‹ Contribution à l'étude des accidents dus à l'évolution de la dent de sagesse supérieureChapitre 4 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'évolution des troisièmes molaires ou dents de sagesse, et les accidents qui peuvent résulter de cette évolution semblent avoir, de tous temps, retenu l’attention des médecins.

Littré, dans son ouvrage sur Hippocrate, signale signale qu’Aristote de Stagyre, en 322 avant Jésus- Christ, relatait déjà leur évolution irrégulière : « On a vu quelques femmes à qui des molaires qu’on appelle crantères (dents de sagesse), ont poussé à l’âge de 80 ans, mais cette pousse était très douloureuse. On l’a vu aussi chez des hommes, mais ce phénomène ne se produit que si, dans sa jeunesse, on n’a pas eu de crantères. »

Urbain Hémard, en 1581, relate les conditions spéciales de l’éruption des quatre dernières dents, qui sont, dit-il, « poussées hors des gencives au temps que l’homme commence à entrer dans sa gaillardise et à se rendre apte à la génération », et qu’il appelle

pour cela « dents de prudence et de discrétion ». « Ces dents, à leur sortie, font une extrême douleur, laquelle abuse souvent les médecins et chirurgiens, d'autant que la douleur procède de la forte tension de la gencive, laquelle étant déjà fort endurcie et caHeuse à cet âge, ne peut si facilement être percée par la dite dent. »

John Hunter, en 1771, avait reconnu que l’évolution de la troisième molaire était à l’origine de certaines inflammations de la muqueuse, et Jourdain, en 1778, leur rattachait des accidents d’ostéomyélite.

L’importante monographie que Toirac, en 1828, a consacrée à cette question, a apporté quelques précisions, mais, c’est avec les observations de Forget, Tomes, Chassaignac, la thèse de Chevassu, en 1873, celle de Comoy, en 1878. qu’elle a donné lieu à des travaux vraiment scientifiques.

Broca a consacré plusieurs de ses clinique à l’étude de l’évolution vicieuse de la dent de sagesse et, en : 1878, Heydenreich en a fait le sujet de sa thèse d’agrégation.

Efin, en 1886, dans sa thèse inaugurale, Cornudet, élève de Redier, a mis en lumière le rôle de l’infection dans la genèse d eces accidents que Moty a rattachés à la prolifération des débris épithéliaux paradentaires.

Depuis, l'intérêt de cette question n’a pas cessé de retenir l’attention des stomatologistes les plus distingués, et il suffit de citer les travaux de Redier (de Lille), de Reclus, de Capdepont, de Fargin-Fayolle, de

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Dieulafe et Herpin, et de noter les discussions auxquelles notäamment la pathogénie de ces accidents et la question générale de l’unité des accidents de dentition a donné lieu dans les récents congrès de stomatologie pour constater que la ‘question est toujours à l’ordre du jour.

Mais les nombreux auteurs, dans les travaux qu’ils ont consacrés à l’étude de cette question, n’ont eu en vue, le plus souvent, que les accidents provoqués par la dent se sagesse inférieure. La fréquence beaucoup plus grande de ceux-ci, comparativement à celle des complications occasionnées par l’évolution de la troisième molaire supérieure, et leur caractère de gravité beaucoup plus accusé expliquent fort bien que, tant dans les publications spéciales que dans les ouvrages classiques, on se soit borné à décrire les accidents de la dent de sagesse considérés exclusivement au maxillaire inférieur.

Le mécanisme de production des accidents de la dent de sagesse repose essentiellement, d’après Magitot, sur le défaut de concordance entre le volume et la direction de cette dent et l’emplacement dévolu à sa sortie. Cette première remarque donne immédiatement la raison de l’extrême rareté au maxillaire supérieur des accidents si fréquents à l’inférieur.

Bien que, depuis les travaux de Redier, de Capdepont, de Cruet, de Fargin-Fayolle, il sémble bien admis que l'infection soit toujours la principale cause déterminante des accidents, il n’en est pas moins vrai: que les obstacles mécaniques susceptibles d'empêcher ou de retarder l’évolution d’une dent, jouent un rôle

indiscutable dans la production des accidents, en augmentant les chances d’infection et en permettant l’exaltation de la virulence microbienne. Tandis qu’au maxillaire inférieur, la dent de sagesse n’a pour se dégager que l’espace compris entre la deuxième molaire, épaulée elle-même par les dents antérieures, et la branche montante du maxillaire, la disposition particulière de la tubérosité maxillaire, libre en arrière et sur les côtés, semble n’apporter aucun obstacle à l’éruption de la troisième molaire supérieure.

Il ne faut pas en conclure cependant qu’elle évolue toujours normalement ; il n’en est rien, et il faut déjà signaler son absence fréquente, ce qui est conforme à l’hypothèse de Darwin. En outre, il arrive fort souvent que la dent, pendant son évolution, présente des anomalies de forme et de direction, dévie soit en arrière soit en dehors, venant ainsi heurter la muqueuse, à laquelle elle cause certaines lésions sans gravité, en général, mais qui peuvent présenter une porte ouverte à l’infection et à toutes ses complications. |

Sur les indications de notre maître, M. le Docteur J. Tellier, nous avons pris l'initiative de signaler ici quelles étaient les particularités que peuvent présenter les accidents imputables à l’évolution de la troisième molaire supérieure.

Après avoir rappelé brièvement quelques notions anatomiques concernant la région intéressée et précisé diverses données relatives à l’évolution des arcades dentaires, au mécanisme de l’éruption de la troisième molaire et aux anomalies qu’elle peut présenter,

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