CHAPITRE V
PATHOGÉNIE ET ÉTIOLOGIE
Les abcès du pénis sont généralement des abcès. lymphangitiques ou péri-folliculaires, se développant au voisinage ou à distance de la lésion initiale. Il est un autre ordre d’abcès se formant aux dépens des culs-de-sac diverticulaires de lPuréthre ; ce sont les kystes suppurés. Ils résultent de l’oblitération mécanique ou cicatricielle du conduit excréteur et de la distension du sac par le pus qui s’y accumule.
Tous ces abcès sont d’origine microbienne, dus à l’action directe des agents eux-mêmes ou seule-
AGREE ment de leurs toxines. Ils relèvent, soit des microbes spécifiques de la lésion initiale (gonocoque, bacille de Ducray}, soit des agents vulgaires de la suppuration, soit encore de l’association des uns et des autres. | Vi Au cours de la chaudepisse, le gonocoque, d’après Réale (Ann. de Dermat., 1900), peut à lui seul provoquer des suppurations au niveau du tissu conjonctif péri-uréthral ; cette constatation avait été faite déjà par Stanziale (Ann. de Dermat., 1897). Mais, généralement, on trouve avec lui divers autres agents : ainsi, Pellizari (Ann. de - Dermat., 1890), a signalé son association avec
le staphylococcus aureus; plus tard, en 1897 (Ann. de Dermat.), Stanziale le rencontre une première fois avec le staphylococcus aureus, une seconde avec le staphylococcus albus.
Dans le cas de chancre mou, deux cas peuvent se produire : tantôt l’abcès lymphangitique relève de l’embolisation du vaisseau et de son inoculation par le bacille de Ducray : il se produit alors nécessairement un abcès, rappelant par son évolution le chancre initial, et dont le pus est luimême doué d’une virulence spécifique; tantôt l’abcès est provoqué par les agents vulgaires de la suppuration, qui pénètrent dans les vaisseaux Jymphatiques à la faveur de l’ulcération; il ne présente dans ce cas rien de particulier. Ces deux modes d'évolution ont été signalés par Fournier, qui disait que le chancre est à la fois pour les
09e lymphatiques une cause d’irritation commune et une source de virulence spécifique.
Dans deux de nos observations, où les sujets présentaient, l’un des ulcérations gommeuses du gland, l’autre une ulcération épithéliomateuse au même niveau, l’abcès relève probablement des agents pyogènes vulgaires.
Toute érosion de la peau du pénis et de la muqueuse de l’urèthre ou du gland est donc susceptible d'amener la production d’abcès; c’est ainsi que, si nous nous rapportons aux observations précédentes, nous les voyons survenir dans des conditions diverses, au cours de la blennorrhagie, du chancre mou, d’une ulcération syphilitique, pendant l’évolution d’un épithélioma ulcéré du gland.
Mais, incontestablement, les abcès du pénis sont particulièrement fréquents dans les affections vénériennes, et notamment dans la blennorrhagie. Ils apparaissent à des époques variables : dans le chancre, ils se montrent généralement dans les dix jours qui suivent l'apparition de l'accident initial, Au cours de la chaudepisse, ils apparaissent tantôt à la période aiguë de l'affection, tantôt à la période latente.
Certains auteurs ont relevé les excès de coit, la masturbation, les écarts de régime, la rupture violente de la corde. Cullerier a signalé les injections abortives de nitrate d'argent. Hardy et Jullien accusent les excès de thérapeutique.
Il est évident qu'il faut tenir compte de toute cause qui agit, soit en déterminant une infection surajoutée, soit en augmentant l'acuité de Pin-. fection initiale.
Pronostic, Diagnostic et Traitement.
Nous serons bref, ici, parce que nous avons signalé ces divers points en étudiant chaque variété d’abcès.
On comprend que le pronostie d’abcès du prépuce ne soit pas le même que celui d’un vaste abcès profond. Il est généralement simple, la durée de la maladie étant exactement proportionnelle à l’étendue de l’écoulement. IL est remarquable que les complications sont extrêmement rares ; Chez un seul de nos malades nous voyons l’ouverture secondaire de l’urèthre : or, la portion balanique de l’urêthre était en si mauvais état que celui-ci y était particulièrement exposé.
D'une manière générale, on peut dire que le diagnostie de ces suppurations se fait d’après les symptômes habituels à tous les abcès superficiels.
Quant au traitement, il ne diffère en rien de celui des abcés ordinaires : incision large et drainage. Il faut en même temps traiter les causes originelles variées, ainsi que les complications immédiates ou secondaires. Dans Le cas d’abcès chronique à marche lente, à paroi bien isolable, il faut, autant que possible, extirper cette paroi; la nécessité devient impérieuse quand il s’agit d’abcès récidivant.