‹ Contribution à l'étude des Dermatoses Canines et FélinesChapitre 32 sur 33 · IV. — Reproduction expérimentale de la maladie · texte numérisé non relu

IV. — Reproduction expérimentale de la maladie

Pour qu’un être vivant, microbe ou protophyte, soit la cause déterminante d'une maladie, il ne suffit pas ‘ de découvrir, avec quelque constance que ce soit, cet agent dans les lésions produites ; il ne suffit pas non plus de réaliser des cultures ; le seul crilérium possible, la seule preuve, dirons-nous, c'est de reproduire la maladie à partir de la lésion constatée, et de la reproduire en série. Pour bien montrer que le Champignon que nous avons éludié était la seule cause de cette der- matose observée chez le Chat, il nous fallait là reproduire chez d’autres chats. Le matériel que nous emploierons sera évidemment ces cultures pures obtenues sur gélose, ces cultures qui ne sont qu'un état plus pur de ce qui est dans la lésion elle-même. Malheureusement, nous n’avons pu opérer que sur deux animaux, un jeune et un vieux. Nous en tirerons quelques conclusions étiologiques qui, certes, ont une valeur ; mais nous n'’osons appeler cela une reproduction en série,

la seule parfaite.

Nous avons donc choisi deux chats ; le premier élail âgé de deux mois, le deuxième de trois ans et demi. Eu un endroit quelconque du tégument, on scarifie légèrement la peau, et on dépose une parcelle de culture pure. Nous avons essayé de ne pas scarifier, äe déposer seulement la culture et de la faire pénétrer par massage ; nous n'avons rien obtenu. Chez le jeune chat, dans les conditions expérimentales, nous avons vu apparaître une sérosité le 12 jour qui suivit. Puis, petit à petit, une croûte se forma, avec les caractères de la maladie spontanée. Chez le chat adulte, nous observâmes le même processus, mais avec une sorte de ralenti : le 15° jour, la sérosité apparut, mais jamais la croûte formée ensuite n'eut l'ampleur et l'étendue de celle provoquée chez le jeune. D'autre part, le microscope révéla chez ce dernier une abondance extraordinaire du parasite, alors que, chez l'adulte, le protophyte était très clairsemé. Il y a là, à n’en pas douter, quelque chose de comparable à ce que relate Neumann, à propos du favus : « Le jeune âge paraît une condition presque essentielle pour l'implantation d’un Achorion sur le chat. Saint-Cyr a essayé deux fois de transmettre la maladie à des chats adultes et il a échoué, tandis que les inoculations faites à 7 ou 8 jeunes chats ont toutes été fructueuses. »

Deux faits sont, par conséquent, à retenir : D'abord la facilité du développement du parasite sur un organisme jeune, sans pourtant complète impossibilité chez l'adulte, ce qui constitue en somme une question de plus ou de moins ; ensuite la nécessité qu'il y avait

pÉTOEST

de déposer la culture sur une peau scarifiée, si légèrement soit-il, pour voir apparaître la lésion spécifique. Ces deux faits vont nous amener à traiter rapidement de l’étiologie, de la pathogénie, puis du traitement de l'affection.

YA

Etiologie et pathogénie

er

La cause déterminante, nous la connaissons d'une façon certaine : c’est la présence d’un Champignon voisin de l'espèce Aieurisma lugdunense.

Des causes prédisposantes, nous venons d'en examiner deux, à savoir le jeune âge, et une érosion cutanée, si faible soit-elle, Et les deux choses vont se com-.

plétant.

La transmission de l'affection de Chat à Chat paraît probable, à la faveur des deux facteurs ci-dessus mentionnés. Elle peut s'effectuer aussi — c’est là une hypotèse — de l'Homme au Chat ou du Chat à l'Homme. Le Docteur Grigorakis a observé des espèces différentes du même genre Aleurisma chez le Chien et chez l’'Homme, Il n’y aurait donc, 4 priori, rien d'impossible à ce qu’une teigne animale se répande chez Homme, grâce à divers contages, directs ou indirects. En ce qui concerne des espèces aussi domestiques que le Chat ou le Chien, cette question des contages paraît être indubitable, Et il pourrait se passer exactement ici ce que rapporte Neumann: « … il est certain, dit cet auteur, que les souris faviques peuvent confaminer l'homme,

