‹ Contribution à l'étude des arthrites gonococciques et de leur traitement chirurgicalChapitre 19 sur 39 · EST · texte numérisé non relu

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devra servir de leçon prophylactique, « et il faudra avertir les malades de ce gros risque de complications articulaires que constituera pour lui chaque atteinte gonococcique nouvelle ».

D'ailleurs, point n’est besoin d’une uréthrite nouvelle pour déclancher une réapparition de l’atteinte articulaire ; la synoviale peut être, ellemême, un réservoir de virus et le réveil pourra fort bien être le fait d’un traumatisme ou même d’un acte opératoire. Cependant, en règle générale, c’est dans les vésicules séminales que se terre le gonocoque ; dans ce cas, un excès sexuel sera souvent la cause de la rechute. Ces récidives ne vont pas toujours sans gravité, car elles évoluent de diverses manières tout comme l'atteinte primitive.

Toutes ces affections ne sont pas, à proprement parler, purement chroniques, car elles ont, pour la plupart, un début plus ou moins brutal, dont une phase aiguë ou subaiguë d’une durée variable. Il est, toutefois, certaines formes où l’arthrite est d'emblée chronique, c’est-à-dire qu’elle s’installe d’une façon insidieuse, lente et progressive. Dans ces formes franchement chroniques, on peut envisager trois classes :

1° Les arthrites mono-articulaires ; 2° Les arthrites segmentaires ; 3° Les arthrites généralisées.

L - En premier lieu, parmi les premières, nous devons citer l’arthrite plastique ankylosante. Cette

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forme est à peu près pathognomonique de l’infection gonococcique, si bien que FRANKE a pu dire : « J’ai l'habitude devant une ankylose, survenue à l’âge adulte, de penser à la blennorhagie — en premier lieu — et de m’y tenir jusqu’à preuve certaine du contraire ». On peut voir, dans ce cas, les phénomènes inflammatoires chroniques persister très longtemps accompagnés de poussées douloureuses, avant de voir l’ankylose indolore s'installer définitivement.

On rencontre également des atteintes articulaires qui simulent exactement la tumeur blanche, où l’on est étonné de voir le gonocoque. Enfin, de nombreuses arthrites sèches et hydarthroses prolongées ont pour véritable cause l’infection blennorhagique.

Il. - La forme segmentaire comporte trois types principaux :

a) La polyarthrite noueuse pseudo-goutteuse ; b) Le pied blennorhagique ; c) La spondylose.

a) C’est FOURNIER qui, le premier, a bien mis en évidence la polyartrite noueuse pseudo-goutteuse, aussi, nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter ses propres paroles : « Le rhumatisme noueux blennorhagique paraît être une affection complexe. Il est à croire, en effet, qu’il ne porte pas seulement son action sur les jointures, mais qu’il

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intéresse aussi les tissus fibreux péri-articulaires, voir même le périoste. Ce qui caractérise cette forme morbide, c’est la déformation qu’elle imprime aux jointures.

D'une façon générale, on peut dire qu’elle consiste en des tuméfactions péri-articulaires semblant résulter soit d’une hypertrophie des extrémités osseuses, soit d’une hyperplasie des tissus fibreux périphériques, et constituant, au niveau de larticulation, des sortes de nodosités, de cals, de bosselures, qui ne sont pas sans quelques analogies d’aspect avec la déformation de la goutte, ou mieux encore du rhumatisme noueux...

Suivant les cas et l’âge de la maladie, la jointure est ou douloureuse, ou peu sensible; rosée ou exempte de coloration morbide ; immobilisée d’une façon presque absolue ou susceptible de mouvements incomplets.

Au palper, tantôt on la trouve entourée d’un empâtement diffus, toujours assez ferme et non oedémateux, tantôt, au contraire, elle ne fournit que la sensation d’une tumeur osseuse sous-cutanée, d’une hypérostose des épiphyses articulaires.

Je n’ai rencontré, jusqu’à ce jour, le rhumatisme noueux que sur quatre points :

1° L’articulation des phalanges entre elles ; 2° L’articulation métacarpo-phalangienne ; 3° L’articulation carpo-métacarpienne ;

4° L’articulation du gros orteil.

