INTRODUCTION
La créatine est un important produit azoté non protéique des muscles. Son anhydride, la créatinine, est, après l’urée, le produit azoté le plus abondant de l’urine humaine. Depuis un siècle, l’étude de ces deux corps a donné lieu à de nombreux travaux.
C’est en 1832 que Chevreul (1) isole d’un extrait de viande une substance cristallisée nouvelle qu’il nomme « créatine » pour rappeler son origine (du grec xçeaç, viande). En 1844, Heïntz et Pettenkoffer (2) séparent de l’urine plusieurs corps cristallisés que Liebig (3) identifie à la créatine en 1847. Il montre que par perte d’une molécule d’eau, ce corps donne la « créatinine » et il indique les formules brutes exactes de ces deux produits. À sa suite, de nombreux chimistes étudient les corps créatiniques et tentent d’élucider leurs constitutions. C’est à Erlenmeyer (4) que revient le mérite d’avoir donné les formules développées qui sont en usage aujourd’hui.
Par la suite, de nombreuses recherches ont été effectuées sur ces composés, et ont permis de préciser le rôle biologique des corps créatiniques. En 1927, Fiske et Subarow (5) d’une part, P. et G. Eggleton (6) d’autre part, font la magnifique découverte de l’acide créatine-phosphorique, le phosphagène, montrant ainsi le rôle capital de la créatine.
Aujourd’hui, les notions de seuil urinaire et de coefficient d'épuration sanguine ou Clearance de Van Slyke, ont pris une place importante dans l’étude de la fonction rénale. Or, la créatinine est
(1) Chevreul. — Journ. Chim. méd., p. 548 (1832).
(2) Pettenkoffer (M.). — Ann. Chem. Pharm,. t. 52, p. 97 (1844). (3) Liebig (J.). — Pharm. Central Blatt, p. 785, N° 50 (1847). (4) Erlenmeyer (E.). — Ann. Chem. Pharm., t. 146, p. 259 (1868). (5) Fiske (C.) et Subarow (Y.). — Science, t. 67, p. 169 (1928). (6) Eggleton (P.) et (G.P.). — Biochem. J., t. 21, p. 190 (1927).
tue
le type des substances sans seuil. Il y a donc intérêt à connaître le comportement du rein vis-à-vis de la créatinine, par des déterminations quantitatives dans les liquides biologiques.
La créatinine provient du métabolisme endogène. D’après le Professeur Terroine, la créatinurie serait l’indice de l’intensité du catabolisme musculaire. On constate, en effet, une élimination accrue de la créatine dans l’urine après un exercice musculaire.
La quantité de créatine trouvée dans l’urine est faible. Normalement, cette quantité représente celle qui est apportée préformée par l'alimentation. Cependant, on constate une augmentation de la créatine dans l’urine, créatinurie, chez les enfants surtout de sexe féminin. Cette élimination de créatine semble en relation avec la formation et l’évolution sexuelles. Elle augmente au moment des règles et durant la grossesse. On peut constater également une créatinurie accentuée dans le cas de diabète et de jeune glucidique accompagnant l’acétonurie et également dans les atrophies museulaires. Normalement, on trouve une élimination de créatine de l’ordre de 1 g. à 2 g. par 24 heures.
Le dosage des corps créatiniques est assez complexe. Primitivement, il était effectué suivant la méthode de Neubauer (1) par pesée de la combinaison créatinine-chlorure de zinc. Ce procédé n’était pas quantitatif. En 1904, Folin adapte la réaction de Jaffé au dosage de la créatinine et, depuis lors, on à proposé de nombreuses techniques et modifications. C’est dire que le procédé a été l’objet d’une sévère critique. Mais les résultats obtenus sont parfois discordants ; en particulier lorsqu'il s’agit de la créatine. On sait, en effet, que l’on dose la créatine après l’avoir transformée en créatinine par déshydratation ; on obtient ainsi la « créatinine totale ». La différence entre créatinine totale et créatinine préformée constitue la créatine exprimée en créatinine.
La nécessité de déshydrater la créatine rend son dosage long et difficilement accessible au laboratoire courant. Nous nous sommes proposé, sous la direction de notre Maître, Monsieur le Professeur Cordier, d’envisager l’étude du dosage de la créatine.
Notre travail a été effectué, en premier lieu, sur des solutions pures, puis sur l’urine. Avant d’aborder le dosage de la créatine, il a été nécessaire d'envisager l'étude systématique des conditions
(1) Neubauer (C.). — Z. anal. Chem. t. 2, p. 22 (1863).
Se
d’emploi de la réaction de Jaffé pour la détermination quantitative
de la créatinine.
Nous adopterons dans notre exposé le plan suivant :