‹ Contribution à l'Étude des Eaux de Luchon: Recherche Expérimentale de leur Action au Cours des Phénomènes d'AnaphylaxieChapitre 27 sur 43 · I. — RÉSULTATS ACQUIS · texte numérisé non relu

I. — RÉSULTATS ACQUIS

Nous avons déjà exposé comment nous avons été amenés logiquement à supposer que les eaux sulfureuses de Luchon, outre leur action capitale par le soufre et par leurs diverses propriétés physico-chimiques, agissent peut-être aussi grâce à un pouvoir anti-anaphylactique. Il était d’autant moins osé d'émettre cette hypothèse que des travaux récents ont prouvé, dans certaines eaux minérales, l’exisence de ce pouvoir. Evidemment deux expériences ont été faites dans le même but avec des eaux sulfureuses, l’une par Armengaud et Flurin, avec les eaux de Cauterets ; l’autre par Lelong, avec celles d’Aix-les- Bains (sources d’Alun et du Soufre).Elles ont été négatives toutes deux. Il est vrai que, dans la première,

les auteurs choisirent comme animal d’expérience le lapin, qui est très résistant aux phénomènes d’anaphylaxie. Mais, cependant, à côté de ces échecs, voisinent des résultats positifs, obtenus avec des sources nettement spécialisées dans le traitement de maladies telles que l’asthme, la goutte, la lithiase urique ou biliaire, qui, si elles ne sont pas les mêmes que celles que l’on envoie à Luchon, ont cependant la même base pathogénique. Nous allons donner un aperçu d'ensemble des travaux qui ont été faits dans ce sens, et dons les premiers, il est juste de le rappeler, sont dus à Billard (de Clermont-Ferrand), en 1913. Ils ont porté sur les eaux de Bourbonne-les-Baïns, de Royat, de Thonon, de Luxeuil, de Korbous, de La Bourboule, du Mont-Dore, de Vichy, ainsi que sur celles de Cauterets et d’Aix-les-Bains.

Eaux de Cauterets. — Ce sont des sulfurées sodiques, pauvres en soufre (0 gr. 023 de monosulfure, source César), possédant une polymétallisation considérable, Armengaud et Flurin les injectèrent, à la source même, à des lapins : ils n’observèrent aucun pouvoir anti-anaphylactique.

Eaux d'Aix-les-Bains: — Sulfurées calciques, un peu plus fortement minéralisées que celles de Luchon (0 gr. 49, source de Soufre, et 0 gr. 44, source d’Alun). Elles sont surtout indiquées chez les arthropathiques à tendance chronique ou déformante. Les expériences faites aux deux sources, sur le cobaye, par Lelong; n’ont donné aucun résultat.

Eaux de Bourbonne-les-Bains. — Eaux chlorurées sodiques hyperthermales, ayant 7 gr. en moyenne de minéralisation totale. Briot et Gay ont obtenu des résultats négatifs chez le cobaye, avec des injections d’eau à la source même. | | .

Eaux de Royat. — Elles sont riches surtout en bicarbonates alcalins. Leur minéralisation oscille entre 2 gr. 85 (Source César), et 5 gr. 62 (Source Eugénie). La Source Saint-Mart a 4 gr. 47 en moyenne. Les résultats varient suivant les expériences.

A) Résultats négatifs. — Billard, avec du sérum de cheval comme antigène, injecta, pendant 13 jours, à des cobayes, 2 cm’ d’eau de la source César et de la source Saint-Mart, prélevée au griffon. |

Pas de désensibilisation avec la source César, qui est surtout utilisée pour les bains corbo-gazeux.

B) Résultats positifs. — Billard, au cours de l’expérience que nous venons de signaler, obtint une atténuation considérable du choc, avec la source Saint- Mart. Il fait remarquer que c’est la source des goutteux.

Mougeot pratiqua, pendant 18 jours, à des lapins sensibilisés avec du sérum de cheval, une injection quotidienne de 2 cm’ d’eau des sources Eugénie et César. Injection déchaînante intraveineuse. La source Eugénie supprime le choc anaphylactique deux fois sur trois, l’atténue beaucoup chez le troisième, et supprime toujours les accidents tardifs graves. La source

César atténue légèrement le choc, mais n'empêche pas les accidents tardifs, le dépérissement et la mort.

