RÉGION SUD
DESCRIPTION GÉNÉRALE — CLIMATOLOGIE
La limite entre la région Nord et la région Sud peutêtre considérée comme déterminée par une ligne partant de Feriana à l'Ouest et aboutissant à Sousse à l'Est. — Cette obliquité délimite, selon moi, plus judicieusement les deux régions dont il s'agit qu’un cercle parallèle à l’équateur passant par Feriana ou par Sousse, attendu que si, on adopte le cercle passant par Feriana, on se trouve placer dans la région Nord, la grande plaine de Kérouan et celle de El-Dejem qui, par leur aspect, leur culture, la température qu’on y trouve, le manque d'eau, appartiennent à la région méridionale et, par contre, si on adopte le cercle passant par Sousse, on place, dans le Sud, le massif de Thala et du Keff, qui appartient au Nord.
Cette région du Sud se prolonge comme je l'ai dit, Jusqu'à Gabès, d’une part, et jusqu'à Nefta, de l’autre.
Elle est un peu moins salubre que la région Nord, on y voit, en effet, les mêmes maladies que dans la région Nord, mais, quelques-unes y sont un peu plus fréquentes ou atteignent un degré acuité plus grand. À Feriana, par exemple, les fièvres paludéennes sont fréquentes ; elles sont dues au voisinage de l'oasis dont les eaux s’écoulent mal — dans la plaine de Kérouan ; lors des grandes chaleurs de l'été, la fièvre sévit aussi, quelquefois, ainsi que sur quelques autres points, mais celui qui pendant très longtemps, fut considéré comme
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très insalubre, c’est Sfax, où la fièvre typhoïde était d'une fréquence désolante, il y a quelques années.
À cette époque les eaux d'alimentation étaient fournies par les citernes, dont la construction, et, aussi, le nettoyage remontaient à une époque fort ancienne.
On trouvait dans ces citernes, devenues de vrais cloaques, des animaux en putréfaction qui, naturellement, infectaient l’eau. La population aisée envoyait alors, il est vrai, chercher, à certaine distance, l'eau nécessaire à son alimentation.—Cette eau prise à quelques puits était loin d’être excellente, mais, au moins, n'étaitelle pas chargée d'autant de microbes que celle des citernes.
Malheureusement, la classe pauvre ne pouvait recourir à ce moyen dispendieux et lorsque les chaleurs de l'été se prolongeaient, l'eau des citernes, ellemême, devenant insuffisante, on voyait dans les rues de Sfax de longues files d'arabes haves et décharnés faire queue, pendant des heures entières, pour pouvoir approcher, un instant, leurs lèvres d’un petit mandrin en fer, percé d'un trou filiforme, planté dans la muraille extérieure de certaines maisons de riches généreux ; ainsi, Ces pauvres assoiffés pouvaient, par une aspiration prolongée, attirer dans leur bouche quelques gouttes de l'eau placée à l'intérieur de la maison et dans laquelle plongeait le mandrim.
ILen était ainsi quand, pour la première fois, je visitai Sfax, il y a environ vingt ans.
Depuis lors, cela est bien changé. Sfax'a, en abondance, de l’eau potable fournie par le puits de Sidi Salah dont je parlerai plus loin et la fièvre typhoïde n’y est pas plus fréquente qu'ailleurs.
La variole fait de fréquents ravages dans cette région, mais cela est dû à ce que la vaccination est encore moins répandue que dans le Nord.— Les efforts faits par le Gouvernement du protectorat et quelques
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sociétés philanthropiques, en vue de la faire accepter dans les familles arabes, par les femmes surtout, permettent d’espérer de bons résultats.
À Gafsa et dans le Dgerid, une maladie cutanée particulière qui rappelle le clou de Biskra est signalée à la fin de l'automne. On l’a dénommée le clou de Gafsa. Sa durée est d'environ six mois, les cautérisations au thermo-cautère ont, seules, donné de bons résultats. Le parasite n’a pas été trouvé.
