I — INTRODUCTION
En traitant ce sujet des amnésies asphyxiques, notre intention a été de montrer par des documents assemblés en aussi grand nombre que possible, qu'il survient quelquefois des troubles de Ia mémoire à la suite d’asphyxies. Asphyxies proprement dites, asphyxies mécaniques, que l’on ne devra point confondre avec « l'asphyxie par les gaz » mot impropre, que nous devrions, au dire de Brouardel, remplacer par celui « d’intoxication per les gaz » (1).
Nous avons par conséquent recherché et étudié un très grand nombre de faits où il y eut retour à la vie dans des cas d'attentats criminels, de tentatives de suicide, d’accidents survenus par hasard.
Nous avons pu ainsi recueillir un nombre assez considérable d'observations attachant une importance particulière à ces faits d’amnésie. Rapprochés les uns des autres ils prennent une plus grande importance. Sans doute, s'il les avait tous connus, Rouillard n'aurait pas, en 1885, écrit dans sa thèse : « quant à la pendaison, nous n'en parlerons pas ; elle est rarement suivie d'amnésie, lorsque le pendu ressuscite » (2).
(4) Brouarpez. Pendaison, strangulation, suffocation et submersion .
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(2) Rouiccanp. Les amnésies, principalement au point de vue étiologi-
que. Thèse de Paris, 1885.
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Or, les cas d'amnésie survenant après la pendaison sont de beaucoup les plus nombreux.
Sollier se rèfuse à reconnaître l'existence d'une étiologie spéciale. Il veut tout ramener au traumatisme crànien ou au choc émotionnel : « Lorsque la strangulation a été volontaire, comme dans le suicide par pendaison, je ne crois pas que l’amnésie ait été signalée. Il n'en est pas de même dans Le cas où la strangulation a été criminelle, et où l'amnésie est assez fréquente. L’amnésie peut s'expliquer alors par ce fait que le criminel a d'abord assommé sa victime en la frappant sur la tête, ce qui nous ramène à l’'amnésie par traumatisme, ou bien, par suite de l'émotion violente produite par la terreur qui peut amener l’amnésie » (4).
Nous répondrons en citant des observations montrant l'amnésie survenue à la suite de pendaisons suicides.
Les médecins légistes ont bien souvent à ce sujet prononcé des paroles susceptibles d'attirer notre attention, -
Voici un fait rapporté par Tardieu (2): « Un homme s'était pendu après avoir tenté de tuer sa maitresse. Transporté à l'hôpital Saint-Louis privé de sentiment, il y resta deux jours sans connaissance. Visité par moi le troisième jour, il portait. au-devant du cou un sillon parcheminé profond : il ne parlait qu'avec une extrème difficulté et d’une voix presque éteinte, La mémoire était complètement perdue ». (2)
(4) Sozrer. Les troubles de la mémoire, page 190. (2] TaRnieu, Elude médico-légale sur la pendaison, la strangulation et la suffocation, page 14.
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Plus loin, le même auteur, parlant « des symptômes, qui ne sont pas toujours sans gravité » présentés par les pendus après leur retour à la vie cite la perte plus ou moins prolongée de la mémoire (1).
Brouardel sur le même chapitre dit : « 1/s sont en général frappés d'amnésie et ne se souviennent de rien » (2).
Puis, découvrant une partie de l'importance de cette question en médecine légale : « Enfin, et j'insiste sur ce symptôme, parce que le juge d'instruction à de la peine à y ajouter foi, t/ y a de l'amnésie et même de l'amnésie rétrograde (3).
Et tout d'abord, avant de traiter des maladies de la mémoire, il nous a semblé non seulement intéressant, mais indispensable d'étudier la mémoire elle-même, le mécanisme de sa production, les hypothèses et les probabilités de sa localisation ou de ses diverses localisations.
Nous n'avons pas jugé possible de nous expliquer les divers troubles de eette faculté si essentielle à l’entendement, sans la connaître elle-même dans ses diverses manifestations, [Il n’est pas inutile de traiter de la physiologie de la mémoire, avant d'aborder l'étude de sa pathologie, pas plus qu'il n'est superflu de faire un exposé anatomique avant de traiter une question de physiologie. |
Nous laisserons de côté l'étude de l’aphasie, nous contentant de mentionner cette affection assimilable à l’amnésie, dans les observations où elle viendra s'ajouter aux
(1) Tarpteu. Ouvrage cité, p. 16.
(2) Brouarpez, Ouvrage cité, p. 45.
(3) BrouarprL. Ouvrage cilé, p. 53.
ET pipe
autres manifestations pathologiques moins graves mais aussi pour nous plus intéressantes.
Puis, entrant directement dans notre sujet, nous nommerons les variétés d'asphyxies, toutes d'ordre mécanique que seules nous admettrons comme point de départ et causes des troubles observés.
Après avoir décrit à grands traits, sous la forme d’un schéma superposable au plus grand nombre des cas, la forme ordinaire de nos amnésies asphyxiques, nous aborderons le diagnostic et le pronostic.
Au chapitre pathogénie et dans la mesure très modeste de nos moyens, autant que peut nous le permettre la quantité assez minime d'éléments que nous avons pu nous procurer, nous traiterons la question si délicate, si difficile, parce que toute théorique, du mécanisme de la production des amnésies dans les conditions où nous nous sommes limités. Nous donnerons l'avis des principaux auteurs et nous ferons connaître à quelle théorie nous croyons devoir nous rallier,
En dernier lieu, nous envisagerons la question au point de vue médico-légal.
Enfin, dans une seconde partie de l'ouvrage, nous exposerons les observations que nous avons pu recueillir qui nous ont paru établir les faits d'amnésie asphyxique de la manière la plus nette, la plus indiscutable.
Beaucoup de ces observations sont allemandes, Nous n’avons pu en donner toutes les traductions, un seul travail de Wagner en contient dix-sept.
\ La seule observation d'asphyxie par submersion a été