Kopakzewski et Roffo sensibilisent 4 cobayes avec 1/10 de cm’ de sérum auntidiphtérique et leur injectent, pendant 34 jours, sous la peau, 3 cc. d’eau de Royat. L’injection déchaînante est pratiquée par voie intraveineuse, avec 0 ce. 5 du même sérum : le témoin meurt avec des convulsions typiques. Les 4 cobayes traités ne présentent pour ainsi dire aucun trouble anaphylactique.

Billard, Ferreyrolles et Mougeot ont présenté au XVe Congrès français de Médecine de Strasbourg, en 1921, de nouvelles recherches sur-le pouvoir anti-anaphylactique des eaux minérales de Royat et de La Bourboule. Les eaux de Royat, employées pendant 21 jours, en injections quotidiennes, chez le cobaye, ont un pouvoir anti-anaphylactique. Ce pouvoir existe aussi in vitro par le mélange avec l’antigène. Toutefois, les chocs peuvent être rappelés ensuite par une injection tardive de bleu de méthylène. Il s’agit donc de désensibilisation temporaire de l’organisme.

Eaux de Thonon. — Elles sont faiblement minéralisées (0 gr. 451 par litre en moyenne) et indiquées dans la gravelle, la goutte, l’obésité, ainsi que chez les hépatopathes.

Chassevant, Galup et Poirot-Delpech ont fait, en 1913, à des cobayes sensibilisés par la voie intrapéritonéale, avec du sérum de cheval, 12 injections quotidiennes de 2 cc. d’eau, transportée de la source Saint- François. L’injection déchaïinante, pratiquée le trei-

zième jour, dans la jugulaire, a montré un pourcentage de mortalité aussi élevé que chez les témoins.

Eaux de Luxeuil. — Ces eaux. étudiées dans les mêmes conditions que celles de Thonon, par les mémes auteurs, n'ont manifesté aucun pouvoir désensibilisant. Rappelons que leur minéralisation est faible (1 gr. 113 par litre) et qu’elles sont surtout indiquées dans le lymphatisme. |

Eaux de Korbous, en Tunisie. — Clorurées sodiques chaudes et sulfatées calciques, très fortement minéralisées, donnant de bons résultats dans le rhumatisme chronique, l’arthritisme, la scrofule.

Gobert n’a pas observé d’atténuation du choc chez les cobayes qu’il avait sensibilisés au blanc d'œuf, en solution au 1/10 dans de l’eau physiologique et qu’il avait ensuite traités pendant 12 jours, avec des injections dans le péritoine de 2 cc. d’eau à la source même d’Aïn-Sbia. L’injection déchaînante fut faite

le quatorzième jour, dans la jugulaire.

Eaux de La Bourboule. — Chlorurées et bicarbonatées sodiques, fortement arsénicales. La minéralisation est de 6 gr. 49, pour la source Choussy-Perrière. Les scrofuleux et lymphatiques, certains asthmatiques, de nombreux dermopathes ont recours à elles.

Elles ont été étudiées, en 1913, par Billard et Daupeyroux. Ils utilisèrent un lot de 25 lapins, sensibrlisés avec du sérum hémopoïétique de cheval, qui furent

traités, pendant 14 jours, par des injections d’eau à la source Choussy-Perrière. À côté des témoins, ils firent quatre lots, dont trois recevaient des quantités variables d’eau : 1/2, 1 ou 2 cc., et dont le quatrième absorbait quotidiennement 100 gr. d’eau avec du son. De plus, l'injection déchaînante fut pratiquée, par voie intraveineuse, après un temps variable, depuis la dernière injection d’eau. Les résultats, fort intéressants, peuvent se résumer de la façon suivante :

Chez les témoins : choc très violent.

Chez les animaux traités : choc très faible.

Il sembla également que l’on put constater :

1° Une atténuation plus grande du choc chez les animaux injectés avec de faibles doses d’eau minérale que chez ceux ayant reçu des doses plus fortes.

