‹ Contribution à l'étude des cours d'eau du Plateau suisse: Les coudes de captures du pays fribourgeoisChapitre 11 sur 21 · RASE · texte numérisé non relu

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Nous voilà donc en face d'un torrent dont les eaux, contrairement à toutes les lois connues de l'écoulement des liquides et de la pesanteur, ont eu l’étonnante propriété de pouvoir remonter des versants pour se creuser une vallée transversale au lieu de suivre les vallées longitudinales toutes marquées par les collines. Les eaux ne peuvent produire un tel exploit, la Gérine doit être par conséquent un cours d'eau formé de bribes et de morceaux, par une succession de captures vpérées par'un ravin de la Sarine au profit de cette dernière.

La vallée de Marly, trop courte pour loger un cours d'eau, était vraisemblablement occupée par une des nombreuses nappes lacustres qui couvraient le Plateau fribourgeois. Elle fut la première victime du ravin produit par la Sarine. Cette première capture opérée, immédiatement, des ravins (le rio du bois de Roule, le rio de Chésalles, le rio de Coppy) s’allongèrent dans tous les sens autour du lac et ne tardèrent pas à s'attaquer à la chaîne de collines que jalonnent au N.-N.-0. les villages de Rümerswil, Pierrafortscha et Villars sur Marly et qui, après le passage de la Gérine, garde sa direction S.-S.-0. et se dirige vers le Mont Combert.

Après avoir percé la chaîne, le ravin rencontra un cours d’eau qu'il dévia. Ce cours d’eau était formé par la réunion de la Nesslera et du Tasbergbach, par la vallée sèche qui, du village de Tinterin, se dirige vers l’ancien fond du lac de Frohmatt (Frohmatthboden) que parcourt encore le Tasbergbach actuel, dont la tête est maintenant formée par un ancien affluent de ce cours d’eau, le Kinkerainbach.

La tête du Tasbergbach, la Nesslera, apporta un volume d’eau considérable à la Gérine, ce qui lui permit d'approfondir immédiatement son lit et augmenta par conséquent la force d’érosion de tous ses affluents.

Devenue la tête de la Gérine, la Nesslera se creusa immédiatement un ravin fortement encaissé; un de ses affluents, le rio du Pontet, acquit par ce fait la force nécessaire pour couper l’anticlinal de la molasse au N.-E. du

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Mont Combert et détourner plusieurs ruisselets qui, des flancs du Cousimbert, rejoignaient alors Serbache dans la vallée de la Roche. Un des affluents de la Gérine, l’Aergeren (nom allemand de la Gérine) attaqua résolument les collines de 1000 m. situées au S.-E.1 et, à l’exemple du Pontet, réussit à les percer et à détourner la tête du Tütschbach à Plasselb.

Le Tütschbach, appauvri de toutes les eaux venant de l'intérieur du quadrilatère que forment les ramifications du massif de la Berra, prend actuellement sa source à 500 m. à l'Est de Plasselb d’où il se dirige, par le village de Planfayon, vers la Singine, ayant à sa droite le Schweinsberg et à sa gauche les collines de 1000 m.?

Voici quelques données, présentées dans l’ordre de succession des faits, d’aval vers l’amont:

Largeur du cañon de la Gérine avant son confluent,

CHVITOD AMENER Deer 100 OT Altitude de la hoc en Fa Re environ . . 632 » Largeur moyenne de la vallée de la Gérine en

Ava Re Mr 800 »

Largeur du second nd ee de à re de

la Gérine, environ . . . 100 »

Altitude moyenne de la no. de Se re

au second étranglement . . . . 4170 »

Largeur de la vallée en aval de ho Fo par le confluent de la Gérine et de la Nesslera 500 »

Confluent de la Nesslera et de la Gérine. . . 655 » Ligne de partage entre la Gérine et le D nn

GLVITONT 729 »

Altitude moyenne A Sites percées par ace

geren . . EE AUS ENERAELICUTER La Gérine à Ha L'EST 810 »

Ligne de partage entre la Gérine 1e is ha en 881 » Confluent du Tütschbach et de la Singime . . . 777 » Confluent de la Gérine et de la Sarine, environ . 564 »

1) Prolongement de l’anticlinal de la molasse. 2) Voir fig. 11. Plan de situation.

Fig. 12. CONFLUENT DU GOTTERON ET DE LA SARINE, phot. prise de la tour de la collégiale de St-Nicolas à Fribourg. Remarquer l'opposition morphologique entre la pèneplaine et les sillons d'érosion. G-A anticlinal de la molasse (G le Guggisberg), P-S zone du flysch de la Berra (P la Pfeife, S le Schweïinsberg); arrière-plan, les Préalpes calcaires.

