IV. — PATHOGENIE
On admet généralement — et d’ailleurs il en était ainsi chez les malades dont les observations ont servi de base à cette étude — que les lésions articulaires du tabes ne sont pas simplement des lésions articulaires, mais qu’elles ont primitivement intéressé les épiphyses osseuses, les lésions des articulations s’étant produites à la suite et à cause des altérations des os. Charcot, le premier a établi la parenté intime, au point de vue pathogénique, des arthropathies et des fractures spontanées chez les tabétiques. Il a montré que c’étaient là deux effets résultant d’une même cause d’une même lésion osseuse, raréfiante, à siège tantôt diaphysaire, tantôt épiphysaire. L’ostéo-arthropathie tabétique est donc un trouble trophique reconnaissant la même origine que les autres troubles trophiques du tabes, si nombreux et si variés, qu'ils intéressent le système musculaire (amyotrophies), la peau (escarres fessières, maux perforants plantaires), ou ses annexes (chute spontanée des ongles, des dents). D'ailleurs, ce qui montre bien le rôle primordial joué par le système nerveux dans la pathogénie des arthropathies tabétiques, c’est l'existence constante d’anesthésie ou tout au moins d’hypoesthésie profondes au niveau des extrémités osseuses voisines des articulations lésées. Dans des recherches récentes sur la sensibilité vibratoire, Marinesco a bien étudié ce côté de la question. L
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Mais si nous admettons que les arthropathies tabétiques sont le résultat d’un trouble trophique, il serait bon de définir exactement ce que l’on entend par troubie trophique. Un trouble trophique est un trouble de la nutrition des tissus, Normalement, cette nutrition est maintenue dans un état d’équilibre par l’action régulatrice du système nerveux. Il y à en effet des nerfs qui règlent les échanges nutritifs dans l’intimité même des tissus. Supposons une lésion de ces filets nerveux, ou des troncs nerveux dont ils émanent, ou encore des centres, dits « centres trophiques », situés dans l’axe cérébro-spinal, et dont dépendent ces troncs nerveux. Il se produira des troubles plus ou moins graves dans la nutrition des tissus du territoire correspondant. Bien plus, une lésion des conducteurs centrifuges ou des centres trophiques eux-mêmes n’est même pas nécessaire pour la production des troubles trophiques. Pour que les centres trophiques exercent d’une façon constante leur action sur les tissus, il faut que des excitations constantes leur soient transmises de la périphérie par la voie des nerfs sensitifs : ainsi se trouve réalisée une sorte d’ «équilibre trophique ». Il suffira donc d’une lésion des uerfs sensitifs pour amener des troubles de la nutrition ou troubles trophiques. Nous verrons plus loin toute l’importance de ce dernier point.
Les arthropathies tabétiques étant done d’origine nerveuse, il serait intéressant de savoir en quelle région du système nerveux, central ou périphérique, il convient de localiser la lésion causale. Charcot crut pouvoir localiser cette lésion au niveau des cellules des cornes antérieures. Il a été prouvé depuis par divers auteurs (Pierret, Pitres et Vaillard, Déjerine), qu’on doit ineriminer surtout dans la production des troubles trophiques les névrites périphériques. Pour étayer leurs assertions, ces auteurs $e