A.— DE LA MÉMOIRE
La mémoire peut se définir très simplement. Le mécanisme de sa production se résume dans ces deux conditions essentielles : conservation et reproduchon.Sans doute ces termes ont besoin d’être expliqués, mais le fait de les énoncer permet déjà de saisir ce qu'est en gros la mémoire sous ses deux aspects différents : mémoire organique et mémotre intellectuelle ; car il faut bien que l’on sache, qu'en dehors de ces deux catégories d’une même fonction, « il n'y a pas une mémoire mais des mémoires » (1) ce qui a permis de dire que « la mémoire est une fonction générale du système nerveux » (2).
Quant à la mémoire intellectuelle,la plus complexe, la seule consciente, la plus intéressante pour nous, « de l'avis de tout le monde, elle comprend trois choses : /a conservation de certains états, leur reproduction, leur localisation dans le passé » (3).
D'après Dugald-Stewart, la mémoire se compose de deux facultés subordonnées : /a cäpacité de retenir les
(4) Risor. Les maladies de la mémoire, p. 11. (2) Risor. Ouvrage cilé, p. 163.
(3) Risor. Ouvrage cité, p. 2.
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choses que nous avons apprises, et /e pouvoir de les rappeler à notre pensée, lorsque l’occasion de les appliquer se présente.
Une autre faculté viendrait encore s'ajouter : l'association des idées (1).
Littré dit : « La mémoire est la faculté de rappeler les sensations », (2) Cette définition ne fait pas mention de la conservation, sans laquelle la reproduction se trouve nécessairement impossible,
Pour {a localisation dans le temps, dont Ribot fait une condition de la mémoire intellectuelle (3), c'est un perfectionnement, indispensable il.faut bien en convenir à un fonctionnement parfait, mais on peut conserver et reproduire, sans pouvoir cependant localiser dans le passé.
La personnalité morale, l’expérience,n'est que la chaine des souvenirs.
Toutes nos acquisitions intellectuelles s'unissent entre elles, toutes les impressions qui sont venues frapper nos cellules cérébrales ont été enregistrées et sont susceptibles d'être rappelées à un moment déterminé. Beaucoup sont à l'état latent et paraissent effacées, elles demeurent cependant et ne demandent pour réapparaître qu'une excitation provoquant un véritable déclanchement dont nous sommes étonnés. Et cela nous montre bien que si la reproduction est la forme sous laquelle se manifeste la
(1) DuGazn-Srewanr.Philosophie de l'esprit humain, t. I, page 299, (2) Larrré. Dictionnaire de médecine, article mémoire. .{3) Risor. Des maladies de la mémoire, page 2.
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mémoire, la conservation se trouve fatalement à la base même du phénomène.
En quoi consiste la conservation ?
Il semble que ce soitune modification une fois apportée à un élément nerveux et rendue persistante.
« [lest impossible de dire en quoi consiste cette modification. Ni le microscope, ni les réactifs, ni l’histologie, ni l'histochimie ne peuvent nous l'apprendre ; mais les faits etle raisonnement nous démontrent qu'elle a lieu. »{1)
« Mais alors, il doit venir un moment dans les progrès de ces acquisitions où toute la force d'accroissement dont nous disposons est nécessaire pour conserver ce que nous avons déjà acquis ;: un moment où,-en réalité, nous perdons. d'un côté, autant que nous gagnons de l'autre. (2)
Non, disent certains auteurs, il n’y a pas de limites aux acquisitions mémoriales en dehors de l’état pathologique, il n’y a que difficulté ou impossibilité pour la seule volonté à les reproduire.
Cette affirmation, on doit en convenir ; est d'un contrôle impossible et si Ball a dit «la mémoire est une faculté qui ne perd rien et enregistre tout (3) » nous sommes amenés à croire que, quel que soit le nombre des cellules cérébrales, (600 millions d’après Meynert ou un chiffre beaucoup plus élevé d'après Lionel Beale) ce nombre ne saurait être comparé à la multitude des impressions ressentieschaque jour.
(1) Risot, Ouvrage cité, p. 14.
(2) Bain. La philosophie scientifique en Angleterre. Revue scientifique, 1873, p. 247.
(3) Bac. Clinique de l'asile Sainte-Anne, 1884.
Ribot nous donne toutefois une explication satisfaisante, Chaque élément nerveux n'emmagasinerait qu'une sensation élémentaire, un fragment de sensation, capable, en s’associant avec d'autres, lors du phénomène de reproduction, de servir à plusieurs usages différents, Et la comparaison en a été faite avec unelettre de l’alphabet capable en écriture de contribuer à la formation de bien des mots.
Mais supposons qu'une lésion de l'écorce cérébrale vienne frapper le vieillard, qu'une dégénérescence des artères ou une embolie viènne supprimer la circulation dans une partie du cerveau, c'en est fait d’une partie de l'expérience, c'en est fait de l'intégrité du moi, Toutes les impressions recucillies par les éléments nerveux frappés de mort disparaissent fatalement.
Et alors se pose devant nous la question de la /ocalisa- - tion de la mémoire,
Un grand nombre de philosophes ont considéré la mémoire comme une faculté une et entière par elle-même. Depuis longtemps déjà, on a fait Justice de ces opinions,
Gall fut le premier qui combatlit cette erreur, en donnant sa mémoire propre à chaque faculté et en niant son indépendance.
L'étude de l’amnésie a contribué dans une large mesure à montrer d'une façan indiscutable la pluralité de la mémoire, sa diversité et l'indépendance de chacune de ces mémoires vis-à-vis des autres.
En dernière analyse, le siège d'une mémoire se trouve à l'endroit même où une sensation est perçue, Vn'7y a
Maintenon. 2