En dehors des maladies que je viens d’énumérer, Je ne vois rien de spécial à cette région, on y rencontre comme dans tous les climats chauds des maladies de foie, de la peau, des éléphantiasis, des ophtalmies, ét comme partout des syphilitiques et des tuberculeux. En ce qui concerne Gabès, je dois, cependant, signaler une particularité, qui m'a d’autant plus frappé que j'en ai, à plusieurs reprises, fait l'expérience, sur moimême; cette parlicularité, à coup sûr, ne mérite pas qu'on s'y arrêle outre mesure, mais elle m’a paru cependant devoir être signalée. (1)
Tous les nouveaux arrivants, ou presque tous, sont soumis, pendant les premiers jours qui suivent leur débarquement à des embarras gastriques, quelquefois assez sérieux. Cette épreuve se manifeste par une céphalagie tenace et la dysenterie, puis, après quelques jours, le malaise se dissipe et le séjour de Gabès devient très supportable, certains le trouvent mème fort agréable.
Si l'indisposition que je viens de signaler se manifestait chez les personnes qui, dès l'arrivée, boivent l’eau de Gabès, elle serait très facilement explicable, attendu que, comme on le verra plus loin, cette eau est suffisamment minéralisée pour agir sur l'estomac, mais on
(1) L'Oasis de Gabès, par Boutineau, pharmacien-major. -= Lyon, chez Pitrat.
Ne. A le constate chez les arrivants, qui ne Pen que l'eau de Saint-Galmier, importée dé Marseille.
Quelques personnes, auxquelles la matière médicale
n est pas étrangère, m. ‘ont dit avoir également constaté ce fait, sans en trouver la cause — elles estiment que
le voisinage de l’oasis, une des plus jolies, smon des. plus belles qui dent favorise peut-être le développement d'un microbe spécial, ‘auquel. seraient dus les
désordres que j’ai signalés.
Le choléra a fait des ravages considérables à Nefta il y à une douzaine d'années, mais lPépidémie à pu être circonscrite au moyen d’un cordon sanitaire ; il est probable que le choléra a été apporté dans cette oué par
les pélerins revenant de la Mecque, car il y a à Nefla,
une Zaouia (couvent) succursale d'un ordre établi à Rhadamès qui renferme nn grand nombre de religieux musulmans. — Quelques-uns de ces religieux ont, sans doute, été les propagateurs del’ épidémie, mais c'est-là un Le exceptionnel, car cette petite. ville est — pour une ville arabe —très propre et rien ne peut faire présumer, à son aspect, qu’elle soit insalubre.
La température moyenne de l'année est à Sfax, la
ville la plus importante de la région, 19°; . L'humidité relative, 70. 3; |
La quantité d’eau tombée, 27 mm. 4;
Le nombre des jours de EE 45 ; la température la plus haute en août, 32° 4; la RUE la plus basse en janvier, 15° 2.
La différence de latitude entre Tunis à Sfax peut, à priori, faire considérer comme une ‘anomalie ce fait que j’ai indiqué, à savoir que la température maxima de Tunis a été la même année 35° alors qu’à Sfax, plüs au sud, la température la plus élevée n'a atteint que 32°%. — Ces deux indications, ayant été rele-
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vées sur les états des observations météorologiques publiés par le Gouvernement tunisien, doivent cependant être considérées comme exactes. On peut expliquer la chose par ce fait qu'il y aurait eu à Tunis au moment où ces observations ont été faites, un coup de sirocco (vent du désert) extrêmement chaud, alors que ce fait accidentel ne se serait pas produit à Sfax qui, étant situé à près de trois cents kilomètres au sud de Tunis, ne se trouve pas toujours dans les mêmes courants atmosphériques.
De plus, il ne faut pas perdre de vue que Tunis est à dix-sept kil. du littoral, tandis que Sfax est sur le bord même de la mer. — À Tozeur, qui est située dans la fraction la plus méridionale de la partie de la Tunisie dont nous nous occupons en ce moment, la température est très élevée, ce qui n'a rien d’extraordinaire, vu l'éloignement de la mer et l’existence, autour de Tozeur, d'une ceinture de sables, qui ne sont pas encore les dunes sahariennes mais desquelles est bannie toute végétation, si ce n'est, bien entendu, dans les oasis, comme à Nefta, à el Oudiane, à el Hamma.— La température moyenne de l’année est à Tozeur 21° 2.
La quantité d’eau tombée 15 mm. 8.
La température la plus chaude, en juillet 42° 1.
La température la plus basse, en janvier 14° 6.
L'écart entre les températures extrèmes est done de 90° environ. Il continue à s’accroitre à mesure que nous avançons dans la région désertique, puis dans la région saharienne, pour atteindre quelquefois 50° dans les dunes du grand Ere.