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OBSERVATION XI

(MicugA, Traité pratique, dogmatique et critique de l’hypochondrie, Paris, 1845.)

Antoine Flotte, natif d’Auvergne, âgé de quarante-cinq ans, doué d’une constitution bilio-nerveuse, exerce à quinze ans une profession pénible, qui est celle de pionnier. À vingt ans, il a des douleurs dans les membres, des lassitudes spontanées, des tintements d’oreille, ses digestions deviennent difficiles ; il ressent un malaise général après le repas ; il a un crachotement presque continuel de mucosités : ces symptômes reviennent tous les printemps, ils sont augmentés par le froid et l'humidité. A trente ans, mouvements insolites dans le trajet du canal intestinal, flatuosités, borborygmes, coliques vives et presque continuelles, vertiges, défaillances, absence momentanée des facultés : intellectuelles, nonchalance, dégoüt pour le travail. Des purgatifs sont administrés sous le seul prétexte que tous ces symptômes étaient dus à la présence d’un tœænia. Ces purgatifs semblent d’abord soulager le malade ; mais ce soulagement n’est que momentané, car bientôt les symptômes reparaissent avec plus d'intensité. Alors, pincements et tiraillements dans la région de l’estomac, appétit tantôt nul, tantôt tellement augmenté que le malade est obligé d’y satisfaire pendant la nuit; céphalalgie, trouble dans les idées ; il se voit forcé de quitter son état, et à

recours pour la seconde fois à l’homme de l’art, qui persiste à voir des

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symptômes vérmineux et qui administré successivement l’assa fœtida, là scammoñéé, le jalap, l'huile de fièin. Les symptômes augmentent sous l'influence de ces remèdes : Flotte est au désespoir ; il se persuade que sa maladie est incurable ét croit avoir dans le corps un serpent qui se meut en différents sens. C’est alors qu’il vient à Paris, il entre à l'Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Petit, Sur sa figure sont peints la tristesse et le découragement, Il réste tout le jour au lit, tar à peine peut-il se soutenir quand il veut sortir ; sa susceptibilité morale est très grande ; il s'emporte furieux contre les personnes qui lui disent qu'il se porte bien et que sa maladie n’est qu’imaginaire ; la nuit, des rêves pénibles, des réveils en sursaut, ne lui permettent aucun repos ; les coliques et les autres syraptômes ci-dessus énumérés persistent encore. M. Petit se borne à quelques boissons àñtiscorbutiques, à des juleps calmants ; de temps à autre, il administre quelques vermifuges, pour satisfaire le désir du malade plutôt que dans la persuasion qu'il existe des vers. Mais, n’obtenant aucun soülagement, il se décide à faire introduire une couleuvre dans les selles du malade, à l’insu de celui-ci, auquel il fut facile de persuader qu’il l’avait rendue. La guérison n’a pas lieu par cette supercherie : le nalade s’en retourne à son pays.

(Recuëillie par M. Ernoul Prevoté, Dissert. inaug. Thèse de la Faculté dé Paris, annéé 1816.)

C'est bien là aussi uh délire cénesthésique, un délire d’interprétation, où l’apparition des phénomènes physiques a précédé l’idée de l’éxistence du serpent ; Celle:ci n’est venue que par suite de l’interprétation fausse, bizarre, délirante, donnée par Antoine Flotte à tous les malaises qu’il éprouve.

Le doctéur Roubinowitch nous dit «qu’entre le cerveau mäladé dû zoomanñe et sa sensibilité plus ou moins troublée par quelque maladie cachée d’un viscère, il y a des relations tellément enchevétrées qu’il ést impossible de dire qui comménce, l'esprit détraqué ou l'organe malade », et M. Régis ajoute qu’il « est souvent difficile de faire la part respective de la prédisposition vésanique et de l'auto-intoxication, d'apprécier si c’est le trouble viscéral qui à précédé ou provoqué le trouble psychique et si c’est l’inversé ». Cela est

Re de Nr souvent vrai, mais nous voyons cependant que dans certains cas les douleurs viscérales ont débuté et ont persisté pendant longtemps comme telles: ce n’est qu'après l’essai de divers traitements que la guérison ne survenant pas, le malade se demande si ses maux ne sont pas dus à une cause autre que l’altération de ses organes, à la présence d’une bête qui, par ses mouvements, par ses réactions, occasionne toutes les douleurs qu’il endure. Et alors cette idée prend corps; le malade arrive à se souvenir qu’à peu près à l’époque où ont débuté ses douleurs, elle a bu de l’eau à une fontaine et a avalé des araignées, puis la systématisation se poursuit et le délire est complètement constitué. L'idée zoopathique est, dans ce cas, due à une interprétation fausse d'un trouble viscéral réel.

