‹ Contribution à l'Étude des Eaux sulfurreuses de DigneChapitre 3 sur 20 · NOTICE HISTORIQUE SUR LA VILLE DE DIGNE ET SUR SES BAINS THERMAUX · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE SUR LA VILLE DE DIGNE ET SUR SES BAINS THERMAUX

Nous n'avons pas l'intention de faire une description détaillée de Digne. La situation exceptionnelle de cette ville placée à l'extrémité de la chaîne alpine, dans un département où les excursions sont nombreuses, son climat délicieux en été, ses sites merveilleux sont des questions intéressantes, mais étrangères à notre sujet.

La ville bâtie vers l'altitude de 630 mètres sur les bords de la Bléone, possède des bains thermaux qui se trouvent situés à 3 kilomètres au sud-est dans un petit vallon latéral appelé : « Les Eaux chaudes ».

De tous les noms : « Dina, Diniensium, Diniensis, Dinia, Dignia », successivement attribués à Digne, celui qui conviendrait le mieux à sa situation serait

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sans contredit « Dinia », que certains savants font dériver de deux racines celtiques, Din : eau et Ja : chaude. Mais M. Henri Gaidoz directeur de la Revue Celtique, consulté par M. Jules Arnoux, a déinontré l’absurdité d’une pareille étymologie.

D'origine celtique et gauloise, Digne passa au commencement de l'ère chrétienne sous la domination romaine ; c'est sans doute à cette époque que les Romains effectuèrent de grands travaux, ouvrirent la Via Salinia (1) et peut-être mên.e construisirent la voûte qui se trouve à côté de la grande douche de l'établissement actuel.

N'est-ce pas là la caractéristique de la civilisation romaine ? Car si ce peuple aimait peu à descendre dans le détail de la vie des vaincus, s’il les laissait s'administrer avec leurs municipes, n’imposait-il pas ses lois et son hygiène? Ne confiait-il pas le pouvoir à un proconsul qui généralement construisait des routes reliées à la grande voie romaine afin de faciliter son administration ?

Les eaux de Digne par leur double caractère thermal et sulfureux durent attirer rapidement l'attention de ce peuple foncièrement administrateur et avant tout préoccupé d'hygiène ; ces sources provoquèrent sans doute de sérieux travaux et furent captées avec tous les soins qu'ils apportaient à ces opérations.

Des thermes, des piscines destinées au peuple

(1) Via Salinia, route de Digne se raccordant à celles de Castellane et Sisteron,

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romain, à l'aristocratie, aux maladss, il reste encore quelques vestiges à admirer.

Durant la période Gallo-Romaine, Digne dut être fréquentée, mais les magnifiques thermes élevés par Rome, tombèrent dans l'oubli, comme toutes les autres stations thermales de l'époque pendant cinq ou six siècles.

La nécessité de combattre les maladies importées de l'Orient ne serait-elle pas la cause de la renaissance des eaux minérales de Digne? Les premiers documents relatifs à cette station nous donnent peut-être raison. La dernière Croisade, marquée par la mort de Louis IX à l'unis, est de 1270; or, le plus ancien document authentique relatif aux bains de Digne est de 1293 (lettres-patentes de Charles II comte de Provence au sujet de la surveillance des bains thermaux).

À partir de cette époque, les pièces les plus sérieuses attestent que l'établissement était prospère et fréquenté.

En 1388, il avait changé de propriétaire; là ville avait succèdé probablement au comte de Provence; au milieu du XIVe siècle c'était elle qui payait l'entretien et les réparations.

I1 fut fermé pendant la peste qui désola la Provence et Digne en 1546; nous ne savons pour combien de temps.

En 1615, les bâtiment furent restaurés.

Il y eu un nouveau temps d'arrêt pendant la peste

de 1629, puisque la ferme passa de 300 écus à 100 ; mais elle remonta à 310 dès l’année 1643.

L'illustre Gassendi publia peu après sa Nofice sur l'église de Digne où il mentionne l'établissement thermal (1654). D'ailleurs dans sa correspondance il vante la vertu curative des eaux. D’autres que lui, au XVIe siècle, s'occupèrent decette question ; Sébastien Richard (1619) et le docteur Lautaret (1620) leur consacrèrent des ouvrages détaillés et importants ; nous y trouvons amplement la preuve que Îles bains de Digne attiraient beaucoup de malades et même des étrangers de distinction qui venaient y chercher des amusements.

Après eux le Jésuite Richeome, Dignois de naissance, célèbra les guérisons vraiment miraculeuses opérées par les eaux sulfureuses. Leur réputation atteignit son plus haut point au début du XVIlesiècle.

Le roi envoyait aux bains thermaux les soldats dela Provence, de la Corse, du Dauphiné et d'une partie du Languedoc qui avaient été blessés à la guerre; en 1753, 125 y furent soignés. L'établissement militaire fut supprimé en 1788.

La muricipalité de son côté, avait l'intention de vendre l'établissement ; dès l’année 1776, elleestimait que le revenu en était insuffisant et presque nul. La vente fut effectuée en 1791, pour la somme de 30.000 livres ; la ville écrasée de dettes, ne pouvant réparer l'établissement, crut d'ailleurs avoir réalisé une belle opération financière. Elle se trompait étrangement.

Ce qui porta le coup le plus sensible aux bains

ou thermaux, ce fut, en 1828, leur achat par le propriétaire des bains de Gréoux ; dès lors ils furent sacrifiés ; il y eut encore des malades pour y chercher et y trouver la guérison; mais le délabrement des locaux en éloigna les personnes riches et les étrangers.

En vain, les diverses municipalités tentèrent de réparer la lourde faute commise en 1791; on essaya inutilement soit d'obtenir une déclaration d'utilité publique, soit d'acheter de gré à gré, soit de. fonder un établissement militaire comme en 1754.

Il a fallu attendre ur siècle. A la mort de M. Barthelon, dernier propriétaire, les bains thermaux mis aux enchères à Marseille, ont été achetés par la ville de Digne, en avril 1905, au prix de 230.000 francs y compris les frais.

C'est le début d’une ère nouvelle; la tradition historique est renouée.

Nous souhaitons que les bains thermaux soient restaurés selon les meilleures méthodes dela science etavec tout le confort réclamé par noscontemporains.

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