‹ Contribution à l'Étude des Diarrhées PaludéennesChapitre 13 sur 25 · DL REE · texte numérisé non relu

DL REE

le sous-nitrale de bismuth, les lavements à la ratanhia, et même les vésicatoires sur le ventre. Puis, voyant l'inulililé presque absolue de leur tenlalive, les médecins prirent le parli de renvoyer le malade en France.

Il séjourna quelque temps à Lyon el la diarrhée persisla encore, quoiqu'il y fut soigné pendant plus de vingt jours.

Enfin, 1l vint à Paris, el entra à la Maison de Santé de la rue Oudinot, le 1° avril 1879. Il élait dans un élat de dépérissement extrême, pâle, pouvant difficilement se tenir debout, nolablement amaigri, bien qu'une légère bouffissure générale empêchäl d'apprécier exactement cel amaigrissement. Les principaux appareils ne portaient aucune lésion notable. La respiration élail pure et nette. Au niveau du cœur el sur le lrajel des vaisseaux existait un léger souffle anémique. Du côlé du ventre, le foie paraissait alleint d'une légère augmentation de volume, mais la rate semblait normale. La masse intestinale un peu ballonée, mais à peu près indolente.

Les selles sont fréquentes ; elles atteignent le chiffre de 10, 12, el quelquefois plus, en vingt-quatre heures. Malgré leur fréquence, elles sont abondantes, rarement aqueuses ou séreuses, mais presque toujours constituées par une sorle de purée grise assez finement granuleuse. Elles ont une odeur fade, d'une félidité singulière lelle que la chambre en demeura presque constamment imprégnée. Parfois elles sont mélées de sang — d'un sang rouge liquide qui ne vient pas d'un point très éloigné de l’inteslin. Les selles sont précédées de quelques coliques, mais leur excrélion est indolente et facile.

Dans l'intervalle, le malade se plaint d'une sensalion indéfinissable de plénitude sur laquelle 1l attire l'attention.

Les urines ne soul pas franchement albumineuses, bien que la chaleur y provoque un léger trouble. Complant sur le changement de climat, le docteur Ferrand se mit en devoir d'accélérer la guérison par les moyens usuels laudanum, sous-nilrale de bismutlh, vésicaloire, eau de

chaux, uitrale d'argent, acétale de plomb, thériaque, régime lacté, viande crue, tout ful mis à contribution.

1} en résultait bien par instants une amélioralion passagère, mais la diarrhée reparaissail de plus belle. Cependant le malade tombait dans le marasme, son visage pâle, bouffi, devenait cachechique, ses urines albumineuses . Enfin, la mort s'approchait à grands pas. M. Ferrand avail déjà perdu, dans le même établissement, un malade présentant la même symptomalologie.

Sur ces entrefaites, il lit l'observation précédente dont je venais de donner communication à la Société des Hôpitaux, son esprit en est frappé à juste titre ; il pense qu'il y a quelque raison d'essayer le sulfale de quinine.

Son malade, d’ailleurs, avait été atleint de diarrhée dans la campagne romaine, où le miasme palustre règne avec une grande puissance ; el, quoique la rate ne fut pas Luméfiée en apparence, el que, au dire du malade, il n’avail pas eu d'accès de fièvre intermittente ni aucun trouble périodique, 1] était naturel de tenter l'usage du sullate de quinine. C'est ce qu'on fit, à la dose de 0,50 centigrammes, dans une polion acidulée administrée par cuillerée à bouche toutes les ? heures. En même lemps, le régime lacté fut remplacé par celui de la viande el. du vin. Telle était la prescriplüion le 29 mai.

À dater de ce moment, la diarrhée cessa. Le malade fut d’abord trois jours sans aller à la selle.

Le 22, selle abondante, normale, quoiqu'un peu molle.

Le 23, nouvelle selle de matière parfaitement moulée, louable à Lous égards.

Dès cette époque, le malade reprend toul espoir, entre dans une amélioration notable. La faiblesse diminue, l'ædème se dissipe, l'appétit renait, un sentiment de bienêlre succède au sentiment de plénitude dont se plaignait le malade.

Le 24. Pas de garde-robe.

Le 2. Selle d'indigestion abondante et molle, accom-

nr

pagnée de quelques coliques ; mais les accidents ne se reproduisent pas.

Les 0,50 centigrammes de sulfate de quinine ont été continués jusqu'à ce Jour ; à partir de ce moment, la dose est abaissée à 0,25 par vingt-quatre heures. À partir du 30, le malade ne prend plus de sulfate de quinine qu'un jour sur deux ; el enfin, le 4 juin, on cesse complètement l'usage du médicament.

