‹ Contribution A L'étude Des Eaux Dans La Régence De Tunis Et Le Sahara Tunisien Principalement Au Point De Vue De L'hygièneChapitre 5 sur 24 · HER · texte numérisé non relu

HER

des vents à Tunis qui balaient l'athmosphère, d'autres, enfin, dans l'intensité de la chaleur solaire ; quoi qu’il en soit et sans en rechercher la cause, la population locale jouit là d'un grand bienfait.

A plusieurs reprises on a eu le projet d'établir un sanatorium de tuberculeux au bord de la mer, à Carthage, à dix-sept kilom. de Tunis; à mon avis, cette situation est mauvaise à cause de l’humidité beaucoup trop grande qu’on y rencontre, c'est plus au Sud, dans la région montagneuse du Keff ou dans celle de Zaghouan qu’un pareil établissement doit être placé.

Quant au sanatorium, pour la saison estivale, destiné au colons, dont il a été parlé, aussi, à plusieurs reprises, c’est en Kroumirie qu'on devrait l’étabhr.

: On trouve en Tunisie, la plupart des maladies d'Europe, mais Je dois signaler, comme y ayant un caractère particulier de fréquence et d'intensité, qui n’est cependant pas de nature à incriminer la salubrité de la Régence, la conjonctivite granuleuse, l’ophtalmie purulente, toutes les maladies cutanées en général, le rhumatisme, la syphilis, la variole dont les épidémies se manifestent, à peu près, tous les six ans et qu’on combat, actuellement, en faisant pénétrer, chez les indigènes, l'usage de la vaccination.

Le manque de soins détermine une mortalité énorme chez les enfants en Tunisie.

La coqueluche y est rare cependant — cela tiendraitil à l'usage, existant dans toutes les familles arabes, de faire boire, chaque jour, aux enfants, une infusion de pavots ? |

À propos de la syphilis on a dit tantôt, qu'elle y est très alténuée, tantôt, au contraire qu'elle s’y manifeste, avec les caractères les plus graves.

C'est là une grosse question dont l'étude, pour être sérieusement faite, doit s'appuyer sur des statistiques rigoureusement établies ; n'ayant pas eu à ma disposi-

tion ces moyens d’appréciation, je vais me borner à indiquer mon impression, telle qu’elle résulte de ce que J'ai vu et entendu dire sur les divers points du territoire tunisien.

À propos de cette maladie, surtout, il faut faire des distinctions selon la région qu'on a en vue et les conditions d'hygiène et de propreté qu'on y trouve.

En Kroumirie pays où la température est fraiche, souvent même très froide, la syphilis se présente, fréquemment, avec tout son hideux cortège.

Plus au Sud, où la température s'élève et où la sudation est fréquente, la syphilis est atténuée si la région est pourvue, en abondance, d’eau et de hamma— elle est virulente, au contraire, si l'eau et les hamma manquent.

Ainsi, par exemple, la plaine de Kérouan est d’ordinaire à température élevée. — Sauf dans la partie Nord de la région et à Kérouan même, où le bassin des Aglabites offre une superbe piscine aux indigènes, l'eau est peu abondante; or, c'est, justement, un des points de la Tunisie où la syphilis fait le plus de ravages.—Le contingent fourni par la plaine de Kérouan à l'armée tunisienne est, je crois, de quatre-vingts hommes. Pour réunir ce petit effectif, on convoque d'ordinaire trois ou quatre cents recrues, dont vingt-cinq pour cent au plus sont trouvés valides.