2° Que l’action protectrice était d’autant plus persistante que l’eau était injectée à une plus forte dose.

En 1921, au Congrès de Médecine de Strasbourg, Billard, Ferreyrolles et A. Mougeot ont apporté éga-” lement des résultats positifs : nous avons déjà vu, pour les eaux de Royat, quelle fut leur expérimentation. |

Ferreyrolles a montré également que l’eau de la source Choussy, injectée en même temps que l’injection préparante d’antigène (hémostyl), empêche l’anaphylaxie. Le même mélange, administré comme injection déchaînante, ne déclanche pas le choc. Mémes résultats en mélangeant l’antigène à de l’eau de Choussy, conservée en tubes scellés depuis deux ans. Au contraire, si l’on emploie de l’eau stérilisée par

ébullition, il y a disparition du pouvoir anti-anaphylactique.

Pas d’action anti-anaphylactique avec l’eau de la source Croizat. L'auteur montre enfin que si, chez les animaux désanaphylactisés, on pratique une injection de 2 cc. de bleu de méthylène, ils meurent en état de choc.

Eaux du Mont-Dore. — Asse faiblement minéralisées, 2 à 3 gr. par litre en moyenne), légèrement arsénicales. Leurs indications principales sont l’asthme au premier plan, des atteintes des voies respiratoires à caractère surtout spasmodique et évoluant sur un terrain arthritique.

Chassevant, Galup et Poirot-Delpech, utilisant la même technique que pour les eaux de Thonon et de Euxueil, ont eu des résultats négatifs avec l’eau des sources Madeleine et Bardon. . 4

Eaux de Vichy. — Eaux bicarbonatées sodiques, à minéralsation variant de 6 à 9 gr. par litre. Les indications de Vichy sont trop connues pour qu’il soit besoin de les mentionner. Rappelons seulement la véritable spécialisation diathésique de ses eaux. Leur pouvoir antianaphylactique a été particulièrement étudié et est incontestable.

Toutefois, Billard et Grellety ont observé une exagératidn du choc avec la Grande Grille, un peu moins avec la source Hôpital, sur des lapins sensibilisés à l’hémostyl et auxquels ils injectaient, pendant 13 jours, 2 ce. d’eau prélevée à la source. Le choc était

donné le lendemain de la dernière injection. Au cours des mêmes expériences, ces auteurs ont constaté l’action désensibilisante de la source Chomel.

Les expériences les plus concluantes ont été faites en 1921-1922, par mon maître, M. le Professeur F. Arloing et par P. Vauthey. C’est la même technique que nous avons utilisée au cours de nos recherches sur les eaux de Luchon. M. le Professeur Arloing et P. Vauthey ont toujours utilisé le cobaye, chez lequel ils ont pratiqué l'injection préparante par voie intra-péritonéale et l’injection déchaînante par voie intra-cranienne, sous-arachnoïdienne. Nous pouvons schématiser, de la façon suivante, les résultats qu’ils ont obte-

nus.

1° Eaux transportées et injectées par, voie souscutanée, 24 heures après leur prélèvement au griffon, pendant 10 ou 21 jours. Sensibilisation par 1/10 ce de sérum frais de cheval.

A) Les auteurs ont utilisé l’eau de Vichy-Hôpital et de Vichy-Grande Grille, parallèlement à une solution de bicarbonate de soude à 5 pour 1000, et ils ont obtenu les résultats suivants :

Les faibles doses d’eau (2 ce. par jour) n’ont aucune action désanaphylactisante.

Les doses plus fortes (3 à 4 cc.)'en ont une très nette.

Dix jours sont généralement insuffisants : vingt jours semblent nécessaires pour obtenir l’action désanaphylactisante.