Le 7 juin, le malade se lève, et, bien que se sentant faible, peut se promener au jardin.

Il mange d'un grand appétil, suit le régime des convalescents, n'a plus qu'une selle naturelle tous les vingtquatre à trente-six heures. Les urines ne donnent plus qu'un léger trouble ; le sommeil est bon, el, à part la faiblesse, tous les organes semblent en bon étal.

OBsERvATION VI

Observation de J. Simon (Arch. gén. de Méd. 1870)

Diarrhée chronique dalant de cinq mois environ, non trailée pendant quatre mois et demi ; lrailée sans le moindre succès pendant trois semaines par les opiacés et Îles astringentis ; guérie subitement par l'administration du sulfale de quinine.

Desjardins, Jean-Jacques, âgé de 67 ans. glaisier de son élat, entre le 5 octobre 1869, se plaignant d’une diarrhée chronique, datant de cinq à six mois, el d'un rhume survenu depuis huil à dix jours à peu près. Ce pauvre vierllard n'a jamais élé sujet ni à l’une ni à l’autre affeclion, quoiqu'il exerce une profession qui doive y singulièrement prédisposer. Il travaille, en effet, depuis l'âge de 14 ans, dans des galeries soulerraines à l'extraction de la terre glaise propre à la briqueterie et à la poterie, constamment à genoux dans l'humidité, sans lumière solaire, presque sans air, dans un milieu des plus malsains. En dépit de ces déplorables condilions hygiéniques, qui obligent communément les ouvriers à quiller la profession, il n'a ja-

mais élé malade qu'une fois, c'était en 1842. Son membre inférieur droit devient le siège de douleurs vives, mobiles, rhumalismales, qui parurent porter sur les masses musculaires. Toujours est-il que celte affection n'élail point fébrile, mais qu'elle était singulièrement tenace. Elle dura plusieurs mois.

Rien ne l'a atteint en dehors de ces accidents rhumatismaux, ni bronchite, ni fièvre intermittente. Il a toujours élé très maigre, soumis aux plus dures privalions, mais jamais adonné aux excès alcooliques.

[Il y a six mois environ, il est pris, sans cause appréciable, de diarrhée abondante, non dysenlérique, séreuse, biliaire, alimentaire, <e traduisant par cinq ou six selles par Jour, précédées de coliques abdominales, peu intenses el rendues sans ténesme, plulôl comme par une sorte de relâchement de l'intestin. En même lemps, l'appétit se perd, les forces diminuent et l'amaigrissement fail encore des progrès. Il ne consulte aucun médecin el ne suit aucun régime. La diarrhée continue sans s’aggraver, mais les forces s'épuisen! complèlement, el le malade arrivé au lerme du dénûment el de la misère physiologique, se présente, le 25 octobre dernier, à l'hôpital Necker. Son visage esl lerreux, ses yeux excavés, sa maigreur squelellique ; ses forces nulles ; il ne peul marcher sans appui. La diarrhée atteint loujours le chiffre de cinq ou six garderobes par Jour, rendues sans efforts, sans ténesme, el presque sans coliques. Elle est séro-bilieuse, nullement sanguinolente, lrès liquide. Appétil nul, ou à peu près, pas de fièvre. Le foie et la rale sont d'un volume normal > à peine cel organe paraîl-il légèrement augmenté de volume. Ce malade lousse assez fréquemment, expeclore des mucosilés sans caractère, el l'examen de Ja poilrine ne révèle que des rales sans crépilants mêlés à un peu d'expiralion prolongée, mais sans matilé mi craquement en aucun point. Ce calarrhe bronchique n'est point de la même dale que la diarrhée. Il n'a fait son apparilion que depuis une dizaine de jours, vers le 15 octobre, au moment où le

malade se débilitait de plus en plus. L'absence de fièvre (pouls, 84, pas de sueurs) au début, comme le jour de son entrée, permet de penser qu'il ne s'agit point là d'une bronchite normale, mais plutôt d'une bronchite catarrhale, d'une sorte de fluxion des bronches, avec hypersécrétion de l'arbre aérien. Le diagnostic porté était donc celui-ci : Diarrhée chronique, simple, à longue échéance, survenu, chez un misérable, plongé dans les plus détestables condilions hygiéniques. En outre, catarrhe bronchique, reconnaissant la même origine, mais de date récente. En conséquence, le 25 octobre, il fut soumis au régime suivant : opiacés, aslringents, repos au lil, Lisanes chaudes el bouillons, potages.

