‹ Contribution à l'étude des doubles poucesChapitre 8 sur 24 · EE PRE · texte numérisé non relu

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RESTE reprirent plus ou moins leurs théories qu’ils cherchèrent à développer. Nous ne nous arrêterons pas ici à ces théories qui n’ont plus actuellement qu’une valeur historique.

P. Broca croyait à la bifurcation d’un embryon simple par des causes occasionnelles. Piané appliquait à la polydactylie la théorie générale des organes surajoutés émise par LÉMERY, et admettait la coalèscence embryonnaire,ou fusionincomplète de germes primitivement distincts. Cette théorie quoique très légitime paraît être ici d’une application quelque peu excessive,elle se heurte à cette objection :

Pourquoi la localisation se ferait-elle presque exclusivement aux doigts et particulièrement au pouce?

Cette fréquence de la localisation au pouce indique que les théories générales des malformations ne peuvent être qu'incomplètes et que c’est dans le développement de la main et du pouce lui-même qu’il faut chercher une explication valable. |

Huaurer semble s'être rendu compte le premier de ce fait. Il invoquait la vigueur formatrice du pouce disant que « la nature avait dû le douer d’une force génésique supérieure à celle des autres doigts ». Cette théorie malheureusement n’a guère de valeur scientifique, elle ne repose sur aucun fait sérieux ; et on lui a reproché de n'être qu’une simple vue de l'esprit.

Fozrz, de Lyon, considérait le pouce comme un doigt primitivement binaire dont la disposition actuelle était due à la coalescence embryonnaire des deux doigts

externes de la main, la duplicité du pouce ne serait

cp A qu'un retour vers le type normal. Bien qu’on ait qualifié cette théorie d’étrange elle n’était pas si loin du Darswinisme qui eut tant de partisans.

La théorie de Darwin reprise par BARDELEBEN et par ALBRECHT fat admise par le PROFESSEUR Poirier dans sa thèse d’agrégation (1886). Pour ces auteurs la polydactylie pollicienne était un retour vers le type normal disparu pendant l’évolution phylogénétique, le type héxadactyle étant le type primitif.

Nous ne développerons point ici toute la théorie émise par ALBRECHT sur la vraie et la fausse hyperdacty lie et nous dirons avec M. Van HAELsT que si le Darsinisme compte encore aujourd'hui beaucoup de partisans, il n'est guère acceptable pour expliquer la malformation qui nous occupe ici, car à part quelques anomalies telles que certains appendices caudaux par exemple les malformations susceptibles d’être considérées comme réversives sont exceptionnelles. De plus en admettant le type héxadactyle comme normal comment expliquer alors par l’atavisme les cas où l’on trouve jusqu'à dix doigts et plus à une seule main.

On a opposé à celte théorie celle de l'intervention amniotique dont ALFELp était le père, et qui fut adoptée en France par plusieurs auteurs, notamment le professeur LANNELONGUE et son élève Tape. Ces derniers considèrent la polydactylie comme étant due à la formation chez le fœtus d’adhérences où de brides cicatricielles causées par des lésions de l’amnios et s’établissant soit entre les fœtus et les enveloppes, soit entre

différentes parties du fœtus lui-même ; il se formerait

CURE sous cette influence des bourgeons digitaux supplémentaires qui donnent naissance à leur tour à des doigts supplémentaires. Cette théorie très séduisante et admise

par nombre d’auteurs demanderait à être vérifiée. On

Agde

comprend mal toutefois comment une adhérence de

l’amnios est susceptible par sa simple présence de diviser un doigt en deux et de provoquer la polydactylie. Cette théorie de plus n’explique en aucune façon le

caractère héréditaire de cette dernière malformation.

On ne peut dénier toutefois à l'influence de l’amnios |

toute valeur comme cause de polydactylie, mais cette action, croyons-nous, ne se rencontrerait que d'une facon tout à fait exceptionnelle. /

Pourrait-on enfin expliquer cette malformation par un processus tératologique agissant sous l’influence du système nerveux, comme le fait Boxer ? Nous croyons que celte théorie peut être rejetée a priori. A l’époque où la cause provocatrice pouvait intervenir, il n’existe aucune connexion entre le système nerveux et les parties distales des membres. Ce dernier ne pourrait donc déterminer la modification des bourgeons embryonnaires qui se développent en dehors de son influence.

Un fait qui domine dans l’étiologie de la poly dactylie pollicienne c’est l’hérédité. WinscLow fut le premier à l’invoquer. GRuBEr dans sa statistique ne la retrouve que dans 14 familles sur 60. Malheureusement beaucoup d'auteurs qui ont signalé des cas de pouces surnuméraires restent muets sur ce point. Sans doute, il

y a lieu de tenir compte de ce fait que la malformation

ASUS peut sauter une ou plusieurs générations ; les parents, de plus, ont quelquefois une certaine tendance à en dissimuler l’origine héréditaire.

Néanmoins à l'heure actuelle l’hérédité est admise comme une cause d’une fréquence incontestable. Quelle que soit l'importance de l’atavisme il faut bien reconnaître que, dans certains cas, l’hérédité paraît entièrement étrangère à la production de la malformation : elle est peut-être une circonstance favorable à la production des difformités congénitales, mais elle n’est pas indispensable et ne peut être considérée comme cause

suffisante.

On a essayé d’invoquer la consanguinité mais dans le cas particulier de la poly dacty lie pollicienne bien qu’on la retrouve quelquefois dans les antécédents elle n’apparaît pas comme devant jouer un rôle d’une grande

importance.

En dernier-lieu nous devons signaler le rôle des imaginations de la mère pendant la grossesse. Dans les observations que nous rapportons certains auteurs semblent avoir invoqué cette cause. Il n’y a certainement pas de croyance plus ancienne et plus accréditée que celle qui consiste à attribuer les malformations des nouveau-nés aux émotions morales de la mère pendant la grossesse. Un examen attentif ne tarde pas à faire découvrir le malfondé de ces causes hypothétiques qui sont plus souvent postérieures quant à leur date à l’époque où se forment les organes sur lesquels porte la mal-

formation.

En résumé malgré les nombreuses théories émises jusqu’à ce jour, le doute plane toujours sur l’origine des pouces supplémentaires.

Et pourtant ne serait-il pas rationnel de faire, avec M. Van Hagcsr, de la polydactylie pollicienne un stigmate de dégénérescence tout comme pour les malformations craniennes et du reste toutes les difformités en général ?

Comme l'a fort bien établi le professeur FÉRE ces malformations peuvent être la conséquence de divers états pathologiques des générateurs.'« Elles sont fré- « quentes dans les familles de phtisiques, elles alternent « souvent dans une même famille avec les troubles men- « taux, enfin on les trouve assez souvent associées sur «un même sujet avec des troubles fonctionnels du sYs- « tème nerveux (aliénés et criminels). »

Pour apporter quelques lumières à cette question, il ne serait pas dénué d’intérèt de rechercher le pourcentage proportionnel de polydactyles chez les dégénérés types et chez les enfants classés encore parmi les normaux. Malheureusement nulle part nous n’avons trouvé pareille tentative.

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