‹ Contribution à l'Étude des Blastomycœses HumainesChapitre 2 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si l’on en croit M. LANGERON (1) qui a étudié la question de très près et en a donné une mise au point fort intéressante, dans le domaine des Blastomycoses plus encore que dans tout autre de la science cryptogamique, «l'incertitude de la nomenclature mycologique retentit sur le langage médical». En effet, bien que FRANK (2) ait proposé le terme de Blastomycète pour désigner les levures, ce mot ne correspond à aucun groupement naturel. Il peut s'appliquer à tous les champignons qui, à un moment de leur évolution, prennent la forme bourgeonnante; or, nombreuses sont les espèces très éloignées parfois les unes des autres qui, par suite de certaines circonstances (parasitisme, privation du milieu en Oxygène) sont amenées à bourgeonner. Le terme Blastomycète devient ainsi, comme l’a dit VUILLEMIN (3), une simple formule conventionnelle.

Ainsi donc en cominunauté d’idées avec ce dernier auteur et M. LANGERON nous poserons en principe que les Blastomycoses sont des maladies causées par des champignons pathogènes bourgeonnants; remarquons dès à présent ici qu’un certain nombre d’espèces ne bourgeonnant pas toujours ont été classées dans ce groupe et qu’il est impossible en l’état actuel de nos connaissances de les mettre ailleurs.

GUILLIERMOND (4) lui-même a reconnu qu’il était prématuré de démembrer les Blastomycoses et selon cet auteur il convient d'attendre des données nouvelles plus précises et inieux étayées pour essayer de faire une classification rationnelle de ces parasites. Au point où nous en sommes toute lentative nouveile de classification et toute donnée systématique ne réussirait qu’à encombrer la nomenclature et à désorienter à la fois le clinicien et l’homme de laboratoire.

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Dans son remarquable travail sur les Blastomycoses à lésions généralisées, HARTER (5) a pu rassembler 29 observations, dont un cas personnel. Il mentionne, en outre, plus de 100 cas de lésions cutanées dues à des Blastomycètes, 4 cas de Blastomycose du cerveau, 1 de maladie de la colonne vertébrale, 1 de Blastomycose de la mâchoire, 2 atteignant l’abdomen, 2 intestinales: il énumère, en outre, quelques cas de Blastomycoses buccale, amygdalienne et des organes génitaux de la femme.

Depuis 1909 la pathologie des Blastomycètes s’est beaucoup enrichie et c’est une tâche irréalisable et infructueuse de vouloir citer tous les cas antérieurs aux nôtres. Etant donné la dissémination et l’ubiquité des parasites dans la nature il va sans dire qu'une certaine réserve est nécessaire quant à l’attribution du rôle pathogène à des espèces présentes fortuitement et incriminées à tort comme élément causal, ne jouant qu’un rôle saprophyte ou secondaire dans des lésions pathologiques incomplètement étudiées.

Si nous prenons comme exemple les Blastomycoses cutanées, pour qu'il soit permis d’affirmer la nature mycosique de lésions polymorphes, mais dont certaines se présentent comme hautement fuberculoides par leur aspect et leur structure, il nous semble nécessaire que les conditions suivantes soient réunies:

1° Présence de l’élément supposé pathogène dans les foyers ayant toujours été fermés sans risque de contamination par l'extérieur à quelque époque de la maladie que ce soit. Cette condition essentielle n’est pourtant pas encore suffisante en elle-même: le saprophytisme végétal ou animal peut s’exercer dans des organismes apparemment sains ou malades sans que cette existence soit une explication étiologique: les myceliums découverts par SAN FELICE (6) dans des tumeurs cancéreuses viscérales en sont un exemple et, par ailleurs, la question des splénomégalies aspergillaires n’est pas encore liquidée.

