SENTE A
qui sort des marais tourbeux de Schmitten pour se jeter dans la Taferna à Mühlethal.
© À partir de Müdhlethal, la Taferna se dirige sans autre accident vers le Nord-Est. Elle se jette à Flamatt dans la Singine qui coule en cet endroit de l'Est à l'Ouest. La Taferna semble, par conséquent, se jeter à contre-courant dans la Singine, fait intéressant, auquel nous reviendrons à propos de l'étude de la Singine.
La Singine. La Singine, dès sa sortie des Préalpes, se dirige constamment vers le Nord-Nord-Est jusqu'à Thôrishaus; en face de ce hameau, elle change brusquement de direction pour aller rejoindre la Sarine à Laupen, après un parcours, Est-Ouest, d'environ 10 km.
Des Préalpes à Thôürishaus, ce torrent, dont le débit peut varier de 1,86 m.% à 450 m.3 à la seconde, serpente, comme nous l'avons vu précédemment, au fond d’un couloir (cañon), étroit et sinueux, taillé à pic dans la molasse, au milieu d'énormes dépôts de graviers et de galets qu'il charrie en temps de crue.
À partir du coude de Thôürishaus, la Singine coule dans une vallée dont les versants raides encore (800% en amont de Laupen, 20% à Neuenegg) s’élargissent considérablement et offrent un contraste singulier avec les parois abruptes et resserrées du cañon.
Autant la différence d'aspect est grande entre le cañon d’amont et la vallée d’aval de la Singine, autant la similitude est frappante entre la vallée de la Singine et celle de la Gérine, entre Plasselb et son confluent avec la Sarine. Ainsi, par exemple, la vallée de la Singine s’élargit considérablement entre Thôrishaus et Flamatt, où elle reçoit les eaux de la Taferna, pour se rétrécir ensuite comme le fait la vallée de la Singine à l’endroit de son confluent avec la Nesslera.
Les principaux ruisseaux affluents de la Singine se com: portent aussi différemment, suivant le lieu de leur confluence, comme pour souligner davantage l'opposition entre
BARRE 2e
les deux parties du torient que sépare le coùde de Thôürishaus.
Ainsi, les affluents de la rive gauche du cañon, en amont de Thôürishaus, sont conséquents et rejoignent la Singine sous un angle très aigu dont le sommet est dirigé dans le sens du courant. Par exemple: le Tütschbach rejoint le torrent sous un angle d'environ 45°; le Sodbach, qui coule presque parallèlement à la Singine, ne rejoint cette dernière que grâce aux doubles méandres que font réciproquement ces deux cours d’eau.
Par contre, les affluents de la rive gauche de la vallée, c'est-à-dire de la partie du cours d’eau située en aval de Thôrishaus, quoique aussi conséquents, rejoignent le torrent sous un angle moins aigu et, fait anormal, sous un angle dont le sommet est dirigé en sens contraire du courant de la Singine; par exemple: la Taferna ainsi que quelques ruisselets peu importants qui ne portent pas de noms sur la carte Siegfried au 1:25 000.
Les affluents de la rive droite du cañon sont subséquents ou formés comme le Schwarzwasser alternativement de tronçons conséquents et subséquents, ces derniers permettant au cours d’eau de se rapprocher par saccades de la Singine. Par contre, les quelques ruisselets affluents de la rive droite de la vallée (par exemple: le Willeringraben) sont obséquents, c’est-à-dire s’écoulent dans le sens inverse de l’écoulement normal des eaux du Plateau.
