OBSERVATION XV
Mile Pou.. Pierrette, 17 ans.
La malade commence à tousser et à cracher en août 1929. Elle se plaint d’un point de côté droit violent, et se sent fatiguée. Auparavant elle était bien portante : elle a eu sans complications la rougeole et la coqueluche dans l'enfance, une bronchite aussi à l’âge de 5 ans. Sa mère est bien portante. Elle a un jeune frère qui a été opéré d’ostéomyélite. Mais son père est mort il y a sept ans, à l'hôpital Tenon, de tuberculose pulmonaire.
Elle consulte à l'hôpital Saint-Louis où elle est regardée à la radioscopie. On Jui trouve le sommet droit voilé. On lui conseille de se reposer.
Elle se repose un mois et son état s'améliore. Elle reprend son travail mais doit l’abandonner de nouveau et elle entre à l'hôpital Debrousse. Elle a de la fièvre. On lui trouve un peu de liquide dans la plèvre droite et une radiographie montre une lésion parenchymateuse puisqu'on décide de pratiquer un pneumothorax artificiel. Elle tousse et crache, mais selon ses dires, on n'aurait pas trouvé de bacilles de Koch dans ses crachats à trois examens successifs.
Depuis qu'on a commencé son pneumothorax elle à cessé de tousser et de cracher, sa fièvre est tombée. Elle a repris de l'appétit et du poids. Le liquide qui à accompagné le début de son pneumothorax s’est rapidement résorbé.
Elle reste six mois à Debrousse, qu’elle quitte le 7 mars 1930 pour entrer à Brévannes où l’on entretient son pneumothorax. Elle y reste trois mois et en juin s'en va habiter la campagne dans l'Yonne avec sa famille. Son état de santé est
(1) Nous devons cette observation à l'obligeance de M. le
Docteur Pruvost qui a bien voulu nous la communiquer.
toujours excellent. Elle vient régulièrement à Paris pour ses insufflations.
En février 1931, on institue un oléothorax antisymphysaire, car sa plèvre se fixe à la base et la symphyse se développe de bas en haut.
On entretient régulièrement son oléothorax, tandis qu’elle est revenue définitivement à Paris et, se portant tout à fait bien, a repris son travail. Après trois ou quatre injections d'huile tous les quinze jours, on passe à des intervalles plus longs : quatre, cinq, puis six semaines.
En février 1932, elle consulte au Centre de Triage de l'Hôpital Tenon où elle est suivie depuis ce temps. Elle se plaint d’une douleur thoracique haute, en avant et en arrière, du côté droit. Les téguments de la région sont épaissis, comme infiltrés et la pression est douloureuse. Il n’existe pas de dyspnée. On retire 500 cc. d'huile le 5 mars et l’on injecte un volume égal d’air. La douleur se calme. La pression n'est plus douloureuse, mais l’infiltration des parties molles persiste sans changement. Il s’agit évidemment d’un paraffinome dont on ignore le mécanisme de production Ce n’est que dix-huit mois plus tard, le 6 octobre 1933, qu’on apprendra par la malade qu’au cours de son oléothorax, elle avait fait une chute et qu'aussitôt après avait commencé d’apparaître la tuméfaction. Elle n’en avait rien dit et l’on avait continué l’oléothorax sous pression.
L'oléothorax, une fois évacué, on constate qu'il se reforme du liquide.
Cet épanchement est d'aspect chyleux et se montre dès lors intarissable. Depuis cette époque — presque déux ans — la malade revient régulièrement pour être ponctionnée.
La série des clichés radiographiques montre des images parfaitement comparables. Le poumon est collabé à la base, adhérent au sinus costo-diaphragmatique. On n’y distingue aucune image anormale. Il est surmonté par l'ombre liqui-
dienne, les rapports du moignon et de l’épanchement demeurant sans changement (fig. 20 et 21).
OBSAXV P. RoBerr.
E1G. 20 (Mile Pou..., obs. 15). — Epanchement chronique ayant succédé à un oléothorax qui a été suivi de paraffinome de la paroi et dont on a évacué l'huile par ponction.
OBS. XV P, Roger.
Fr. 21. (Mile Pou...). — Même malade, après ponction évacuatrice
de l’'épanchement chyleux.
ROBERT
tr
L'état général de la malade est excellent : en septembre 1933 elle a été gardée en observation dans le service du D’ Pruvost, à Tenon, parce qu'elle avait un peu maigri et avait moins d’appétit. Sa température est restée normale, elle ne toussait ni ne crachait. On n’a pas trouvé de bacilles de Koch. On l’a envoyée, à la fin de l’année, se reposer quelque temps à La Tuyolle. Sa tuméfaction sous-claviculaire paraît avoir un peu diminué.
Résumé : Pneumothorax thérapeutique pour tuberculose pulmonaire droite en 1929. Symphyse débutant à la base. Oléothorax antisymphysaire. Paraffinome après un traumatisme. Evacuation de l'huile. Depuis deux ans, état général qui est toujours resté excellent, mais épanchement intarissable dans une poche pleurale ne subissant aucune modification malgré des ponctions évacuatrices répétées.
Conclusions
Nous n'avons pas songé à faire ici une étude complète de l’oléothorax, mais seulement à apporter nos observations, et les confrontant avec celles des autres auteurs, examiner ce que vaut la méthode.