Ce traitement fut rigoureusement observé du 5 octobre au 1? novembre, et la diarrhée ne s'amenda pas d'un iota. Le malade se trouvait exactement comme le jour de son entrée, quand M. Lassègue lui administra une potion contenant I gramme de sulfate de quinine, qu'il prit en trois fois, à vingt minutes d'intervalle chaque fois. Le jour méme, la diarrhée s'arrêta. Elle ne s’est point reproduite depuis. Le médicament a élé prescrit une seconde fois le levdemain. Ce malade ne suit en ce moment aucun régime.

Ces observations (V el VI) si intéressantes de J. Simon nous montrent l'importance du diaguostic des formes larvées du paludisme intestinal. Leurs seules lectures nous édifient sur la nalure palustre de ces diarrhées chroniques, contractées en pays paludéens, rebelles à tout lraitement, et cédant rapidement par la quinine, Nous remarquons toutefois la nécessité de prolonger l'administration de ce médicament même après la sédation des troubles intestinaux.

OBsErvATION VII Observalion due à l’obligeance de M. le docteur Fourcabe Professeur libre de l'Ecole de Lyon.

Le lieutenant-colonel Laborde, étant à Oran (alors lieutenant), élail alteint de diarrhée. Tousles médecins mili-

taires l'avaient soigné, avec les méthodes habituelles, sans succès. Le malade maigrissait el dépérissait à vue d'œil. Pendant deux jours, le malade avait de la diarrhée, le troisième jour, il y avait amélioration et il commençait à manger. La diarrhée reprenait, on accusait le régime, et on revenail à un régime sévère. Rien n’y faisait. L'aide-major Bertrand, un jour, eut l’idée que ce pouvail être du paludisme. On donna de la quinine ; immédiatement, la diarrhée cessa. Le malade put manger et redevint capable en peu de temps de faire son service de lieutenant.

Sans antécédent paludéen, avec fièvre

OBsEervaTION VIII Observation du docteur Poraix (relatée par J. Simon) (Archives Générales de Médecine, 1870, p. 194)

Fièvre intermiltente quotidienne et diarrhée datant l’une et l’autre de trois mois, simultanément guéries par le sulfate de quinine. Action curative de ce dernier en injeclions hypodermiques. Observation due à l'obligeance du

docteur Polain, professeur agrégé el médecin de l'Hôpital Necker.

Le 22 juillet 1869, entre à l'Hôpital Necker, au n° 30 de la salle Sainte-Anne, une femme nommée Mélanie Bézière, qui se disait alleinte de fièvre el de diarrhée. Cette femme, qui avait habité pendant trente ans la rue de Sèvres, sans êlre Jamais malade ; était allée demeurer, il yaun mois environ, dans une maison neuve de l’une des avenues qui avoisinent l'Ecole Militaire. Ses fenêtres regardaient le Champ-de-Mars, où se faisaient à celle épo-

le

que de nombreux terrassements. Là, elle fut prise, il y a trois mois, d'une diarrhée simple, mais abondante, qui occasionnail jusqu’à 1? selles par jour, et elle éprouva en même temps des accès de fièvre quolidiens assez inégaux dans leur intensité, mais très réguliers quant à l'heure de retour.

Au bout de trois semaines de ces accidents contre lesquels elle n'avait employé aucune médicalion, la malade changea de logement pour habiter une autre maison située non loin de la première et orientée exactement de même. Durant trois semaines, la diarrhée et la fièvre diminuèrent. Il n'y eut plus que deux ou trois selles par jour, et les accès de fièvre parurent moins accentués. Mais au bout de ce temps, les choses revinrent dans le même élat où elles étaient au début de la maladie ; les selles reprirent la même fréquence et les accès fébriles la même régularité.

Ceux-ci débutlaient chaque jour vers midi, se caractérisaient par des frissons, suivis de chaleur et de sueurs, et duraient jusque vers trois heures de l'après-midi. A son entrée à l'hôpital, cetle femme était encore dans le même état, ayant la même diarrhée abondante el les mêmes accès fébriles qui revenaient à midi. Au moment de la visite, on la trouve sans fièvre. Elle était pâle, assez amaigrie el paraissait fatiguée par la longue durée de sa maladie ; cependant, on ne lui trouvait aucune apparence de cachexie. L'appétit était faible, la langue sans enduit, le ventre souple el non douloureux, la rate un peu augmentée de volume.

Le 23, la malade prit 40 centigrammes de sulfate de quinine en deux doses : la première, à quatre heures du matin ; la seconde, à huit heures. L'accès vint encore vers midi, mais très notablement moindre que les jours précédents. Il n'y eut que trois selles dans les vingt-quatre heures.

Le 24, le sulfate de quinine fut donné à la même dose et de la même façon. Il y eut encore trois selles, mais la

fièvre fut encore moindre que la veille, débutant seulement à une heure de l'après-midi pour se terminer à deux heures et demie.