Il y à aussi une opposition marquée entre le tronçon supérieur et le tronçon inférieur de la Singine. Cette opposition ne s'explique pas par le seul fait que le premier est conséquent et le second subséquent, car s'il est naturel que les affluents du tronçon subséquent soient conséquents ou obséquents, il ne l’est plus que ces affluents aient un sens d'écoulement inverse au sens du courant du torrent dans lequel ïls se jettent. Ce fait indique plutôt un autre état de choses antérieur et permet de supposer un temps où la Taferna, par exemple, se dirigeait de Flamatt sur Thôürishaus pour se jeter, près de cette localité, dans la
Singine qui de Thôrishaus se dirigeait sur Berne, comme l’a démontré le D' H. Schardt. Ce fait est pleinement confirmé par la morphologie de la vallée qui, de Thôrishaus, se dirige par Bümpliz sur Berne. Sèche sur son premier kilomètre, elle donne ensuite asile au Stadtbach, ruisselet qui se jette dans l’Aar à Berne. Cette vallée qui se trouve exactement sur le prolongement du cañon de la Singine et qui lui correspond comme largeur ne peut évidemment être creusée par le Stadtbach qui ne l’occupe même pas dans toute sa longueur.
Tandis qu'en admettant, comme l’a fait M. Schardt, le passage de la Singine à une époque antérieure dans cette vallée, les dimensions ainsi que la formation de cette dernière, du moins la formation de la partie sèche de sa vallée, entre Thôrishaus et le Stadtbach, se trouve expliquée. Expliquée aussi se trouve en parail cas l’opposition entre ces deux tronçons si différents de la Singine, le cañon et la vallée, dont l’un se termine, tandis que l’autre prend naissance à Thôrishaus où s'ouvre la vallée du Stadtbach, c’est-à-dire l’ancienne vallée de la Singine, affluent de l’Aar.1
Ainsi, nous nous trouvons une fois de plus en présence d’une capture, même d’une double capture, opérée par un affluent subséquent de la Sarine.
Il ne peut être question, dans le cas particulier, d’un simple détournement de la Singine de sa direction primitive, conséquente, par un barrage morainique à l'Est de Thôrishaus, car pour admettre cette hypothèse, nous devrions retrouver sur le terrain les vestiges d’un bourrelet morainique dirigé du Sud-Est au Nord-Ouest, de plus de 100 m. d'altitude, dont on ne trouve plus trace, qui seul eut permis un débordement vers l'Ouest.
L'histoire de la Singine et celle de la Taferna, qui lui est liée, peut se résumer ainsi: la Singine, dès sa sortie des Préalpes, coule dans une vallée longitudinale, vers le Nord-
1) Voir fig. 20 et 21.
GE
Nord-Est, pour se jeter dans l’Aar, à l'endroit où est situé actuellement la ville de Berne; à la hauteur de Thôürishaus, elle reçoit son principal affluent, la Taferna, qui lui apporte les eaux des flancs Nord-Ouest du massif de la Berra (Cousimbert). A cette même époque, un petit affluent subséquent de la Sarine que nous appellerons le Laupen fit reculer près de sa source la ligne de partage et, soutirant la Taferna au point où se trouve actuellement le village de Flamatt, détourna ce cours d’eau au profit de la Sarine. L'apport du volume d’eau considérable dont bénéficiait la Taferna à cette époque permit au Laupen d'approfondir rapidement sa vallée et de pousser sa tête de plus en plus en amont, dans la vallée sèche délaissée par la Taferna entre Flamatt et Thôürishaus, en faisant reculer rapidement et facilement sa source jusqu'à cette dernière localité où ce ruisseau détourna au profit de la Sarine la Singine, laquelle coule actuellement à Thôrishaus à environ 32 m. au-dessous du fond de son ancienne vallée.
L’Aar. Avant de quitter définitivement les affluents de la rive droite de la Sarine, il nous reste à examiner si le coude brusque que fait l’Aar à Berne, pour aller rejoindre la Sarine à Wyleroltigen, n’est pas dû à une capture opérée par un affluent subséquent de la Sarine au profit de cette dernière.
Les géologues sont d'accord pour admettre que l’Aar ne s’écoulait pas de tout temps de Berne sur Wyvleroltigen, mais qu'elle suivit, suivant les époques, des vallées différentes en se dirigeant: ou, vers le Nord-Nord-Est, dans la direction de Jegenstorf, Utzenstorf et Wangent, où coule actuellement l’Emme, dont la large vallée est certainement un ancien lit de l’Aar; ou enfin vers la large et profonde vallée qui s'étend de Münchenbuchsee à Lyss. Ces deux vallées, actuellement délaissées par l’Aar, témoignent d'une puissance d’érosion dont les rivières qui les occupent actuellement ne sont certainement pas capables.