Se re

Anderson rapporte un cas de favus observé sur une petite fille qui avait touché des souris prises au piège, et qui communiqua son mal à la plupart des membres de sa famille, » R. Tripier (de Lyon) put s'inoculer la teigne de la souris. D'autre part, le favus peut passer de la souris sur un animal domestique, chien ou chat, et de là sur l'homme, L'inverse peut se produire ; un teigneux peut donner son mal à son fidèle compagnon, chien ou chat, et en faire un moyen de propagation. Dans sa thèse, en 1847, Jacquetant, ancien interne de l'Antiquaille de Lyon, disait ceci : « J'ai vu, dans le service des enfants teigneux, deux chats avec lesquels jouaient les petites malades contracter le favus, et un favus absolument semblable à celui dont elles étaient elles-mêmes, pour la plupart, affectées. »

Peut-être, — et c'est là encore une hypothèse qui demanderait à être vérifiée — le premier vecteur de la maladie était-il une souris qui aurait transmis l'affeclion au chat. On n’a jamais signalé une pareille dermatomycose chez le chien, dans nos ouvrages vétérinaires : la seule publication est celle du Docteur Grigorakis, incriminant Aleurisma Vuillemini. Et encore cette communication donne diverses précisions eliniques. Il s'agissait « d'une plaque érythémato-squameuse avec les poils engaînés et coupés à diverses distances de leur racine, plaque siégeant sur la tête du chien, et déterminant, par conséquent, des lésions analogues à celles qui sont dues au Microsporum lanosum ». Il pourrait donc y avoir une dermatose à Aleurisma plus spéciale au chat, parce que transmise par la souris,

PNA. EE

Une autre hypothèse encore — puisqu'il nous faudrait d’autres preuves pour conclure quant à l’étiologie exacte — peut être tirée de ce que nous savons de l’origine saprophytique des mycoses. L'examen des lésions générales de ces maladies nous a appris que ce n’est que sur une Surface largement aérée (peau, muqueuse respiratoire) que le protophyte parvient à donner des organes reproducteurs. Par contre, dans les tissus profonds, compacts,là où l'air fait défaut, le parasite esl réduit à la forme mycélienne, à son appareil végétatif, sans organes reproducteurs ; « les conditions de vie imposées par le parasitisme sont trop mauvaises pour lui permettre d'achever son développement ; on retrouve là l'influence dégradante de la vie parasitaire, telle qu'elle s’exerce par une loi générale sur tous les êtres vivants. » (Professeur Marotel). Deux déductions peuvent être tirées de ce fait : 1° D'abord, ces espèces existent sous une autre forme que celle qui nous est révélée dans leur vie parasitaire ; elles existent avec un appareil reproducteur, sans quoi, au bout d’une génération, elles auraient forcément disparu. 2° D'autre part, il existe des cas où on voit apparaître une mycose, spontanément semble-t-il, dans un milieu privé d’un malade préexistant. Ces déductions nous permettent done de poser l’hypothèse de l’origine saprophytique des mycoses. I y a là quelque chose de semblable à l’évolution des maladies microbiennes : l'agent causal (streptocoque, staphylocoque, ete...) vit à l’état normal dans la nature ; puis, à la faveur d’une cause occasionnelle propice, il exalle sa virulence et crée la ma-

Jadie. les Champignons, eux, sont transportés, soit par

le vent, soit par les animaux, soit par les insectes, soil par les aliments, sur l'hôte favorable, et s'ils y trouvent des conditions suffisantes, ils germent et créent la maladie. Geci est amplement démontré déjà par l'actinomycose et l’aspergillose, dont les parasites existent normalement sur diverses matières organiques mortes (paille, grains, fourrages).

Peut-être en est-il ainsi pour l'affection que nous étudions. Cette hypothèse demande évidemment à être vérifiée, mais elle est loin d’être invraisemblable.

Ainsi donc, la pathogénie de l'affection peut s’édifier de la manière suivante : A la faveur de l’une des causes sus-mentionnées (par hypothèse), le Protophyte s’installe sur un organisme. S’il y trouve des conditions de vie favorables, il se développe : au point de vue clinique, la croûte se forme, car il y a une action locale, irrilante, et, par suite, des lésions inflammatoires. Les spores qui ont germé peuvent être propagées à d’autres parties voisines du corps, d’où l’appariton de nouvelles croûtes. Celle propagation, à la vérité, ne nous paraît pas très étendue, car les croûtes ne se remarquent que : dans une zone restreinte. Quant à l’action toxique que l’on a voulu reconnaître à certains Champignons, par analogie avec les Bactéries, elle est nulle dans le cas qui nous occupe, toujours pour la même raison, à savoir la non-généralisation des croûtes.