Le Gotteron. Le cours du Gotteron est formé de deux parties distinctes, la première comprend les cours du Galternbach et du Tasberghach jusqu'à leur confluent à Obermühlethal (618 m.); la seconde comprend la vallée proprement dite du Gotteron, d'Obermühlethal à l'embouchure de ce ruisseau dans la Sarine à Fribourg (534 m.). Cette seconde partie du cours du Gotteron, longue de 4 km., est fortement encaissée (Galterngraben). Elle forme des gorges pittoresques souvent taillées à pic dans la molasse, où l’on reconnaît à chaque pas l’action tourbillonnaire des eaux courantes.1 Ces versants très resserrés, atteignant une

1) J. BrunNHEs. Les marmites du barrage de la Maigrauge dans le Bull. de la Soc. frib. des Sc. nat. VII, 1899, ainsi que De Vorticum Opera 1902.

Voir fig. 12, 13 et 14.

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altitude de plus de 80 m., sont tantôt dénudés, tantôt couverts de gazon ou de hautes futaies qui descendent jusqu’au fond de la vallée. Quand on étudie ces gorges si profondes et si pittoresques, deux faits vous frappent:

Fig. 13. TRACES D'ÉROSION TOURBILLONNAIRE ; “ L4 Le dans des blocs éhoulés des versants des gorges du Gotteron.

Fig. 14. MARMITES DANS LE CHENAL ACTUEL DU (GOTTERON, en aval du coude de capture.

premièrement, la disproportion qui existe entre le volume du ruisseau, et par conséquent le travail qu'il peut fournir actuellement, et l’énorme effort accompli jadis pour creuser cette vallée; deuxièmement, la vallée du Gotteron, à l'exemple de la vallée de la Gérine, traverse de l'Est à l'Ouest deux chaînes de collines dirigées vers le N:-N.-E. La chaîne la plus rapprochée de la Sarine est coupée par le Gotteron à l'Est de Fribourg, entre les hauteurs du Schôünberg au Nord et de Bourguillon au Sud. La seconde chaîne, qui coupe en amont ce cours d’eau en se frayant un passage entre les hauteurs de Maggenberg au Nord et de Hattenberg au Sud, est la même que celle qui, 6 km. plus au Sud, cause le second étranglement de la vallée de la Gérine en amont de Marly. La vallée longitudinale située entre.ces deux chaînes de collines loge un petit affluent de la rive gauche du Gotteron, le Rümerswilbach.

Cette similtude dans la manière d’être des cours inférieurs du Gotteron et de la Gérine permet de présumer une origine identique aux deux vallées transversales de ces cours d’eau. Or, si l’on remonte les gorges du Gotteron jusqu'à Obermühlethal, c’est-à-dire jusqu’à l’endroit où le Galternbach et le Tasbergbach se réunissent en un seul cours d’eau en faisant un coude plus où moins prononcé vers l'Ouest, l’on trouve, sur le prolongement de ces deux ruisseaux, mais à une altitude supérieure, une large et profonde vallée, taillée dans la molasse, qui s'ouvre plus loin dans la plaine de Tavel.?

C’est en vain que l’on cherche la rivière qui a creusé cette vallée; on ne réussit pas à apercevoir le moindre filet d’eau. Cette vallée sèche, si caractéristique, d’une largeur égale sur tout son parcours, débouche dans la cuvette marécageuse de Tavel, — dans le marais de Rohr (Rohrmoos), que traverse un petit ruisseau, le Langebitzen-

L'Voire1S,- 10; 2) Voir fig. 16.

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bach. Ce ruisseau se jette dans le Tafersbach ou Taferna, le plus grand affluent de la Singine, après avoir traversé une profonde vallée à versants taillés par places à pic dans la molasse, qu’il n’a évidemment pas pu creuser de ses propres forces.

Tout porte donc à croire qu'un cours d’eau considérable venant du Sud par la vallée sèche de Tavel traversait

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Fig. 15. RELATIONS ACTUELLES entre les bassins de la Gérine, du Gotteron et de la Taferna.

la cuvette de Rohr, occupée vraisemblablement par un lac post-glaciaire, pour se jeter dans la Taferna par la vallée encaissée du Langebitzenbach. Ce grand cours d’eau ne peut être que le Tasbergbach augmenté du tribut que, des flancs de la Berra, lui apportait la Nesslera non encore détournée par la Gérine. La Taferna est, par conséquent, un cours d’eau appauvri, ayant perdu près de la moitié de son

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cours, détourné par un des nombreux affluents subséquents de la Sarine, le Gotteron.

La tête du Tasbergbach, la Nesslera, n'était pas encore détournée, avons-nous dit, par la Gérine, lors de la capture de ce cours d’eau par le Gotteron. Une étude plus détaillée des gorges du Gotteron confirme cette opinion.

Si l’on examine la structure des versants de cette vallée,

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Fig. 16. ANCIEN COURS DE LA TAFERNA.

on s'aperçoit bientôt qu'ils sont taillés en gradins souvent séparés par un à-pic. Cette structure peut être considérée comme l'indice d’un appauvrissement par saccades du Gotteron. Mais la preuve d’un volume d’eau jadis plus considérable se trouve dans les traces d’une érosion tour billonnaire considérable que porte la molasse des versants

et particulièrement dans l’existence d’une marmite de géants,

dont l'érosion fit disparaître une moitié. 1 Cette marmite, située sur le versant convexe d’un méandre du Gotteron, se trouve à une altitude d'environ 60 à 70 m. au-dessus du fond de la vallée, au pied d’un de ces gradins dont nous venons de parler. Elle devait avoir une profondeur de 22 mètres sur 25 de diamètre. Les dimensions de cette marmite et des traces moins distinctes permettant de conjJecturer l'existence d’autres marmites pareilles, excluent toute possibilité d'expliquer la création des gorges par les seules forces du cours d’eau actuel. Tandis qu’en admettant un Tasbergbach non décapité, bénéficiant de tout l’apport des eaux du Cousimbert qui, à cette époque, n’était pas encore sorti de la limite des neiges, l'interprétation de ce modelé est toute trouvée.