I. — L'oléothorax désinfectant a donné de bons résultats indiscutables. Quand il ne vise pas à réaliser le blocage huileux de la plèvre, il échappe de ce fait aux risques qui s’attachent au remplissage total de cette cavité par du liquide. Il ne représente plus qu'une application particulière de la méthode générale de traitement des épanchements pleuraux par des injections modificatrices. Les bons résultats qui ont été rapportés autorisent à l'essayer lorsque d’autres thérapeutiques ont échoué, quitte à ne pas s'obstiner en cas d'échec et à évacuer l’huile.
IT. —— Il existe un certain nombre de cas où l’oléothorax pourrait rendre des services. Ce sont ceux où l'on voudrait réaliser une modification pleurale d'épaississement et de rigidité dans un but déterminé : par exemple une plèvre qui présente une résorption de l'air trop rapide, un médiastin qui se laisse trop faci-
lement refouler quand on aurait intérêt à pousser la pression gazeuse, une symphyse des lobes inférieurs que l’on voudrait amorcer en vue d'obtenir un collapsus électif, représentent autant de cas où l’oléothorax peut être une aide utile au cours du traitement par le pneumothorax.
Ici, c'est l’action topique qui est recherchée, l’action modificatrice bien établie de l'huile sur la plèvre et elle peut être réalisée par de toutes petites injections huileuses, de l’ordre de grandeur de 5 à 10 cmc. Celles-ci sont en effet tout aussi susceptibles d’atteindre le résultat visé que l'injection de fortes quantités, et sont au moins inoffensives à coup sûr.
Dans tous ces cas les injections huileuses peuvent concourir aux heureux résultats du traitement le plus précieux que nous ayons jusqu'à présent contre la tuberculose : le pneumothorax artificiel.
HE. — Quant à l’oléothorax mécanique, qu'il soit antisymphysaire ou compressif, il nous paraît avoir fait faillite.
1°) Son efficacité ne se montre réelle que dans un nombre très limité de cas. Toutes les restrictions que l'on à apportées dans ses indications depuis que l’expérience s'en est étendue ne parviennent pas à fournir des chiffres de résultats satisfrisants qui emporteraient l'adhésion. Même s'il n'est plus qu’une méthode d'exception, le nombre de ses échecs fait qu'il est loin d’être une méthode sûre.
2°) Aussi nous ne croyons pas qu'on puisse pour
un résultat aussi hasardeux faire courir au malade le risque trop réel d’une thérapeutique que nous n’hésitons pas à qualifier de chère et de dangereuse :
— chère quand il faut acheter un bon résultat définitif au prix d’un épanchement chronique intarissable, qui conduira obligatoirement à s'adresser aux méthodes chirurgicales pour obtenir la guérison définitive ;
— dangereuse quand elle expose à des complications parmi lesquelles deux dominent les autres : la perforation, la bilatéralisation.
La perforation pleuro-pulmonaire. Elle est plus fréquente qu'on l’a cru. Elle représente une menace persistante pour le malade, au début de l’oléothorax surtout, mais capable de survenir aussi à tout moment, plusieurs années même après lui. Elle est enfin redoutable, se montrant mortelle dans la plupart des cas ;
La bilatéralisation. Elle survient dans un si grand nombre de cas, et si proche généralement de l’institution de l’oléothorax que nous ne pouvons manquer de l’inscrire au passif d’une méthode qui est décidé-
ment incertaine et risquée.
Vu : Vu :
Le Doyen, Le PRÉSIDENT, ROUSSY. SERGENT.
Vu et permis d'imprimer Le RECTEUR DE L’ACADÉMIE DE PARIS,
S. CHARLETY.
Bibliographie
. ArcHawskr. — Contribution à l'étude de l’oléothorax
(Thèse, Paris, 1924).
Armavs-DeuiLe, DunaMez et Marry. — Société médicale des Hôpitaux de Paris (4 avril 1924).
Armanp-DeziLze et Giroun. — L'oléothorax, complément du pneumothorax chez l'enfant (Bull. Soc. de Pédiatrie, 1930, XXX VIII).
Arman-Deurre, P. Hecurer et A. Macrin. — Sur l’action phréno-inhibitrice de certains oléothorax (Section d’études scientifiques de l'Œuvre de la Tuberculose, 9 janvier 1932).
Arnaup (J.). — Les perforations pleuro-pulmonaires au cours du pneumothorax et de l’oléothorax (Thèse, Paris, 1932).
BEHRENs. — Zum Oleothorax (Schweizerische medizinische Wochenschrift, t. LXII, N° 32, 6 août 1932).
BÉéLeINGATEAU et Popper. — Sur l’oléthorax thérapeutique (Bull. et Mém. de l’Acad. de Méd., 25 avril 1922).
Berk:1 (Bela). — Die Oleothorax Behandlung der Empyeme (Therapia, VII, 1931, Budapest).
Bernarp (Léon), Cosre et VALTIS. — Les perforations pulmonaires au cours du pneumothorax artificiei (Bull. Soc. Méd. des Hôpitaux de Paris, juin 1926).
Bernar» (L.) et TrisouLer. — Le traitement des pleurésies purulentes tuberculeuses (Revue de la Tuberculose, juin 1929).