que celle du reste de la muqueuse.

L'estomac renfermant quelques grammes d'un liquide sanglant est congestionné sur toute sa surface, et, par transparence, on aperçoit une vascularisation très intense, notamment au niveau de sa face postérieure ; mais, de plus, fait assez particuiler, sur le trajet de la petite courbure se voient quelques ulcérations allongées et peu profondes, occupant le voisinage de l'orifice cardiaque et diminuant de nombre et de dimensions à mesure qu’on se rapproche du pylore; comme si le sublimé délayé dans l’eau avait passé rapidement. dans le duodénum grâce à la contraction des fibres de la cravate de Suisse, etqu'en laison de la non-dissolution du sublimé dans une si faible quanlité d’eau, des particules de ce sel fussent restées en contact avec la muqueuse de la petite courbure et l’eussent ulcérée.

Le duodénum est lui aussi congestionné, mais les ulcérations de cet organe sont très rares et, brusquement, an niveau de l'angle duodéno-jéjunal, les lésions cessent et l’intestin grêle revêt son aspect normal presque jusqu’à sa terminaison.

À rs m. 5o de la valvule de Bauhin, la congestion se reproduit et quelques petites ulcérations se manifestent, mais c'est au niveau du gros intestin que ces lésions atteignent leur maximum ; toute la surface de cet organe est extrèmement vascularisée, des ecchymoses, de longues et profondes ulcérations sont disséminées sur toute l'étendue de la muqueuse colorectale.

Les lésions que nous vous montrons siègent donc au commencement et surtout à la fin du tube gastro-intestinal, la partie moyenne de cel organe restant seule indemne.

C'est que le sublimé, après avoir lésé la cavité buccale, le pharynx et l’œsophage, est parvenu dans l’estomac et l’a ulcéré au niveau de sa petite courbure; puis, dans le duodénum,

l'absorption s’est faite ou” s'est achevée, le mercure a cessé

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d'exister dans les parties sous-jacentes du tube digestif, il a pénétré dans l'organisme dont il a lésé divers organes (foie, cœur, nerfs), enfin l'élimination s’est faite en partie tout au moins au niveau de la portion terminale de l'intestin ; le mer-

cure a reparu et les altérations se sont manifestées à nouveau.

OBSERVATION XXII (Inédite)

(Prise dans le service du professeur Gilbert, dont l'interne était M. Baudoin.)

Entre le 9 janvier 1908, salle Gubler, lit n° 17 une jeune femme X... âgée de seize ans.

Elle avait absorbé 1 gramme de sublimé dans la nuit précédente du mercredi au jeudi. Ce sublimé était en poudre, elle le mit dans la valeur d'un demi-verre d’eau, remua le tout et l'avala. Elle en laissa un peu au fond du verre.

Immédiatement après l'absorption elle vomit une partie du liquide mélangé à des débris Alimentaires. Un médecin appelé Jui fit avaler deux litres d’eau albumineuse,

Premier jour, jeudi matin. — On l'amène à l’hôpital.

Dans la matinée, les vomissements continuèrent, devinrent: même sanglants. Elle eut, en outre, des selles abondantes et rendit une grande quantité de sang avec ses selles.

Elle se plaignait en outre d’une céphalée intense. Mais la bouche, le pharynx, l’œsophage et l'estomac étaient surtout le siège d'une douleur continue, que les liquides déglutis, lait ou salives, exagéraient encore. La déglutition était de ce fait ren-

due presque impossible.

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Le ventre était douloureux dans toute son étendue, La douleur était sourde, continue, sans paroxysmes.

À l'inspection. — La jeune fille est d'aspect robuste ; le visage calme, les joues roses, le teint clair. Elle tenait les yeux fermés et semblait reposer. Elle ne dormait cependant pas et répondait clairement aux questions posées.

La peau du corps était normale, les seins développés et les mamelons très pigmentés avaient une couronne pigmentaire large et de teinte très foncée.

Sur la face, au menton et à la joue droite taches érythémateuses à bords peu nets, d’un diamètre sensiblement égal à celui d'une lentille, ces taches étaient séparées les unes des autres par de la peau saine.

Appareil digestif. — Langue rouge, humide.

La gorge, le voile du palais, les piliers, la luette présentaient une teinte rouge sur toute leur surface.

Estomac douloureux à la pression profonde, le foie et la rate n'étaient pas augmentés de volume, le foie n’était pas douloureux.

Appareil pulmonaire. — Rien, si ce n’estune laryngite qui ne permettait pas de parler à haute voix.

Appareil urinaire. — Dès le premier jour anurie complète, la malade sondée ne rendit pas une goutte d’urine.

Cœur. — Pouls un peu rapide, régulier, bien frappé.

Bruits du cœur normaux.

Deuxième Jour, vendredi. — Mèmes symptômes que ceux de la veille ; même état général.

Vomissements assez rares, moins sanglants ; la dysphagie a cédé en partie. La molade peut boire mais la déglutition reste douloureuse.

Les selles sont moins abondantes, beaucoup moins san-

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glantes mais toujours cependant l’on pouvait retrouver des petits filets sanglants. Les selles sont liquides.

L’expectoration est très abondante.

Quatrième jour, dimanche, — Selles moins abondantes.

Toujours pas d'urine.

La malade ne dort pas la nuit, elle souffre du ventre et de tout le tube digestif supérieur,

Elle boit un peu de bière.

Sixième et septième jour, mardi et mercredi. — Même état général.

Elle semble assez bien.

Les selles présentent toujours les mêmes caractères.

Elle eut des épistaxis assez abondantes.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la malade urine spontanément 30 centimètres cubes d’un liquide, très louche, de réaction franchement acide, de teinte gris sale. Le liquide ne renferme pas d’albumine.

Huitième jour, jeudi. — Même état général, mais la malade qui dort bien la nuit, a tendance d’une façon continue au som-

meil, Dans la matinée on la sonde et l’on retire environ 50 grammes

de liquide.

La teinte est toujours louche ; l'examen clinique y montre la présence d’une très petite quantité d’albumine.

Au même moment se produit un large sphacèle d’une grande partie de la paroi de la bouche, du voile du palais, du pharynx.

Tendance au sommeil très nfarquée qui va en augmentant progressivement jusqu au coma.

Nuit de vendredi à samedi. — Fausse couche,

Samedi à 3 heures, mort,

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