CHAPITRE Ill
Symptômes. — Aspect des brûlures électriques. — Le siège habituel des brûlures électriques est la main mais on peut les observer sur toutes les parties du corps. Les brûlures dûes au contact d'un conducteur métallique présentent une apparence à peu près invariable, La perte de substance est nettement limitée comme faite à l'emporte-pièce. Les brûlures peuvent être assez profondes et dépasser le derme, elles détruisent des lambeaux de muscles, carbonisent les os.
Les brûlures superficielles sont, d’après les auteurs qui les ont étudiées, des taches de petite dimension, arrondies, de couleur grisâtre ou gris ardoisé, à bords irréguliers avec un petit liseré blanchâtre. Leur consistance est tantôt dure et parcheminée, leur aspect est alors escharotique ; tantôt elles sont molles et dépressibles.
D'autres fois elles sont circulaires avec un point noir au milieu. Ces taches les différencient de celles produites par la foudre et décrites par Sestier et Méhu sous le nom de taches lenticulaires.
Le professeur Brouardel a trouvé des brûlures superfi-
cielles ayant la forme de sillons sinueux, de teinte gris ardoisé, les bords limités par un liséré rougeâtre.
Quant aux phlyctènes, elles apparaissent tardivement
au bout de quatre à cinq jours. De plus, ces brûlures ne présentent aucune réaction inflammatoire.
Dans la première de nos observations, la brûlure superficielle avait l'aspect d'une plaie fissuraire transversale dont les bords sont desséchés. La peau présentait un aspect grisâtre, parcheminé.
Les brûlures profondes comprennent les 3, 4e et 5° degrés. Elles sont de deux catégories : les brûlures sèches à eschares et brûlures molles sans eschares.
Dans les brûlures à eschares, celles-ci apparaissent d'emblée, sont nettement limitées résonnant sous le stylet et ne présentant pas de partie brûlée à un degré moins avancé. Elles ne présentent pas de zone d'inflammation autour d'elles.
Les phlyctènes sont toujours d'apparition tardive, rarement avant le quatrième Jour.Elles siègent au voisinage de l’eschare et non sur l'eschare elle-même. Elles renferment un liquide opaque et plus ou moins sanguinolent, L'eschare est de même grandeur que la partie paraissant brûlée et sa chute est précédée de celle de la peau des parties voisines. Cette chute a lieu très tardivement.
Les brûlures sans eschares sont des plaies à l’emporte- pièce, elles présentent l'aspect de tissus enlevés à la curette tranchante, il y a une perte de substance plus ou moins grande en forme de cavité. Les bords de ces cavités nettement découpés tranchent sur les téguments circon-
no
voisins, un liséré blanchâtre les limite sans zone de réaction inflammatoire. Dans notre observation de: brûlure grave, l'index présente une plaie atone et irrégulière, la peau ‘est terne et parcheminée. £ Nous avons vu quels étaient les symptômes locaux des brûlures électriques | nous dirons maintenant quelques mots des symptômes g généraux, | “es La douleur qui se rencontre toujours dans les brûlures ordinaires fait défaut dans le cas de brûlures électriques.
L'opinion des auteurs semble unanime à ce sujet et nous avons pu nous en rendre compte nous-même dans les observations qui nous sont personnelles.
Les brûlures électriques se produisent sans douleur et restent telles juqu’à complète guérison. Il convient cependant de noter que parfois des courants de tension de 500 à 4000 volts ont produit des chocs douloureux durant quelques heures. On a vu aussi les brûlures être le siège d’élancements pénibles, de fourmillements mais non de véritables douleurs.
D'autre part les brûlures électriques ne donnent pas lieu à une réaction générale de l'organisme, Les brûlures par T électricité n'ont pas de symptômes fébriles, de troubles digestifs et nerv eux, anxiété, délire, qui caractérisent les brûlures graves et étendues dans les conditions ordinairés.
Les brûlures électriques n’ont aucune tendance à l'inflammation. Elles semblent échapper complètement à la suppuration et paraissent être aseptiques. C'est un aspect ‘qu'une plaie de cette nature conserve tout le temps.