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Donc, localisation presque exclusive sur les extrémités des membres.

b) FOURNIER a également décrit une autre complication, c’est « le pied blennorhagique ». Dans son traité sur les « Arthrites gonococciques », Moxpor en donne une très bonne description : « Les déformations les plus fréquentes, dit-il, sont l’affaiblissement de la voûte plantaire (pied plat) et l’affaiblissement et l’élargissement de l’arrière pied (par ostéoporose et tassement astragalien ou astragalo-calcanéen). Le pied plat, en particulier, est à peu près de règle au bout de quelque temps et pour toutes lésions primitives, arthrites isolées, arthrites multiples, calcanéite, synovite, etc. Tout y contribue, l’ostéoporose, les exostoses, latrophie musculaire, la distension ligamentaire, l’affaiblissement consécutif à la nécessité prolongée d’une marche viciée par les phénomènes douloureux.

« Les phénomènes douloureux sont au premier plan dans l’histoire de la maladie. Presque toujours, c’est un malade qui a eu une phase de polyarthrite ou plusieurs atteintes récidivantes et éparses ; plus rarement, les douleurs se sont d’emblée et exclusivement localisées au talon ».

« La douleur vague au début, va s’accuser :

douleur sous-talonnière, douleur rétro-talonnière, douleur plantaire, douleur marginale interne ou externe, douleur par épine, dès que le talon repose sur le sol, douleur diffuse pendant la marche, La

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douleur du calcanéum épineux pourra être plus vive et d’emblée plus caractéristique. »

« Le pied est globuleux, quelquefois plus gros, souvent au niveau du talon (placer le malade à genoux sur son lit ou debout en tournant le dos), quelquefois élargi dans toute sa hauteur sous malléolaire. La douleur au palper est, assez souvent, de localisation difficile : il y faut un examen méthodique, la recherche de tous les mouvements et l’exploration des divers interlignes articulaires avec repérage précis ».

Les phénomènes douloureux sont rapidement odieux dans certains cas ; il s’agit d'hommes surtout employés à un travail debout (maladie des sergents de ville disait DESPRES)...

Il faut ajouter à la physionomie générale de ces pieds des troubles vaso-moteurs très fréquents : aspect violacé, sueurs profuses, sensation de froid, quelquefois kératose plantaire en semelle ou en cornes isolées.

La tenacité et la longue durée de ces formes ne doivent pas être imputées uniquement à l’erreur du diagnostic, qui, presque toujours, a été commise au début de la maladie, car même décelées dès le début et traitées convenablement, on peut les voir s’éterniser et ne disparaître qu'après des mois ou même des années.

c) Sous le nom de « Spondylose rhizomélique », M. P. MARIE a décrit l’ankylose de la colonne vertébrale et les ankyloses de la racine des membres. Le

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plus souvent, la maladie gagne par étape ; c’est d’abord une série de poussées douloureuses du côté des hanches et de la colonne lambo-sacrée, suivie d’un certain degré d’ankylose ; puis la colonne dorsale, la colonne cervicale et les épaules sont prises à leur tour.

La colonne vertébrale présente toujours une certaine cyphose à grand rayon, provoquant une gêne respiratoire. De plus, la démarche est rendue très pénible par suite de la soudure des articulations coxo-fémorales.

Mais cette forme totale est rarement réalisée, le plus souvent on trouve des formes plus localisées : spondylose ankylosante segmentaire (cervicale, dorsale, moyenne, lombo-sacrée), spondylose ankylosante totale, enfin spondylose ankylosante et ankyloses multiples (rhizomélique, sternoclaviculaire, temporo-maxillaire, genoux).

L'évolution de ces spondyloses est excessivement longue, elle demande le plus souvent plusieurs années. Elles doivent être diagnostiquées le plus rapidement possible et traitées avec la dernière énergie, vu leur gravité, avant le stade de méniscite ossifiante et l’ossification des ligaments.

IIT. - Forme généralisée chronique, ankylosante et cachectisante.

Cette forme grave est heureusement très peu fréquente. En général, il s’agit de malade ayant eu

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plusieurs blennorhagies, la première s’étant passée normalement, mais les autres s'étant compliquées d’arthrite. Ce malade, atteint d’abord de formes aiguës ou subaïiguës, a vu ses récidives devenir moins accentuées et moins douloureuses, mais, peu à peu, l’arthrite s’installait d’une manière définitive. Les articulations lésées s’ankylosent, le malade devient un infirme ; cette affection s’accompagne, en outre, d’une amyotrophie considérable, de sorte que le malade ressemble « plus à un myopathique qu’à un rhumatisant ». Enfin, le malade se cachectise et meurt tuberculeux ou enlevé par une affection intercurrente.

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