2° Les propriétés pathogènes du parasite doivent être démontrées par son inoeulation à un animal sensible. 3° Et si nous supposons maintenant démontré le rôle pathogène du champignon il nous faut encore éliminer les

caractères étiologiques qui pourraient constituer une dermatose de fond primitive (tuberculose, syphilis, lèpre, leishmaniose, etc.), le champignon n'’intervenant qu’en qualité de facteur symbiotique compliquant une lésion préexistante. En ce qui concerne la lèpre et les dermatoses à Leishmania, leur intervention possible s’élimine d’ellemême par l’absence de contamination et de parasites envisagés. La syphilis est écartée par l’absence d’antécédents, de stigmates, de signes sérologiques et par l’influence nulle d’un traitement d’épreuve. Reste le rôle possible du bacille ou plutôt des virus tuberculeux. Différents points concordants: absence de bacilles de Koch dans les coupes et dans le pus des abcès, absence de tuberculisation du cobaye par l'injection du pus ou linsertion de fragments de tissu, permettront d’écarter complètement une intervention de la tuberculose dans les lésions étudiées.

Tous ces principes nous ont amené à poursuivre notre travail dans un but éminement pratique, permettant d’attirer l’attention du médecin praticien sur le moyen de dépister les affections mycosiques qui, de plus en plus, entrent dans le domaine clinique et dont on commence seulement aujourd’hui à envisager la fréquence.

En Mycologie parasitaire on distingue de nos jours, en se reportant aux caractères botaniques des espèces pathogènes, différents groupes de maladies. Toutefois la classification botanique reposant sur les caractères de la reproduction n'étant encore elle-même pas définitivement établie, il ressort que la nomenclature des maladies est obligatoirementi incertaine; celle-ci a même abouti à un certain chaos qui semble être la cause primordiale pour laquelle les médecins ne se passionnent guère pour l’étude des affections cryptogamiques. D’un autre côté, qu’il nous soit permis ici d'appeler l'attention sur l’absurdité de l'élaboration répétée de systèmes destinés au classement des espèces. Presque toujours ce besoin de changer les noms déjà adoptés résulte de l’insuffisance des connaissances botaniques des chercheurs qui se croient en droit d’ériger des classifications sur leurs propres données arbitraires, en désignant

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les différents groupes sous des termes nouveaux qui ne servent qu’à augmenter le chaos.

Nous nous prononcerons par conséquent pour le maintien de certains termes et divisions parfaitement adaptés et établis par des mycologües de valeur, dont l'autorité ne saurait être discutée. Ajoutons, d’ailleurs, que ces termes sont entrés dans le langage médical courant et que par conséquent rien ne sert d'établir de nouvelles classifications qui, bien loin de rendre service au médecin, l’embrouillent dans sa pratique courante. Nous nous conformerons tout d’abord aux données établies par VUILLEMIN qui donnent satisfaction en tous points à la Mycologie parasitaire moderne. Nous envisagerons ensuite les diverses classifications données par GUILLERMOND, LANGERON, BUSCHKE, OTA, en ce qui concerne les Blastomycoses. En égard à nos recherches personnelles nous étudierons particulièrement les genres Debaryomyces et Mycoderma.. Le premier comprerd des organismes appartenant aux Saccharomycétacées qui, selon GUILLERMOND, groupent toutes les levures qui sporulent, quel que soit .Ieur mode de division. Pour les Debaryomyces nous verrons plus tard qu'ici les asques se forment nettement par copulation. Le deuxième genre renferme des espèces qui se rattachent aux Arthrosporés; ici le mode de dissémination se fait par fragmentation, sorte de morcellement du thalle; on ne constate pas de bourgeonnement, mais une simple désarticulation du filament végétatif. Les Mÿcoderma ne sont autre chose que les espèces désignées par GUEGUEN sous le nom d’Oospora septés: Hyphomycètes arthrosporés à thalle volumineux.

Au cours de notre séjour dans le laboratoire du professeur À. SARTORY, nous avons été dirigés vers ces affections blastomycosiques et nos recherches continuent la série des travaux entrepris par notre Maître et ses collaborateurs afin d’établir des diagnostics différentiels aussi rigoureux que possible et de faire connaître au praticien la manière de dépister les maladies mycosiques. Cette tâche nous semble particulièrement utile actuellement et nous nous estimerons largement payé de nos peines si notre

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