‹ Contribution à l'étude des abcès du pénisChapitre 10 sur 36 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

(Gazetie hebdomadaire de Médecine et Chirurgie, 1862.)

Lacneau fils.

X..., 35 ans, guéri de chaudepisse antérieure, voit, le 30 décembre 1856, trois jours après un coït, apparaitre un écoulement uréthral non douloureux. Il prenait des capsules de copahu quand, le 20 janvier 1857, il reconnut sur le côté droit du frein, au filet du prépuce, une très petite tumeur. Le 24, il - vient me consulter : écoulement peu abondant, blanc, épais ; l'émission de l’urine n’était nullement douloureuse ; la tumeur était grosse comme une petite noisette, à peu près sphérique, dure, résistante, assez mobile sous le tégument, qui était rouge sans être épaissi. Le 26, la tumeur s’ouvrit et laissa s’écouler un peu de pus par un petit orifice blanchätre voisin du filet. Le 31, la tumeur, quoique dure, était de moindre volume. L’écoulement uréthral blanc avait plutôt augmenté. Je prescrivis alors, trois fois par jour, des doses progressives de capsules de copahu, de sirop de ratanhia. La guérison survint peu après.

Il: OBSERVATION

(Du même.)

X...,25 ans, écoulement uréthral. Bientôt, surle côté droit du frein, se montra une petite tumeur du volume d’une grosse lentille. La tumeur fut ouverte : quelques gouttes de pus s’en écoulèrent. Du côté gauche du frein, une nouvelle tumeur se manifesta ; par suite de son accroissement, le frein distendu devint le siège de douleurs assez vives, surtout lors des érections. Cette seconde tumeur, plus considérable que la première, s’ouvrit bientôt. Quand je vis ce malade, l'écoulement uréthral était blanc jaunûtre, très abondant; le méat urinaire n’était ni ulcéré ni rouge. Le canal était peu sensible, sauf au niveau de la fosse naviculaire, où sa paroi semblait être le siège d'un épaississement mal délimité, en connexion avec la base de deux petites excroissances formées, de chaque côté du frein, par la procidence des orifices des deux tumeurs, d’où suintait une matière séro-purulente. De ces deux excroissances, la droite était plus volumineuse. Pas de tuméfaction des ganglions iInguinaux.

J'appris depuis, par le confrère qui m'avait adressé ce malade, que ces excroissances, ainsi que l’écoulement uréthral, avaient bientôt guéri, mais qu’un peu d’engorgement avait subsisté dans le tissu cellulaire intermédiaire à la fosse naviculaire et au frein.

Ill: OBSERVATION (/nédite).

(Communiquée par M. le Professeur Aubry.)

X..., 32 ans, marié, vient consulter, pour les accidents suivants, M. le Professeur Audry.

Il a depuis longtemps une blennorrhagie mal soignée, devenue subaiguë, presque latente.

Quand il se présente, l’écoulement est faible, blanchâtre, sans gonocoques. — Méat normal.

Il a souffert assez vivement du côté du frein, puis a

vu apparaître deux grosseurs qui se sont vidées spontanément.

Il présente actuellement deux petits trajets fistuleux ouverts de chaque côté du frein.

Ils conduisent dans une petite cavité commune, sous-cutanée, indépendante de l’urèthre et contenant un peu de pus d’où le gonocoque était absent.

De ces trois observations, 1l faut déduire le fait suivant : c'est l’apparition de l’abcès, au cours d’une chaudepisse, à l’état aigu ou presquelatent,

Dans les deux premières, le gonocoque est assurément l’agent déterminant; dans la troisième, le pus de l’urèthre, pas plus que celui de l’abcès, ne contenait de gonocoque; nous avons donc eu affaire à une infection secondaire.

Mais une question intéressante se pose : à quel niveau s’est développé l’abcès ?

Re PE

Lagneau élimine d'emblée les glandes de la muqueuse uréthrale, particulièrement abondantes à ce niveau, parce que « de semblables glandules tuméfiées, vu la résistance de la tunique érectile et fibreuse de l’urèthre, ne sembleraient pas pouvoir faire saillie sous le filet ».

Aussi le tissu cellulaire circonvoisin du canal lui parait être plutôt le siège de ces abcës. De plus, étant donnée la forme de ces tumeurs globuleuses et mobiles, il était disposé à croire qu’ils avaient pour siège des glandules situées dans le tissu cellulaire intermédiaire au canal et au filet. Ces glandes ne seraient autres que celles de Tyson, enflammées isolément au contact du pus qui s'écoule du méat.

Quant à nous, nous croyons qu'ils ont pour siège, non les glandes de Tyson, mais le tissu cellulaire où elles baignent. L'observation III nous en fournit la preuve: l’ouverture des deux abcès bilatéraux du frein a produit une double fistule, également bilatérale. Un stylet, introduit des deux côtés en même temps, fait constater que les deux trajets aboutissent à une cavité commune. Nous pouvons ajouter que cette disposition s’observe généralement,

[ est possible, assurément, que la glande ellemême contienne du pus : abcès glandulaire et abcès péri-glandulaire peuvent parfaitement coexister.

Au point de vue clinique, il importe peu que le

RATE: Ÿ AUS siège de l’abcès soit dans la glande elle-même ou dans le tissu cellulaire voisin; dans l’un et l’autre cas, l’abcès est toujours en dehors de la tunique fibreuse de l’urèthre.

Aussi le pronostic de ces abcès est-il toujours favorable, car ils s'ouvrent au dehors et non dans la muqueuse uréthrale, ce qui aurait lieu certainement si l’abcès avait son siège dans les glandes de l’urèthre.

De cette façon, leur ouverture spontanée ne pourra jamais provoquer de fistule urinaire ni autres accidents; cependant, bien qu’il n’y ait pas

-d’inconvénient à laisser évoluer l’abcès, l’intervention précoce sera toujours préférable; elle hâtera toujours la guérison.

Page 1