Avant de terminer l’étude du Gotteron, il est peut-être nécessaire de lever un doute qui pourrait surgir après un examen superficiel d’une dépression située à l'Ouest de la vallée de Tavel, par conséquent en aval du coude de capture d’Obermüdhlethal. Cette large dépression, dont le fond est à la même altitude que le thalweg de la vallée sèche de Tavel, lui est parallèle.

Au Sud, elle est ouverte sur le Gotteron; au Nord, elle débouche dans la cuvette de Menziswil qui est la tête du ruisseau de Guin (Düdingenbach), ruisseau se jetant dans la Sarine aux bains de Bonn, en face du château du vieux Vivy. Il serait donc plausible d'admettre que le Tasbergbach s’écoulait par cette dépression pour se jeter 6 km. plus loin dans la Sarine, à Bonn, et que, de son côté, le Galternbach à creusé à lui seul la vallée sèche de Tavel.?

Cependant deux considérations de nature différente s'opposent à cette conjecture :

1) Voir fig. 17.

2) Voir dans le Bulletin de la société fribourgeoise des sciences naturelles, compte-rendu 1883—1887. Quelques données sur les vallées primitives et les vallées d'érosion dans le canton de Fribourg, p. 25—30, avec carte, par M. A. GREMAUD, ingénieur.

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1° Le ruisseau de Guin, qui se creusa une profonde vallée bordée de terrasses dans la dernière partie de son cours, coule à pleins bords au milieu d’une large cuvette marécageuse dans la partie supérieure de son cours, qui ne porte par conséquent aucune trace du passage d’un cours d’eau tel que le Tasbergbach-Nesslera.

Fig. 17. MARMITE DE GÉANT DANS LES GORGES DU (GOTTERON. Remarquer les dimensions gigantesques (22 m. sur 25) de la marmite comparées à la taille d’un homme (v. au-dessus de la flèche). Au-dessus de la marmite on aperçoit la falaise qui borde le palier, correspondant au lit primitif du Gotteron. A une altitude inférieure on trouve, séparés par des à-pics, d’autres paliers, produits par des déplacements du lit du cours d’eau durant la même phase de creusement, ainsi que par l’appauvrissement que subit le Gotteron dans la région de ses sources

(Nesslera).

20 Le ruisseau de Guin est un cours d’eau subséquent, traversant, à l'exemple des cours inférieurs du Gotteron

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et de la Gérine, des chaînes de collines plus ou moins fortement marquées; par contre, le Tasbergbach-Nesslera est un cours d’eau conséquent, ayant une vallée longitudinale bien marquée entre les bourrelets de deux chaînes de collines. En d’autres termes, pour que le Tasbergbach eût passé à un moment donné par la dépression en question, il faudrait admettre que ce cours d’eau a été dévié de la direction normale, c'est-à-dire de la vallée sèche, conséquente, de Tavel, pour entrer dans la vallée subséquente du ruisseau de Guin. À mon sens, cette dépression est un col, dû à l'érosion du ruisseau de Guin d’un côté, et d’un ravinot du Gotteron de l’autre, lesquels, chacun pour leur compte, ont fait reculer leurs sources en amont.

Voici quelques données sur le coude de capture d’Obermühlethal :

Altitude du Gotteron au coude de capture . . . 618 m. Confluent du Gotteron et de la Sarine . . . 542 » Altitude de la vallée sèche de Tavel à la FR de

Para gen ia Rs 0 0D Largeur de la vallée she 1 Tavel, environ .- . 200 > Confluent de la. Taferna et de la Singine . . . 534 »

Rapport entre la longueur du cours du Gotteron (d'Obermühlethal à la Sarine) et de la Taferna, CAMION 2 17 AT NEUVE ER RL TN A 1/3.

La Taferna. D’après ce qui précède, l’histoire de l’ancien cours de la Taferna peut donc se résumer ainsi. Jadis elle prenait sa source sur les flancs Nord-Ouest du Cousimbert couvert actuellement par la forêt du Burgerwald.

Une multitude de petits torrents lui apportaient les eaux du sommet de cette montagne, revêtue encore probablement d’un tapis de neige la majeure partie de l’année. Ces petits torrents, qui forment actuellement le chevelu de la Nesslera, se réunissaient en un cours d’eau, comme ils le font encore de nos jours, en aval du village de Bonnefontaine, pour se diriger ensuite de cette localité par la

‘ vallée sèche de Tinterin dans le lac de Frohmatt (Frohmatt-

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