A la sudation naturelle, les Arabes aiment à joimdre celle déterminée par les bains de vapeur qui sonten grande vogue chez eux — indépendamment de l’avantage qu'ils y trouvent au point de vue de la propreté, ils ont été conduits certainement à cet usage, élant presque tous syphilitiques, par l’empirisme et à ce sujet on me permettra de citer l'extrait suivant des « Amusemens des bains de Bade » (1) dans lesquels il est

(4) Amusemens des bains de Bade. — Londres, 1739.

dit, page 235: «Aux petits bains... il n’y a guères » que des personnes qui ont des maux cachés. Si » d’un côté les bains de Bade sont contraires à ceux » qui ont le mal de Naples, ils leur sont aussi d'un » grand secours, lorsqu'en faisant clouer, au fond du > bain, un tonneau, ils s’y mettent le plus à l’aise possible » et font ensuite couler l’eau chaude du bain, dont la » vapeur les fait suer..... si l'on ne regarde pas à la » dépense, au lieu de tonneau, on peut faire clouer une » boite quarrée quis'ouvre parlehaut, et quis’ajuste au » col du malade, qui, de cette façon, prend autant et » aussi peu de vapeur qu'il veut; —et page 239. « les » malades que j'y ai vu guérir sont les syphilitiques » manqués et chez qui il était resté du mercure — en » pareil cas, Je ne conseillerai à personne de prendre » les bains ordinaires avant que d’être guéri entière- » ment, par ceux de vapeur. »

C'est, bien là, une preuve de la faveur dont les bains de vapeur jouissaient, aussi, auprès de nos ancêtres dans le traitement de cette affection.

Pour ce qui est des sources thermales, les Arabes leur attribuent la propriété de guérir toutes les maladies etils viennent de lom s’y baigner.—Cette théorie, sans doute, est fort risquée, mais si l'on considère d'une part que les maladies les plus fréquentes, en Tunisie, sont : le rhumatisme, la scrolule, la syphilis et que, d’autre part, presque toutes les eaux thermales sont chlorurées sodiques et, quelquefois, sulfurées chlorurées sodiques, on doit reconnaitre que, dans la plupart des cas, ils doivent retirer, de la balnéation, une amélioration plus ou moins marquée.

Cette habitude des Arabes de recourir constamment à l'hydrothérapie — et aussi ce fait que beaucoup sont syphilitiques héréditaires, —me parait être une des principales causes des aspects très divers sous lesquels se présente la syphilis, en Tunisie, et je n’en veux pour

LEO Le

preuve que les faits suivants : dans le Dgerid, au Hammam, il y a une source sulfurée chloruée sodique, thermale , réputée à une distance considérable, les Arabes y viennent en foule, or dans tout le Dgerid on ne trouve que des syphilis atténuées presque jamais on n'y voit de tabès (1). (L’alcoolisme est peu répandu dans la région, il est vrai).

Plus loin, au sud de l’Arad, la syphilis est rare parce que -la population est elairsemée, sédentaire, très familiale. —Il n'y a là, ni eau thermale, ni hamma. Mais quand la syphilis se manifeste, elle sévit, avec bien plus de virulence, que dans le Dgerid.—Enfin, à Rhadamès, ce grand carrefour du Nord de l'Afrique, vers lequel convergent les caravanes, la syphilis est fréquente et elle se manifeste sous toutes ses formes. Ici c’est surtout la syphilis acquise.

Je dois ajouter qu'en dehors de l’hydrothérapie et dans les régions où ce mode de traitement ne peut être appliqué, les médecins arabes traitent lasyphilis en alimentant leurs malades avec de la viande de chien (2). Dans le Sahara et à Rhadamès, ils prescrivent la tisane de salsepareille.

La température moyenne de l'année à Tunis est 18°5.

L'humidité relative 70. :

La quantité de pluie tombée 496 mm.

Le nombre de jours de pluie 85.

La température la plus basse, en janvier : E 4° 3.

La température la plus haute, en août + 35° 1.

Elle ne s'élève au-dessus de 30°, en général, que du 45 juin au 15 septembre.

(4) Cette situation a été constatée par le docteur Anagnostakis, médecin de colonisation à Tozeur, qui a bien voulu m'en faire part.

(2) Le coran prohibant l'usage de la chair des carnivores, il faut que la croyance dans l'efficacité de ce traitément soit bien grande, pour que la règle religieuse ait été fléchie en sa faveur.

