‹ Contribution à l'étude des Abcès amibiens du FoieChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le traitement des abcès du foie par la réunion “per prinum ” |

Nous ne voulons pas parler, dans cette courte étude, des procédés variés qu'a le chirurgien pour intervenir dans les abcès du foie; nous ne dirons seulement qu’une chose, c’est que l’évacuation complète de la collection purulente par un procédé quelconque, l'ouverture de l’abcès est absolument nécessaire, cela en vertu même d’un des plus vieux préceptes chirurgicaux toujours vrai quel que soit le siège d’une suppuration collectée : « ubi pus, ibi evacua ». On faisait, jusqu'en 1918, l’incision de l’abcès par des voies d'accès appropriées à son siège “en prenant certaines précautions pour ne pas inoculer la plèvre ou le péritoine, le nettoyage ou le curettage de ses parois et enfin son drainage; par suite, un abcès du foie cicatrisait toujours par seconde intention. La découverte de l’'émétine, par Rogers, en 1912, est venue modi-

fier temporairement les idées classiques sur le traitement des abcès du foie et, en 1913, on prétendait que: les injections d'émétine et des ponctions évacuatrices simples pouvaient suffire à amener la guérison d'un . abcès du foie dysentérique; mais, tout en reconnaissant l’action adjuvante de l'émétine, action très importante évidemment, spécifique quant à l'infection amibienne pure, ce qui est rarement le cas dans l’hépatite suppurée, on vit bientôt que ce traitement était insuffisant. Et on revint au traitement chirurgical en l’associant à l'émétine, car étant donné l’action spécifique de l’émé-, tine sur l’amibe et sachant que le transport de l’amibe dans le foie est le fait initial dans la formation de l’abcès dysentérique, de même qu’un curettage dans une ostéomyélite syphilitique est insuffisant à amener seul la guérison, et qu’il est nécessaire de recourir au traitement spécifique de la syphilis, de même, dans l'hépatite sup: purée, il faut recourir au traitement spécifique de l'amibiase, c’est-à-dire à l’émétine.

D'autre part, en mars 1918, M. Cotte ayant l’occasion d'intervenir pour un abcès du foie, tenta la réunion « per primum », et nous croyons qu'il fut le premier à le faire; un peu plus tard, en février 1919, M. Murard obtenait le même succès.

Pôur bien s'expliquer en quoi et comment les idées modernes ont pu modifier le traitement de l'hépatite suppurée, il faut se reporter à l'anatomie pathologique de cette lésion:

4° La lésion type de l'hépatite suppurée est le nodule

nécrosique, mort locale des cellules hépatiques, petit foyer blanchâtre, sec, dans lequel il n'y a pas de pus,

Pare

mais simplement des cellules hépatiques mortes et des amibes et rien que des amibes. Le foyer d’hépatolyse s'agrandit par érosion excentrique formant une sorte de caverne sans enveloppe propre. S'il n'y a pas d'infection secondaire et si le foyer est peu étendu, du tissu fibreux se développe alentour; les parois de ce kyste se froncent, se rapprochent, effacent la caverne et il y a véritablement une cicatrisation complète de la lésion; ce sont ces cicatrices étoilées, ces dépressions stellaires que l’on voit très souvent dans les autopsies de dysentériques.

D’autres fois, lorsque le foyer de nécrose est plus étendu, son centre se ramollit comme une gomme syphilitique et une paroi fibreuse isole le foyer du reste de la glande à la façon d’une poche kystique.

2° Si des bactéries pathogènes ont pénétré dans le foie en symbiose avec les amibes, il y a évolution phlegmoneuse et ulcérative précoce; les leucocytes se précipitent autour du nodule et pénètrent en son centre nécrosé, du pus se forme très rapidement.

Au point de vue de la microbiologie des abcès du foie, les dernières recherches de Dopter et Kartulis ont montré qu'on pouvait diviser les abcès du foie en deux groupes :

1° Les abcès dits «stériles », où il n'y a pas de bactéries dans le pus, mais uniquement un parasite constant, que l'on trouve le plus souvent dans les parois de l'abcès. Il n’y a qu'une exception, c'est dans les très vieux abcès, où il y a eu une sorte d’auto-stérilisation, bactéries et amibes ont disparu.

20 La deuxième classe comprend tous les cas, et ce sont les plus communs, où, en même temps que le para-

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site, se trouvent des microbes variés, de grande ou de faible septicité.

De ce qui précède, théoriquement, nous sommes en droit d'attendre presque à coup sûr la cicatrisation par : première intention dans les abcès complètement stériles,. mais ce sont des cas qui se présentent rarement au chi-rurgien puisque ce sont de vieux abcès. L'idée de la réunion «per primum » n'aurait donc eu, pratiquement, qu'une intérêt limité, car malgré le nettoyage dé la poche: ou le curettage, on ne peut espérer enlever tous ‘es ami-bes de la lésion; c’est alors que l’on a tiré parti de l’action. amæbicide de l’émétine. C’est ce que firent MM. Cotte et Murard, dont voici les observations:

OBSERVATION VI (De M. COTTE)

Li van-C..., Annamite n° 41. Auto T. N. TP. 135, classe 1916...

Rentré à l'Hôpital Temporaire 17 le 14 mars 1918, venant de l'Hôpital Temporaire 8 avec le diagnostic de gros foie douloureux à traiter chirurgicalement.

A un séjour en Orient de 18 mois; malade depuis 12 jours seulement. En 1916, à Saïgon, a eu des douleurs dans le ventre: : avec diarrhée (dysenterie ?) À ce moment, il a été soigné par un médecin français; on ne. lui a pas fait de piqûres d'émétine, |

Depuis son arrivée en Orient, n’a jamais eu ni paludisme, ni diarrhée. L'affection actuelle a débuté il y a 12 jours par des douleurs dans le côté droit et de la température. Pas de dou-leurs à l'épaule. Appétit conservé.

Pas de signes pulmonaires.

A l’examen, l’abcès fait saillie sous le rebord des fausses-côtes droites. : arr

Le 14 mars, incision à l’anesthésie locale de l’abcès. Après

nettoyage complet avec des compresses de gaze sèche et lavage à l’éther, on ferme complètement la poche dans laquelle on re laisse qu'un cerin. Dès le soir même, on soumet le malade à l’émétine (8 et 12 centigr. par jour pendant 8 jours). La fièvre tombe rapidement, Réunion par première intention; guérison complète.

Le 13 avril, une méningite tuberculeuse l'emporte en 48 heures. À l’autopsie l’abcès est guéri; la cavité n'existe plus, il y a simplement du tissu de cicatrice en voie de formation; mais au centre du foie on découvre un autre petit abcès du volume d’une noisette,

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