Le 25, la malade se trouvait déjà beaucoup mieux, el, quoique les accidents ne fussent pas encore supprimés, comme ils n'avaient absolument aucun caractère sérieux, on suspendit Ja médication dans le but de rendre l'expérimentalion thérapeulique plas posilive el plus complète. Celle journée et la suivante se passèrent bien, sans fièvre el sans diarrhée notable. Mais le 27, un accès de fièvre bien accusé, reparul à six heures du soir.

Le 28, on fait deux injections hypodermiques de sulfate de quinine maintenu en solution à l'aide de l'acide tartrique. Dans chaque injeclion, on administre 25 centigrammes de sulfate de quinine. La première est faile à six heures, la seconde à huit heures du soir. La fièvre parut encore, mais très nolablement moindre que la veille.

Le 29, on cesse l'emploi du sulfate de quinine pour y substituer 60 grammes de vin de quinquina avec de la lisane de pelile centaurée. Il n’y a plus de selles diarrhéiques et le mouvement fébrile est extrêmement léger.

À parüir du 30, il n'y a plus ni fièvre, ni diarrhée. La malade se trouve bien. Elle demeure encore quelques jours à l'hôpital sans éprouver de rechute ; puis sortie le o aoùûl, elle n’a pas élé revue depuis.

OBsERvATION IX

Observation de Garnier (in thèse Garnier, 1889)

Laura B... P..., âgée de quatre ans : RApRis quatre mois environ, se réveille chaque nuit, entre 3 heures et 3 heures 1/2, en état de sueurs et avec un besoin impérieux de défécation, aboutissant à l'expulsion de selles diarrhéiques abondantes.

Le médecin, plusieurs fois appelé, ne lui à jamais lrouvé de fièvre. Cette diarrhée prescrits par lui : au lait,

e a résislé à Lous les traitements à la viande crue, au bismuth.

ie

au laudanum, aux astringents, aux purgalifs el notamment à la manne et au sulfate de soude...

L'enfant, conséquemment de grasse el rosée qu'elle élait, est devenue maigre, pâle, anémiée et triste. Sur ces entrefailes, un soir du mois d'août, vers huit heures, en ma présence, l'enfant est pris de fièvre avec frissons, suivis de chaleurs : T. 38°%5.

Fort avant dans la nuit, vers trois heures, l'enfant se réveille selon son habitude, en élat de sueurs el avec une diarrhée abondante.

La périodicilé jusque-là affectée par la diarrhée, l’inefficacilé de tous les traitements précédemment dirigés contre elle, la succession de la dernière débâcle intestinale à un accès de fièvre paludéenne, me font songer à une manifestalion chronique, primitivement larvéé et apyrétique, puis fébrile, el je prescris, en conséquence, pour le lendemain, une dose de 50 cenligrammes de quinine à prendre six heures avant le relour de l'accès.

Le succès est immédiat el me confirma dans mon opinion première ; la nuit qui suivit fut exemple el d'accès el de diarrhée.

Le lendemain, deuxième dose identique à la première, et donnée dans les mêmes condilions qu'elle; même succès.

Le quinquina sous forme de poudre el de vin est ensuite donné pendant près d'un mois. Le bien se maintient. L'enfant engraisse visiblement.

Mais, en septembre de la même année, elle rechute et présente les mêmes manifestalions à l'élal aigu, cette fois. Vers quatre heures, est prise de fièvre avec frissons, suivis de chaleur, puis de sueurs el de selles diarrhéiques copieuses.

Les parents ne s’en inquiètent pas oulre mesure et la quinine n'esl pas donnée.

Le lendemain, à la même heure, loutes les manifestalions de la veille réapparaissent. Je suis alors appelé.

Tempéralure : 4091; consécutivement à celle hyper-

thermie, vers sept heures el demie, sueurs el diarrhées copieuses.

Je prescris 0 gr. 75 centigrammes de quinine à prendre aussitôt, el autant pour la lendemain matin, entre dix et onze heures.

Le soir, vers quatre heures, aucune manifeslalion ; seulement quelques malaises.

Le surlendemain, 0 gr. 50 de quinine, même résultat.

A partir de ce jour, quinquina en poudre el en vin pendant près d'un mois. L'enfant gagne, avec ses parents, le Morne-Rouge, endroit très sain. Depuis, elle se porte très bien.

Les allures de la diarrhée, son apparition avec les accès fébriles, sa disparilion corrélalive de celle des accès, sous l'influence de la quinine, voilà autant de preuves incontestables en faveur de leur nature paludéenne.

avec antécédents paludéens, avec fièvre

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