LNopUE GÉOLOGIE ET HYDROLOGIE DE LA RÉGION NORD

La plupart des terrains que l’on rencontre dans le Nord sous la couche, quelquefois très épaisse, des alluvions, appartiennent à l’époque tertiaire à l'Ouest (éocène supérieur et inférieur),

A l’époque secondaire au centre (crétacé, jurassique, avec des terrains de l’époque tertiaire, par places),

A l'époque quaternaire (quaternaire ancien etrécent), et à l’époque tertiaire (pliocène lacustre, éocène supérieur et miocène) à l’Est et quand on se rapproche de cette direction vers le Keff.

Le seul cours d’eau de la Tunisie qui mérite le nom de fleuve est la Medjerdah, dont le cours, souvent torrentueux, s'étend de la frontière algérienne jusqu'à Porto Farina ; l’eau en est détestable, chargée de sels de toute nature, limoneuse, imbuvable.

On ne peut sérieusement désigner comme fleuve l'Oued Miliane, ni quelques autres oueds qui portent, à la mer, de minces filets d'eau. Mais, si les cours d’eau sont rares, les sources sont très nombreuses et l'eau qu’elles fournissent est souvent bonne quand elles émergent des terrains jurassiques, telles les importantes sources de Zaghouan et du Djouggar qui alimentent la ville de Tunis.

Toutefois on trouve dans cette eau une flore bactérienne assez importante, notamment le baccile virgule quis’'y développe, sans inconvénient, pour la population.

Ces sources sont placées, dans un massif montagneux à soixante kilom., au sud de Tunis. Elles sont captées et l’eau est conduite à Tunis par un aqueduc d'aspect souvent monumental, qui a été restauré sous le bey Ahmed, par l'ingénieur français Caillat.

L'eau qu’on trouve au Dgebel Ressas à l’'Oued bargou est également excellente. Élle sourde du jurasique.

En revanche l’eau des puits de la ville de Tunis est mauvaise; on peut en juger par l’analyse suivante de l'eau de l'Hôtel des Postes : (1)

Résiduntixes es rires : 5.97 CHOICE See HR DU 1.03 Acide sulfurique......... 1.93 Chaux ...... rise 29

MAÉ SIO meet ee 0.24

En Kroumirie, on trouve des sources d’eau vive et bonne émergeant du crétacé supérieur, Dans les environs de Tunis, cet étage fournit des eaux moins bonnes.

Dans la vallée de la Medjerdah et celle de lOued Miliane qui sont ouvertes, l’eau est assez bonnes elle sourde du quaternaire.

Dans la vallée du Fash, qui est fermée, l’eau provient aussi du quaternaire ; elle est mauvaise.

Enfin à Thala, à Béjà, à Teboursouk, à Djebba, les eaux sont souvent très chargées de matières organiques ; leur source prend naissance dans l'éocène.

Cette région renferme un certain nombre de sources, employées dans la thérapeutique indigène.—Les principales sont :

Hammam Life;

Hammam Corbus ;

Bou Chateur près Utique ;

Zaghouan (Hammam Zériba — Hammam Rirha — Hammam Djedidi) ;

Ksar Hammam, pres Maktar ;

Hammam Trozza ;

Hammam Siada, près de Béjà ;

Bordj el arbi dan la vallée de l'Oued Serrat ;

Djebel Jckeul, près de Bizerte (source ferrugineuse) ;

Bordj el Hammam, en Kroumiie ;

(1) Bulletin de la direction de l'Agriculture. — Tunis, n° 1.

ER pe

Ain-Drabhanm ; Hammam-des-Ouled-Ali, à 10 k.N. de Ghardimaou; Si-Abderhammam-el-Garci, à l'Enfida, à 30 k, de

Zaghouan ; Hammam Biada (chlorurée sodique) ; Hammam Kanghuet (be

Hammam des Ouchtata, près Ghardimaou.

Page 1