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le des hauteurs 1 : 10 000.
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Le caractère essentiel des collines est, nous l’avons vu, de faire partie intégrante d’une chaîne; ce sont donc les chaînes que nous étudierons.
Exécutons une coupe longitudinale (profil) d’une des nombreuses chaînes qui couvrent la région, en choisissant une des mieux caractérisées, par exemple celle qui longe les rives gauches de la Sonnaz et de la Sarine, et particulièrement la partie comprise entre le confluent de ces deux cours d’eau en aval, et le lac de Seedorf en amont. Pour faciliter l'exposé et la description, nous donnerons un nom conventionnel à chacune des chaînes dont nous aurons l'occasion de parler. Nous appellerons, par conséquent, la chaîne que nous nous proposons d'étudier «chaîne de Seedorf», vu qu'elle est particulièrement bien caractérisée à partir du lac du même nom. Elle débute au Sud-Ouest en formant la hauteur de Piamont (735 m.) qui s'élève par des pentes atteignant par place plus de 60% à une altitude de 122 m. au-dessus du niveau du lac de Seedorf (613 m.). À partir de cette hauteur, les collines se suivent, dirigées vers le Nord-Est, toujours séparées l’une de l’autre par de petits ruisseaux (rios) affluents de la Sonnaz.i (C’est ainsi que la hauteur de Piamont (735 m.) est séparée de celle du bois de Combes (735 m.) par le rio et les sources du rio sus le Moulin; la colline du bois de Combes, attaquée en biais par le rio de Zenalevyre, est séparée en aval de la colline de 701 m. par les sources d’un rio affluent de la Sonnaz au Sud-Est et un tributaire du Chandon au Nord-Ouest, lesquels, en poussant leurs têtes, de plus en plus vers l’amont, à la rencontre l’un de l’autre, donnèrent naissance au col de la Crausa qui livre passage à la route et à la voie ferrée de la Broye; le rio des Riaux sépare les collines de 701 et 703 m., tandis que la Crausa et deux de ses affluents séparent ces mêmes collines, en formant des hauteurs de moindre dimension (le Crêt 663 m., etc.), du reste de la chaîne de Seedorf (collines de Bois-
1) Voir fig. 1. Profil de la chaîne de Seedorf.
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dessus 674 m., de Bouley 670 m., de bois de Buillard 666 m., etc.), lesquelles, à partir du confluent de la Crausa-Sonnaz avec la Sarine, bordent la rive gauche de cette dernière. Toute la chaîne se trouve ainsi formée de collines, d’altitude sensiblement pareille, allant en décroissant vers le Nord- Est, alternant avec les vallées creusées par les rios affluents de la Sonnaz, puis de la Sarine. Ces faits que nous constatons pour la chaîne de Seedorf ne sont pas particuliers à cette chaîne; ils se retrouvent dans toutes les chaînes du Plateau fribourgeois. Par conséquent, les collines ne semblent être autre chose que des reliefs dus au travail des affluents qui, en attaquant les versants du cours d’eau majeur, repoussent leurs sources de plus en plus en amont et abaissent, par le fait même, la ligne de faîte qui sépare ce cours d’eau d’autres, coulant à sa droite et à sa gauche. Le profil longitudinal de la chaîne de Seedorf démontre, mieux que toute autre explication, les faits que nous venons d'avancer; un examen attentif de la carte confirme notre opinion.
Si maintenant nous examinons de nouveau les chaînes de collines, il nous faut y voir des lignes de faîte dont l'altitude, mise fortement en relief par l'érosion, a été réduite partout où des rios, affluents des cours d’eau majeurs, réussirent à repousser leur origine jusqu'à la crête ou au delà. Par conséquent, les chaînes de collines sont des croupes séparatives tronçonnées sous l'effort de l'érosion.
S'il est hors de doute que l’agent qui modela les chaînes de collines ce sont les cours d’eau, on ne peut cependant nier le fait que le glacier du Rhône, en s’écoulant dans le même sens que ces derniers, eut une influence directrice; du moins 1l ne fut pas un obstacle et contribua certainement, dans une large mesure, à leur conservation ou même à leur formation par le ruissellement sous-glaciaire qui, naturellement, suivit, avec la pente générale, les thalwegs conséquents tout indiqués en les sauvant peut-être d’un comblement définitif et complet. Car, en admettant que la marche du glacier fut perpendiculaire à la direction
des chaînes, son action sur ces mêmes chaînes eût été celle d’un agent niveleur. En effet, entre les collines aplaties se serait déposé de l’erratique, pendant que le ruissellement sous-glaciaire, se faisant transversalement aux thalwegs actuels, eût ébauché de nouvelles vallées perpendiculaires aux premières.
