‹ Contribution à l'étude des Délires de Zoopathie interneChapitre 38 sur 42 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

d'animaux contenus dans leurs viscères à la zoanthropie. Ils finissent par personnifier l’animal qu’ils sentaient antérieurement coexister dans leur intérieur ; ils conforment plus ou moins leurs attitudes et leurs mœurs à cette idée. » Aucune de nos observations ne nous permet d'affirmer cette transformation de délirants zoopathiques en zoanthropes ; et Marie n’en donne aucun exemple.C’est une évolution peutêtre possible, mais en tous cas peu fréquente. Marie dit aussi que l’évolution ultérieure peut aboutir à la possession vraie. « Le malade découvre un jour que le lézard, le serpent, par exemple, qu’il sentait dans son ventre, n’est qu’une forme prise par l’esprit malin pour pénétrer en lui. » Nous ne voulons pas discuter ici cette évolution qui, évidemment peut survenir, mais on pourrait aussi prétendre le contraire et citer aussi comme exemple la même observation de Morel que cite Marie. D'ailleurs, Marie cite lui-même un malade qui, après une période de dépression mélancolique avec préoccupation hypochondriaque, a définitivement arrêté ses conceptions délirantes à l’idée que l’intérieur de son corps est rempli d’eau et de poissons. Les gargouillements de son estomac et les mouvements de ses viscères la confirment dans ses idées. D'ailleurs, c’est une personne d’un niveau intellectuel peu élevé. Son idée délirante persiste telle depuis plusieurs années. Elle y ajoute la croyance qu’elle a la tête et le cerveau peuplés d'oiseaux qui s’envolent de temps en temps. Elle sent parler ses poissons qui ont un délire mélancolique des plus caractérisés : ils sont malheureux, malades, mourants.

Le même auteur, dans son livre «<Démence», cite une autre dégénérée avec coprolalie et phobies diverses épisodiques qui arrive à sentir grouiller dans son intérieur des vers plats qui contournaient ses boyaux et la chatouillaient. Elle faisait écouter les borborygmes de son abdomen à l’appui de son dire et croyait entendre parler les vers qui, d’ailleurs» l’insultaient, et ce cas rentre pour Marie parmi les « amné:sies démentielles des représentations du sens interne.» Mais

RTE dans aucun des deux cas, Marie ne nous donne l’évolution du délire.

Nous pensons, et cela d'après ce que nous avons dit en tête de ce chapitre, que le délire de zoopathie interne une fois constitué, systématisé, persiste tel; C.. augmente le nombre de ses vers ; H..., la malade de M. le Dr Sabrazés, n’a pas encore varié dans son délire et rien ne nous autorise à dire que nos malades tourneront à la zoanthropie ou à la démonopathieinterne.

D'ailleurs, quelque soit le point de départ, le délire, une fois constitué, est identique. On y trouve des troubles psychiques et des troubles viscéraux, réagissant les uns sur les autres comme nous avons dit plus haut et constituant un cercle vicieux dans lequel tourne le malade. Tous les gens atteints du délire de zoopathie interne réagissent d’ailleurs de la même façon, ainsi que nous l’avons vu, mais ce qui différencie surtout les zoopathes à point de départ psychique ou organique, est le pronostic et le traitement de leur délire.

Le pronostic et le traitement ne sont en effet pas liés aux mêmes causes, et c’est surtoutici qu’intervient la distinction que nous avons faite au chapitre III.

Le pronostic des délires de la première catégorie, des délires à point de départ viscéral, est lié à ce trouble organique. Que celui-ci vienne à disparaître et le délire cessera ; peut-être pourra-t-il continuer, persister quelque temps, mais si le malade n’est pas trop taré au point de vue intellectuel il recouvrera toute sa raison. Il est fort possible que le malade persiste à croire que des animaux ont existé dans son corps, mais la cause occasionnelle, le trouble viscéral ayant disparu, le parasite s’en est allé. Cet officier, dont parle Falret dans l’observation VII, ne croit-il pas que ses chiens de Terre-Neuve venus à l’occasion d’un abcès des parois abdominales a disparu lors de l’ouverture de cette poche purulente, le malade croyant au départ de ses chiens pendant que le pus s’écoulait, et plus tard, toujours persuadé

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