1) Voir fig. 20.
Si les géologues sont d'accord pour admettre le passage de l’Aar dans ces vallées, ils diffèrent d'avis quand il s’agit préciser dans quel ordre se sont succédé les faits de passage du fleuve dans telle ou telle vallée.
- D'après une théorie, la déviation Ouest du cours de l’Aar doit être antérieure aux époques glaciaires; l’Aar, refoulée momentanément par la moraine au Nord de Berne, a repris, après la disparition du glacier du Rhône, son ancien cours que dès lors elle n’a plus abandonné. Suivant une autre théorie, avant l’envahissement des glaciers alpins et peu après la surrection des chaînes alpines et Jurassiennes, l’Aar coulait de Berne vers le Nord et se joignait à la Thièle-Broye seulement entre Soleure et Wangen pour attendre près de là son cours actuel. ?
Le Plateau suisse est régulièrement incliné vers le Nord- Ouest et le Jura, c’est-à-dire vers la sortie du Rhin et de l’Aar de la cuvette miocène. Tous les cours d’eau importants du Plateau suisse s’écoulent selon l’inclinaison générale du terrain, lequel est homogène (molasse); tel la Wigger, la Suhr, l’Aa, la Reuss, la Limmat, etc., l’Aar seule, quoique plus puissante que les cours d’eau précédents, est déviée de son cours conséquent sur Wangen et suit, à partir de Berne, un cours subséquent sur Wyvyleroltigen.
N’est-il, par conséquent, pas logique d'admettre, comme l’a fait le Dr H. Schardt, ? que le cours préglaciaire de l’Aar était dirigé sur Wangen, c’est-à-dire qu'à l’exemple des autres cours d’eau du Plateau suisse, l’Aar possédait originairement un cours conséquent qui fut ensuite dévié consécutivement sur Lyss puis sur Wyleroltigen. Car, même en admettant que l’Aar ait réellement passé dès l’origine par Wyleroltigen, il est douteux que le fleuve, refoulé par
1) Dict. géogr. de la Suisse. Aar, T. 1, p. 6.
2) Voir la carte du grand lac subjurassien par le D' H. SCHARDT Dict. géogr. de la Suisse. T. 3, p. 508.
3) H. Scxarpt. Note préliminaire sur l'origine des lacs du pied du Jura. Eclogae, vol. 5, n° 4. Id. Note complémentaire sur l'origine du lac de Neuchâtel et des lacs subjurassiens. Bull. de la Soc. neuch. des se. nat., t. XXXIII, p. 186-199.
la moraine au Nord de Berne sur Wangen ou Lyss, 1 ait délaissé la nouvelle vallée qu'il fut obligé de creuser, pour déblayer son ancien lit, comblé et obstrué par les dépôts glaciaires. De plus, cette supposition perd toute vraisemblance si l’on songe que le nouveau chenal deux fois plus
Derhoud
fi hsee 40 FR
eichenv: e
è SMORAINE) DE RETRAI
Fig. 20. ETAT ACTUEL DE L'HYDROGRAPHIE DES BASSINS DE LA SARINE ET DE L'AA4R.
Situation des moraines des glaciers du Rhône et de l’Aar d'après Penck et Brückner, « Die Alpen im Eiszeitalter »,
1) Voir fig. 20.
Se tea
court que l’ancien était par le fait même plus profond. L'exemple du Rhin qui, ayant trouvé son ancienne vallée du Xlettgau obstruée par les moraines, dut chercher un autre chemin pour se rendre à Schaffhouse, en débordant par une cascade, sur un plateau jurassique, montre com-
Fig. 21. RAPPORT ANCIEN DES BASSINS DE LA SARINE ET DE L'AAR. Hydrographie de l’auge subjurassienne d’après le Dr Schardt.
bien 1il est difficile, même pour un fleuve puissant, de déblayer son ancienne vallée après l'avoir laissé combler par le glacier.
ras
On juge de l’âge relatif de la vallée d’un cours d’eau d’après son facies. Un cours d’eau jeune se creuse un lit profondément encaissé. Plus tard, sous l'influence lente, mais ininterrompue, des érosions, particulièrement des eaux sauvages, les aspérités s’émoussent et disparaissent; les parois, taillées à pic, des gorges et des cañons font place à des pentes de moins en moins raides; le couloir en U ou la vallée V très aiguë s'ouvre largement à l’approche de la maturité, grâce à la rotation des versants.