Si maintenant nous quittons le Plateau pour nous rapprocher des thalwegs des principaux cours d’eau, nous ne pouvons pas ne pas être frappés de la différence profonde qui existe entre le paysage du Plateau des collines et le paysage de ce que nous avons jusqu’à présent à tort appelé les vallées. Autant le premier est fait de formes d'aspect adoucies et arrondies, autant le second s'impose par ses formes abruptes, ses à-pic et son aspect sauvage; autant le premier porte les traces d’une longue usure par les érosions, autant le second est frais et jeune; tandis que la morphologie du Plateau appartient à l’âge mûr, celle des grands sillons d’érosion est celle de la jeunesse, car, nous ne sommes pas en présence de vallées proprement dites, à versants largement ouverts et à pente douce, mais nous sommes en face de cañons et de gorges étroites à versants resserrés et abrupts. De plus, la surface terminale du Plateau passe à l’approche des gorges et des cañons sans transitions ou presque sans transitions à des falaises à-pic dépassant par place 80 m. de hauteur.
Ainsi, le lit de la Singine, en amont de Thôrishaus, n’est qu'un couloir étroit et sinueux, taillé à pie dans la molasse. Au fond de ce couloir, au milieu des graviers, des cailloux et des blocs éboulés des parois, serpente le cours d’eau qui ne l’emplit en entier qu'aux époques des crues, alors que son volume moyen de 1,86 m. à la seconde fait place à un débit pouvant dépasser 450 m.> à la seconde. Les parois verticales qui s'élèvent au-dessus de son lit atteignent, en certains endroits, près de 100 m. d'altitude; elles sont: ou taillées à pic, d’un seul jet, sur toute leur hauteur, ou elles constituent une série de gradins séparés les uns des autres par un palier étroit et fortement incliné.
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Les à-pic sont généralement surmontés par des versants à -pentes raides de 70 à 110%, la hauteur totale des parois et des versants pouvant ainsi atteindre une altitude de 100 à 200 m.
L’Aar et la Sarine ont de même taillé les méandres de leurs cañons dans la molasse, mais généralement seul le versant de la rive concave est à pic, celui de la rive convexe a une pente plus douce. Ceci, nous semble-til, est dû au fait que ces cours d’eau ont fortement développé et agrandi leurs méandres, il s’en suivit que les versants des rives convexes dont le cours d’eau s’écarte de plus en plus s'’adoucissent et perdent ce qu’ils avaient d’abrupt et sauvage, tandis que les versants des rives concaves, contre lesquelles s'exerce constamment la force mécanique des eaux, gardent la fraîcheur originelle de leurs parois, taillées à pics, toujours avivées et rajeunies par le sapement et les
Fig. 2. ROCHER SURPLOMBANT
sur la rive concave d’un méandre de la Sarine, en amont de l'usine du barrage à Fribourg.
éboulements qui en sont la conséquence. 1 Nous sommes même tentés d'expliquer l'élargissement excessif du cañon de l’Aar, puis en amont, à partir de Wyleroltigen, de celui de la Sarine, jusqu’au confluent de la Singine et même plus en amont jusqu’à Pensier, par le développement des méandres qui déterminèrent à un moment donné, par leurs déplacements, la destruction de certains promontoires.
La Broye, dont le cours appartient en entier au Plateau molassique, n'a pas les caractères de vigueur et de jeunesse des cours d’eau précédents; elle coule lentement au milieu d’une vallée, remplie de dépôts glaciaires, qui semble trop large pour le cours d’eau actuel. De Moudon à Granges, ses versants sont plus ou moins abrupts, en particulier sur la rive gauche, entre Lucens et Granges où se trouvent les pittoresques rochers que surplombe le château de Surpierre. En aval de Granges, la vallée s'élargit de plus en plus jusqu’à son entrée à Paverne dans la vaste plaine de la Broye qui est un ancien fond de lac.
Ce court exposé, de l’hydrologie et de la morphologie du Plateau fribourgeois, suffit déjà pour faire voir à quel degré les faits de géographie physique qui le concernent, si simples à première vue, sont en réalité complexes et combien de questions surgissent de tous côtés à mesure que l’on avance dans son étude. Ainsi, dès le début de cet exposé, nous nous sommes heurté à un certain nombre de faits dont l’origine, les causes et les conséquences sont encore inconnues et attendent une explication. Tels sont: l’assymétrie du bassin de la Basse-Sarine (v. p. 2); la différence entre les affluents de la rive droite (coude) et de la rive gauche; le coude de l’Aar; l'influence des chaînes de collines et de la morphologie glaciaire sur le développement du réseau hydrographique ; l'opposition morphologique et topographique entre le Plateau des collines et les grands sillons d’érosion, etc.
1) Voir fig. 2. Rocher au bord de la Sarine en amont de l'usine du barrage à Fribourg.