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Dans une de nos observations le‘blessé a accusé cornme nous le disions plus haut nor pas des douleurs mais des élancements, des fourmillements, une sensation de gêne pendant quinze jours environ.Il n'y avait pas de douleurs spontanéés mais toutefois lé maladese plaignäit lorsqu'on comprimait le nerf médian: au niveau du:poignet, au pli du coude, au bord interne du biceps. La pression au cubital est douloureuse à l’avant-brâs et derrière l'épitrochlée. Le plexus brachial est sensible à la pression dans l’aisselle. À la face dorsale et à la face palmaire de la 3 phalange de l’annulaire existe une disparition de la sensibilité au toucher, à la température et à la douleur,
Comment devons-nous interpréter cette absence de douleur ? Les brûlés par l'électricité, résultant des courants à haute tension, tombent le plus souvent en perdant connaissance ; à l’action locale du courant s'ajoute une action générale, qui, atteignant les centres nerveux plonge les victimes dans l'état décrit sous le nom deshock. Cet état est caractérisé par une dépression comateuse profonde. Le blessé est pâle; ses pupilles dilatées. La respiration est -stertoreuse et irrégulière. Ces phénomènes peuvent aller, comme l'a-si bien démontré M. d'Arsonval, jusqu’à l'état de mort apparente. Mais, si lon suit ‘les conseils donnés parce savant ce shock disparaît avec rapidité et le fulguré redevient un brûlé. L'état général ayant ététrès grave a tout naturellement attiré l'attention -et” le plus souvent la constatation des phénomènes si intéressants qui: se sont: passés: du. côté :de la lésion locale a été négligé. En reprenant connaissance le blessé
se montre surpris des brûlures dont 1l est atteint. Cette surprise du malade qui se voit brûlé mais qui ne le sent pas, ne constitue-t-elle pas la preuve la plus péremptoire de l'analgésie qui accompagne ces lésions ?
Plusieurs observations que nous empruntons àla thèse de M. Oliveira Nery confirment que les faits se passent de cette manière.
Les américains qui ont été à même de faire plusieurs constatations de cette nature se basent sur ces faits pour prouver que l’électrocution est la méthode la plus hu-
maine pour l'application de la peine capitale.
Quelle est l'explication que l’on peut donner de cette abseuce de douleur ? Comment la physiologie l’expliquet-elle ?
Doit-on croire à une abolition des fonctions cérébrales provoquée par un reflexe inhibitoire ? La physiologie n'a pas encore démontré la valeur de cette hypothèse, Mais nous pouvons citer des faits venant à l'encontre de cette assertion et bien fréquents sont les cas dans lesquels le fulguré ne perd pas connaissance et conserve une conscience exacte des différentes circonstances qui ont accompagné son accident. L’indolence des brûlures est d'autant plus importante à noter que dans ces cas on ne peut objecter l’inconscience, le blessé accusant au moment de l'accident des sensations très nettes, sensations visuelles ordinairement.
Cette absence de douleur est non seulement au moment de l'accident mais persiste encore le: He que dure la cicatrisation de la plaie.
Nous pourrions présenter une seconde hypothèse
appuyée sur le travail de Mme Wilbouchewitch.
Cet auteur dans sa thèse étudie l'action des différents pansements antiseptiques sur les brûlures et, dans ses conclusions (appuyées sur de nombreuses observations)
affirme que : « Lorsque une ‘brülure est aseptique elle devient immédiatement indolente : l’asepsie est le meil-
leur des moyens analgésiques ». Nous avons déjà fait remarquer la non tendance à l’inflammation et l'absence complète de suppuration dans les brûlures électriques. Devons-nous chercher là l'explication de cette indolence? Pour si séduisante qué soit l'hypothèse de Mme Wil-
bouchewitch elle n'est pas encore prouvée. Nous ne la
repousserons pas cependant car l'anatomie pathologique
semble fournir une raison, qui, jointe à l'explication de Mme Wilboucl'ewitch, peut arriver à donner une justifi-
cation du manque et de suppuration et de douleur dans
les brûlures causées par l’ électricité.
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