Parallèlement, la solution bicarbonatée à 5 pour 1000 atténue le choc mais ne le supprime pas. L'action

EN rh) Lee

de l’eau est beaucoup plus marquée, surtout celle de la Grande Grille. On peut constater, au cours de ces recherches, que si la tension superficielle subit des variations irrégulières, la viscosité sanguine est nettement augmentée avec la solution bicarbonatée, et surtout avec l’eau de Vichy-Grande Grille, plus encore avec celle de Vichy-Hôpital. De plus, le sang des animaux désensibilisés par l’eau, injectée dans le péritoine, ne confère pas d’antianaphylaxie passive.

B) Résultats obtenus avec l’eau des sources Chomel, Mesdames, Lucas et Célestins, la technique étant la même :

a) Une dose quotidienne de 2 cc. a pour effet d’atténuer manifestement l’intensité du choc anaphylactique ;

b). Une dose quotidienne de 4 cc. a pour effet de suspendre complètement ou presque les accidents anaphylactiques :

c) Ces eaux présentent toutes, à quelques différences près, une action désanaphylactisante nette. L'eau des sources Chomel et Célestins s’est montrée un peu plus suspensive du choc que celles de Mesdames et de Lucas, l’action de cette dernière étant la plus faible. 5

2 Eau injectée dès l'émergence. — Elle possède à des doses moindres que la précédente, une action désanaphylactisante plus forte. Ce pouvoir désanaphylactisant se maintient sensiblement le même dans un délai de vieillissement de 75 jours.

3° Effets suspensifs des propriétés anaphylactiques d'un sérum par son mélange avec l'eau de Vichy.

a) L'eau de Vichy des sources Hôpital, Grande Grille et Chomel, mélangée in vitro et à + 16° environ au sérum normal de cheval, préalablement à l’injection antianaphylactique, possède une action antianaphylactique manifeste. Pour la dose de 0 cc. 25 de sérum, de très petites doses d’eau minérale (0 cc. 75) donnent une action suspensive déjà très accentuée, et des doses plus fortes (4 cc. 75), une action suspensive complète, sauf un cas qui paraît relever d’une idiosyncrasie exceptionnelle.

b) Cette action peut être considérée comme suspendant le pouvoir sensibilisant de l’antigène.

c) Dans des conditions d’expérimentation identiques, la solution de NaCI à 7 pour 1000 (taux moyen de la minéralisation totale des eaux de Vichy), n’a aucune action antianaphylactogène.

d) L'action des eaux de Vichy semble donc devoir être attribuée à des causes plus complexes que l’action des sels dissous.

e) La durée du temps de contact (de 2 minutes à 2 heures) n’exerce aucune influence.

f) La filtration du sérum de cheval avant l’injection sensibilisante n’a, dans ces expériences, aucune influence sur les propriétés anaphylactogènes du sérum. |

De nouvelles expériences ont permis à M. le Professeur Arloing de voir que ces propriétés disparaissaient par l'injection de 1/4 cc. de sérum et de 5 cc. d’eau de la Grande Grille, faite dans le péritoine du

cobaye, avec un intervalle de 5 minutes ou d’une heure entre l’inoculation des deux liquides, au point que la recherche du choc intracranien donnait des résultats négatifs.

4° Effets suspensifs des propriétés anaphylactogénes de l’ovalbumine par son mélange avec l’eau de Vichy. — Le mélange d’ovalbumine et d’eau de Vichy (sources Chomel, Hôpital, Grande Grille), pendant une heure, à la température de la source, modifie profondément les propriétés sensibilisantes du blanc d'œuf. L’action est plus marquée avec l’eau prise au griffon qu'avec l’eau transportée. Chomel est plus active que les deux autres sources, vis-à-vis de l’ovalbumine. Avec le sérum, les effets modificateurs étaient semblables avec les trois sources.

Ces différences font songer à une individualisation possible d’action de chaque source envers tel ou tel antigène sensibilisateur. Les faits cliniques montrant l’action particulière d’une source dans un cas donné permettent de le supposer. L

Un coup d’œil rétrospectif sur l’ensemble des résultats qu’a donnés la recherche du pouvoir antianaphy-

lactique des eaux minérales montre donc :

1° Que certaines paraissent dépourvues de ce pou-

voir ;

20 Que d’autres l'ont à un degré plus ou moins élevé : l’action désanaphylactisante peut varier alors

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