Dans la seconde forme, ainsi que nous l’avons dit plus haut, nous allons constater au contraire que les troubles physiques ne sont survenus qu’à la suite de la croyance à l’existence d'un animal. Cette idée à elle seule suffirait à créer le délire de zoopathie interne, mais il est logique pour le malade d'admettre qu’une bête ne peut vivre en un corps humain sans se mouvoir, sans manifester sa présence d’une façon qui ne saurait qu'être douloureuse, etainsi se trouve constitué le complément indispensable, les troubles cénesthésiques. Il est évident que c’est surtout dans les psychonévroses et en particulier dans l’hystérie que nous trouverons le délire de zoopathie interne à point de départ psychique.Qu’à la suite d’une conversation, d’une lecture ayant trait à la possibilité de la présence d'animaux dans le corps humain, un malade arrive à s’imaginer être habité par une bête quelconque, à avoir avalé un serpent, il greffera sur cette idée un délire de zoopathie interne qui, constitué, ne présentera aucune différence avec le délire à point de départ viscéral, du moins dans son état actuel, mais qui en ditférera, ainsi que nous le verrons plus loin, surtout par le pronostic et le traitement.

L'observation suivante de Michea, sans être très explicite,

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nous montre cependant un exemple à point de départ psychique. Un homme dela campagne s’imagine avoir avalé un serpent. C’est 1à la première manifestation de son délire ; jusqu’à ce jour, il n’accuse aucune sensation, aucun trouble viscéral. Ceux-ci ne surviennent d’ailleurs que peu après et augmentent en même temps que le serpent avance en âge et augmente de volume. Tout petit, l'animal ne peut guère causer de désordres, mais en grandissant, «en arrivant à un volume énorme, il produit la plus grande incommodité.» Toujours en mouvement, il va causer des douleurs dans les différentes parties du corps. Les assistants doivent entendre les sifflements horribles et les froissements d’écailles.. et tout cela disparaît le jour où, par une opération simulée, on fait disparaître le serpent. La crainte de l’existence de petits faillit tout perdre, mais l’assurance que c'était un mâle empêcha le retour du délire.

OBSERYATION XII

(MicxeaA, Traité pratique, dogmatique et critique de l’hypocondrie, Paris, 1845.)

Un jeune homme de la campagne, occupé aux travaux des champs, se persuade qu’il a avalé un petit serpent dans un verre d’eau bourbeuse. Il y à cinq ans, dit-il, que cet accident lui est arrivé ; l’animal, depuis ce moment, n’a cessé de s’accroître ; il est arrivé à un volume énorme et produit les plus grandes incommodités. Toujours en mouvement, il parcourt le ventre, monte à la poitrine et s’élève même parfois jusqu’à œil gauche, comme pour effrayer le malade qui a, dans ce moment, la sensation bien distincte de ses dimensions, de sa couleur, de toutes ses allures ; puis, il descend tout à coup par des contours nombreux et en sifflant, dans la région inférieure, ou bien il vient tourmenter le cœur ou s’enlace autour de l’estomac. Les mouvements sont quelquefois si violents, si douloureux que le malade est obligé, pour le contenir, de saisir et de presser un de ses anneaux à travers les parois du ventre. Il

voudrait l’étouffer par cette pression, mais une gaine incompressible le préserve de toute atteinte et il échappe toujours. Le malade a essayé vainement de lui donner la mort au moyen d’une grosse aiguille enfoncée profondément ; la pointe glisse sur la peau écailleuse et cornée de l’animal qui n’en est que plus irrité. Il devient surtout importun quand la faim le presse, et il force le malade à prendre des aliments qui ne servent qu’à fortifier son ennemi. Les assistants doivent entendre les sifflements horribles et le froissement de ses écailles. Le malade, d’ailleurs plein de sens et de raison, ne délire que sur ce seul objet, et parle de la cause prétendue de ses souffrances avec la plus entière conviction.

Fallait-il chercher à le dissuader par des raisonnements ? Tous ceux qui ont vu quelques aliénés reconnaissent l’inutilité d’un semblable moyen en pareil cas. Aussi M. Manry, qui savait d’ailleurs qu’on avait fait sans succès plusieurs tentatives, se garda-t-il de le contredire en rien.

Le malade disait lui-même qu’il n’y avait qu’un seul moyen de le guérir, c'était de faire une opération, et il la réclamait avec beaucoup d’instance quelque douloureuse qu’elle dût être. Elle fut pratiquée. Pour rendre l'illusion plus complète, on fit aux téguments du ventre un large pli; sa base fut traversée avec un bistouri, et l’on passa dans la plaie une couleuvre vivante en forme de séton. La plaie d’entrée étant cachée avec la main, on permit au malade de saisir lui-même la tête ensanglantée du serpent et de joindre ses efforts à ceux des opérateurs pour le retirer. Il faut avoir été témoin de la joie de ce malheureux pour s’en faire une idée. Le lendemain, il trouvait son ventre étonnamment affaissé par suite de l’extraction de ce corps volumineux. Les sifflements si incommodes, les sensations si effrayantes qui le poursuivaient depuis cinq ans, avaient disparu. La guérison fut complète en peu de jours, et depuis elle s’est maintenue. Une circonstance faillit un instant la compromettre : le malade craignait que le serpent n’eut laissé des œufs; on le rassura en lui disant que c’était un mâle.