Quel est l’âge relatif des trois vallées de l’Aar d’après leur facies ?
De Berne à Wyleroltigen, l’Aar, très encaissée, serpente entre des versants souvant taillés à pic dans la molasse. La large et profonde vallée de Münchenbuchsee à Lyss est loin d'atteindre le relief de la vallée actuelle de l’Aar, et la vallée de Jegenstorf-Utzenstorf-Wangen a ses versants largement ouverts.
Tout prouve, par conséquent, que la vallée qui de Berne se dirige, par Jegenstorf-Utzenstorf, sur Wangen est bien celle que suivait le cours préglaciaire de l’Aar.i Car des trois vallées de l’Aar, elle est la seule conséquente, la plus courte, et celle qui porte le plus profondément marqué les caractères de la vieillesse.
Comment ce fait-il, en pareil cas, que l’Aar ait été déviée de son cours normal vers le Nord-Est sur Lyss et ensuite sur Wyleroltigen ? Il nous semble que l’on peut expliquer ce fait par des causes dues à la glaciation.
Barrée et maintenue à un niveau supérieur pendant les grandes périodes de glaciation, par la moraine latérale du glacier du Rhône et par la moraine frontale de son propre glacier, l’Aar ne put approfondir normalement son lit, cela même après le retrait du glacier, car elle était obligée de débarrasser d’abord son lit de la moraine et de ses propres alluvions.
1) Voir fig. 21.
La Sarine, par contre, était probablement plus favorisée par le fait que toute sa vallée se trouvait entièrement recouverte par le glacier du Rhône et, par suite, n'était pas obstruée et barrée par les moraines frontales et latérales de deux puissants glaciers, comme c’est le cas pour l’Aar. Ainsi, tandis que l’Aar était retenue à un niveau supérieur, la Sarine reprenait normalement son œuvre d’érosion et d’affouillement au fur et à mesure de la disparition des glaces. Arrivée relativement vite à un niveau inférieur, la Sarine réussit à soutirer les eaux de l’Aar par la vallée de Lyss-Münchenbuchsee lors de la période interglaciaire qui précéda la dernière grande extention des glaciers alpins ; plus tard, enfin, après la dernière glaciation, un de ses affluents réussit à soutirer l’Aar au Nord de Berne dans son thalweg actuel. Nous avons donc de nouveau à faire à un phénomène de capture qui fit de l’Aar préglaciaire un affluent de la Sarine.
Au-dessous de Zollikofen, l’Aar recoit le tribut des eaux du Reichenbach, lequel coule de l'Ouest à l'Est et semble vouloir se diriger dans la vallée préglaciaire; entre Berne et Wyleroltigen, l’Aar reçoit les eaux d’un autre ruisseau, le Gäbelbach, dont le cours, à peu près parallèle à celui du fleuve, est aussi dirigé de l'Ouest à l'Est, c’est-à-dire dans le sens inverse de celui du cours d’eau majeur. Nous sommes, par conséquent, en présence d’un fait, il est vrai, plus accentué mais analogue à celui que nous avons signalé en parlant du cas de la Taferna et de la Singine.
Le cas du Reichenbach et particulièrement celui du Gäbelbach nous semble une preuve de plus en faveur du fait que l’Aar a réellement été captée par un affluent subséquent de la Sarine, lequel détourna en premier lieu le Gäbelbach puis, profitant de la vallée de ce ruisseau, le fleuve luimême. Ainsi, dans le cas du groupe Gäbelbach-Aar, tout se passa d’une manière identique à ce qui se passa dans le groupe voisin Taferna-Singine.