Traitement

Le traitement est simple. Le mycélium n’est que peu résistant aux agents thérapeutiques les plus anodins ; les spores sont plus résistantes. Nous avons obtenu la guérison complète en 8 jours, par le badigeonnage des croûtes à l’aide de teinture d’'iode, diluée au dixième dans l’alcooi à 80°. Au préalable, on coupe les poils sur les lésions, en les débordant de un centimètre environ ; on ramollit les croûtes à l’aide de glycérine, et le lendemain, on les arrache au moyen d’une pince. Tous ces produits sont soigneusement recueillis et brûlés, ceci pour éviter la contagion.

L’affection guérit donc très facilement, plus facilement que l’eczéma. II suffit d'un traitement externe, puisque c’est une dermatomycose, et non pas un eczéma, qui serait justiciable d'un traitement mixte, d'une part externe, mais aussi et surtout interne.

Conclusions

Ï. — Il existe, chez le Chat, une dermatomycose caractérisée cliniquement par la présence de petites croû- Les, brunâtres, dures, anguleuses, adhérentes à la peau, disséminées en nombre restreint au milieu de la four-

rure, sans altération ni chute du poil, et sans prurit.

II. — L'agent causal de ce pseudo-favus est un Champignon (Trichophytées), cultivable sur milieux Sabouraud et se rapprochant de l’espèce Aleurisma lugdunense.

III. — D'une pathogénie encore hypothétique, l’affection est justiciable d’un simple traitement par la teinture d’iode au dixième, les dermatophytes étant relativement peu résistants aux antiseptiques ordinaires.

Vu : Le Directeur Le Professeur

de l'Ecole Vétérinaire de Lyon de l'Ecole Vétérinaire, Ch. PORCHER. MAROTEL.

Vu : Le Doyen, Le Président de la Thèse, J. LÉPINE. Dr GUIARD.

Vu et permis d'imprimer :

Lyon, le rer Décembre 1928.

Le Recteur, Président du Conseil de l’Université. J. GHEUSI.

Bibliographie

L — Du diagnostic de la gale sarcoptique et de son traitement

Bulletin de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, 1920, pages 166 et 247.

CAZALBOU. — A propos de la gale (Bullet. de la Soc. Centr. de Méd. Vétér., 1918, p. 233). |

CAzALBOU. — Gale et sulfuration (Bullet. de la Soc. Centr. de Méd. Vétér., 1919, p. 119).

DEGois. — La sulfuration dans le traitement des affections

parasitaires externes du chien (Rec. de Médec. Vétérin., 1926, page 215)... k

DEMoRA. — Sur le traitement de la gale (Rec. Médec. Vétér., 1919, pages 32 et 259).

Dictionnaire de Médecine vétérinaire, 1862, tome 7 (article

Gale).

Dictionnaire de Médecine vétérinaire, 1875, tome 2 (article Gale). d

Dictionnaire Vétérinaire Fontaine et Huguier, tome 1 (article Gale).

HENRY. — Sur un mémoire de M. Demora relatif à la guérison de la gale par les gaz sulfureux (Rec. Médec. vétérin., 1919, p. 32. et 259).

HENRY et LEBLoIs. — Contribution à l'étude des gales sarcoptiniques du chien (Rec. de Médec. vétérin., 1922, p. 369).

Rp. 0

LegLois. — Documents pour servir à l’Edification d’une Dermatologie animale.

MAROTEL. — Parasitologie Vétérinaire.

MoLLEREAU, PORCHER, NicoLas.— Vade-Mecum du Vétérinaire.

TroosT et PÉCHARD. — Eléments de Chimie.

Vax SACEGHEM. — Note sur le diagnostic de la gale sarcoptique du cheval. {Rec. de Médec. vétérin., 1919, p. 554).

VIDELIER. — À propos de la gale (Blanchir n’est pas guérir),

(Rec. de Médec. Vétérin., 1919, p. 266).

Page 1