(Observation recueillie à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Manry, et rapportée dans la Nouvelle bibliothèque médicale,

avril 1829, p. 114.)

L'observation suivante, due à M. le D' Piouffle, met aussi en cause un hystérique, débile mental de plus, qui guérit de

ce délire à l’aide de pilules de bleu de méthylène. Il se persuade avoir, la veille, absorbé un animal au milieu de ses libations un peu trop copieuses, puis cet animal persiste; il n’est peut-être pastrès douloureux, le malade n’ayant pas une intelligence assez active pour bien systématiser un délire, mais il semble bien que la bête ait d’abord existé et que ce soit elle qui ait causé les quelques désordres éprouvés par le malade.

OrservarTion XIII (Résumée, Inédite)

Due à l’obligeance de M. le Dr ProurFLe, médecin adjoint de la maison de santé de Castel d’Andorte.

M. Jules, vingt-deux ans, sans profession, antécédents neuro ou psychopathiques inconnus. A toujours joui d’une bonne santé physique. D'une intelligence peu développée, il travaillait en pension, mais ne réussissait nullement dans ses études, Il est peu instruit; à tendances mystiques.

Il y a deux ans environ, le malade se trouvait dans une ménagerie foraine quand il fut abordé par un monsieur qui lia conversation avec lui. Le malade invita à diner son compagnon de hasard, le suivit au Casino et fit des excès de boisson. M. Jules est persuadé qu’en buvant avec cet inconnu, qu’il n’a pas revu, il a ingéré une bête, «une mauvaise bête ». Il donne des détails très exacts sur la dimension et la couleur de cet animal. C’est une bête mesurant environ 10 centimètres de longueur, de la grosseur de l’index, et d’une couleur foncée; cet animal est plein de vie, très mobile. Siégeant tout d’abord dans la fosse iliaque droite, il se déplace facilement, voyageant et occupant tour à tour les différents organes du tronc, notamment dans le bas ventre, mais n’allant jamais ni dans les membres, ni dans la tête.

Le malade tout d’abord hypochondriaque, très préoccupé de sa santé physique, trouve dans ces sensations anormales un aliment à des conceptions délirantes qui deviennent chaque jour plus intenses. C’est alors que son médecin, le docteur M..., invente le stratagème suivant : «Je vais vous délivrer de cet animal; pour cela vous prendrez les

cities M

En p pilules que je vous prescrit. Si dans vingt-quatre heures vos urines sont bleues, vous pourrez être assuré que l’animal est dissout, liquifié, et s'écoule par l’urèthre ». Inutile d'ajouter que les pilules contenaient du bleu de méthylène, que le malade fut surpris et heureux de constater la coloration prédite de ses urines et qu’il ne douta pas que l’animal ne fût réellement expulsé.

À partir de ce moment toute sensation anormale et toute préoccupation hypochondriaque du côté de ses organes disparurent; depuis, c’est-àdire, un an environ, le syndrome morbide que nous venons de décrire n’a pas réapparu.

Les conceptions délirantes ont changé d’objet, les tendances mystiques se sont accentuées, et le malade à présenté un véritable délire de contraste, dans les idées d’abord, puis dans les actes. Il veut par exemple diriger ses pensées dans tel ou tel sens; aussitôt elles prennent d’ellesmêmes un cours opposé; l'association des idées chez lui au lieu d’être normale est contraire ; le blanc éveille l’idée du noir. Quand en se promenant il rencontre une personne qu'il désire saluer, il enfonce son chapeau sur la tête avec force; quand il rentre à l’église, il éprouve le

besoin de jurer, de rire, de gambader.

D’après Angiolillo, les conditions de la genèse du délire de possession nous sont encore inconnues au fond et nous ne connaissons que quelques éléments qui sont l’existence de nombreuses hallucinations cénesthésiques et des phénomènes psycho-moteurs (mouvements irrésistibles et inconscients); d’après lui, le caractère hystérique présente des conditions favorables à l'apparition de ces idées, et ces conditions se résument dans la suggestibilité, l’aptitude à la désagrégation psychologique, le grand développement des facultés imaginatives uni à la tendance à concevoir toutes les idées sous forme concrète et sensible.

Dans les deux observations suivantes, il existait chez les malades des symptômes de psycho-névrose hystérique.

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